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Les usagers du transport adapté sont inquiets de la décision de Québec de modifier le calcul des modalités de financement de leur service de transport. Compte tenu des hausses d’achalandage dans le transport adapté, un manque à gagner de 12,5 millions de dollars est à prévoir en 2026 dans la région de Montréal. Et ce déficit pourrait grandir dans les prochaines années, ce qui se traduira par une dégradation importante des services, craignent-ils.
Dans la foulée du budget déposé par Québec en mars dernier, le ministère des Transports du Québec (MTQ) a décidé de revoir le calcul des subventions versées au transport adapté, indique Dominic Palladini, directeur du Regroupement des usagers du transport adapté et accessible de l’île de Montréal (RUTA Montréal).
En vertu du cadre financier convenu avec l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) en 2024, il avait été déterminé que les subventions versées dans le cadre du Programme de soutien au transport adapté (PSTA) seraient calculées en fonction de l’achalandage observé au cours de l’année précédente.
Or, pour 2026, Québec a statué qu’il s’appuierait plutôt sur les données de 2024, et non de 2025, pour faire ses calculs. Comme l’achalandage du transport n’a cessé d’augmenter depuis la pandémie sur le territoire de la région de Montréal, cette décision se traduit par un manque à gagner prévu de 12,5 millions pour 2026, qui s’ajouterait au déficit de 8 millions de l’an dernier. Sans changements financiers, l’écart ne cessera de se creuser au cours des années suivantes pour atteindre un manque à gagner total de 63 millions en 2028, estime l’ARTM.
Un autre versement peut être fait par le ministère à la fin de l’année à la lumière des déplacements réels effectués en transport adapté dans les 12 mois précédents, mais Dominic Palladini n’a pas obtenu l’assurance du ministère que l’écart prévu serait comblé, car Québec veut respecter son cadre budgétaire annuel, explique-t-il. « Il n’y a pas beaucoup de provisions dans le cadre budgétaire de 2026. Donc, on se prépare au pire. Ça nous fait très peur. »
RUTA Montréal craint des répercussions importantes sur les services, d’autant que les sociétés de transport sont soumises à des compressions depuis plusieurs années. « On ne coupe plus dans le gras, on coupe dans la moelle épinière directement », soutient Dominic Palladini.
La politique du « zéro refus » en péril ?
Usagère du transport adapté et ancienne responsable du transport à l’organisme Ex æquo, Marie Turcotte est aussi très inquiète et craint la remise en question de la politique de « zéro refus » appliquée par la STM et d’autres transporteurs. Cette politique assure le transport de tout usager qui en fait la demande 24 heures à l’avance, peu importe le motif, que ce soit pour un rendez-vous médical, le travail ou une activité de loisir.
« Cette notion mise en place par la STM dans les années 2000 avait apporté un vent de fraîcheur pour les usagers parce que ça leur enlevait un stress. Si les usagers du réseau régulier ne savaient pas, d’un matin à l’autre, si leur autobus allait passer ou si le métro allait fonctionner, ça n’aurait pas de bon sens », explique-t-elle. « On doit avoir la possibilité de faire des activités de loisir et du magasinage. Ça peut être bénéfique pour la santé mentale. »
D’autres mesures de compressions pourraient affecter le transport adapté, comme le plafonnement du nombre de déplacements effectués quotidiennement ou l’ajout d’un passager dans les véhicules, appréhende Dominic Palladini.
Besoins grandissants
L’achalandage du transport adapté avait chuté pendant la pandémie de COVID-19, mais, depuis, il est en forte progression, soutient Dominic Palladini. « En 2016, 16 % de la population était à mobilité réduite à Montréal. En 2022, ce taux était de 21 %. »
Les usagers de la région de Montréal ne sont pas les seuls à craindre les effets de la révision du calcul des subventions. Le transport adopté souffre déjà d’un sous-financement qui compromet la politique de zéro refus des transporteurs, signale Dominique Viénot, directeur général de l’Alliance des regroupements des usagers du transport adapté du Québec. « Le financement étant conditionnel aux disponibilités budgétaires du gouvernement, comment peut-on planifier le financement dans un organisme quand on n’est même pas sûr d’avoir les subventions ? »
Dans la région de Montréal, le secteur transport adapté n’a pas été épargné par les compressions réclamées par Québec dans le transport en commun. L’an dernier, la STM a transféré à des partenaires privés la portion de 10 % des déplacements qu’elle effectuait encore en transport adapté, ce qui devrait générer des économies récurrentes de 15 millions. De son côté, l’ARTM a entrepris de mutualiser les services de transport adapté sur son territoire de manière à dégager des économies.
Il n’a pas été possible, vendredi, d’obtenir les commentaires du MTQ. De son côté, l’ARTM a indiqué travailler à des solutions « durables » pour préserver l’offre de service en transport adapté dans un contexte de besoins grandissants. « Plusieurs tendances démographiques observées au Québec, dont le vieillissement de la population, entraînent une croissance notable de la demande pour le transport adapté. »
Les usagers espèrent que la campagne électorale permettra d’attirer l’attention des partis sur les dangers qui guettent le transport adapté. « Ce sont les populations vulnérables qui utilisent le transport adapté. C’est le seul type de transport pour une grande partie de cette population parce que ces gens n’ont pas un réseau d’entraide autour d’eux. »
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