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Quatorze ans. Avec le départ de Sylvain Bélanger à la tête du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTDA), ce temps passé à la direction artistique d’une maison de théâtre semble maintenant une prescription. Il y va de l’équité intergénérationnelle.
Et rien n’oblige à rester quinze ans, même si l’on mène les affaires de la maison rondement. Au Trident, Anne-Marie Olivier avait, par exemple, fait une dizaine d’années avant de céder la place.
De mémoire, durant le directorat de cette dernière, elle, Bélanger et l’ancienne directrice du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) avaient fait des démarches senties auprès des pouvoirs publics pour que ces trois lieux disposent d’un statut de « théâtre national ».
Il faut signaler que, chez nous, il n’y a que deux véritables institutions artistiques. Le reste de ce que nous nommons ainsi est constitué d’organismes à but non lucratif ayant survécu à leur fondateur.
En vérité, il n’y a pas grand-chose de nationalisé qui incarne véritablement ce statut en art, sinon peut-être le Musée national des beaux-arts du Québec ou le Musée d’art contemporain. Cela dit quelque chose sur la place que nous accordons aux pratiques qui ancrent notre imaginaire collectif, annoncent notre devenir commun et nomment cette identité dont les organisations politiques voulant disposer de la capacité à diriger la trajectoire des dépenses de notre important portefeuille collectif s’arrachent le statut de porte-étendard.
Pourquoi devrions-nous nous doter de théâtres nationaux ? Parce que cet art complet, en permanente mutation, absorbant constamment tous les autres et son temps, doit pouvoir jouer pleinement son rôle de miroir, d’espace critique essentiel et de catalyseur sociétal. Et puis, quelle idée étrange qu’un peuple comme le nôtre puisse avoir un statut de nation sans avoir de théâtre national.
Que signifierait disposer de cette appellation ? Rêvons. On pourrait penser à des règles strictes sur la durée des cycles des directions, à des contrôles très serrés de l’acquittement des mandats artistique et citoyen, et à d’importants mécanismes de soutien aux autres organisations du même écosystème ou à des partenariats formels avec des entités semblables à l’étranger.
Cela s’accompagnerait surtout d’une loi consacrant l’indexation continue des sommes dont disposeraient ces lieux (ce qui dispenserait les artistes des épuisants lobbys politiques) et donc d’un financement par de nouveaux deniers provenant directement du Conseil du trésor, ce qui libérerait des crédits pour les autres organismes.
Les dispositions d’un tel changement devraient s’inscrire de manière que les fonds publics ruissellent vers les artisans et les équipes et que ces lieux puissent conserver leur indépendance complète sur les formes et les contenus, évitant de devenir des outils politiques pour les futurs gouvernements et leurs idéologies partisanes.
Mais quels lieux pourraient disposer d’un tel statut ?
Le CTDA, avec son mandat sur la dramaturgie québécoise, paraît incontournable. Vu le format du lieu et le besoin criant de s’affairer au développement de notre dramaturgie, l’appellation de Centre semble si juste qu’elle invite à une fonction fondamentale de centre de recherche. Cela permettrait aux directions de ce lieu d’axer encore plus leur mandat dans une perspective d’essai et de prise de risques.
Le Trident et Duceppe, respectivement logés au Grand Théâtre de Québec et à la Place des Arts, déjà des lieux étatiques, devraient pouvoir bénéficier d’emblée d’une entrée dans ce cercle. L’Espace Go avec son mandat féministe crucial et le théâtre Denise-Pelletier avec celui du public scolaire pourraient s’inscrire dans cette mouvance. Le Théâtre du Bic et La Rubrique, à Jonquière, avec leurs importantes installations, pourraient certainement, comme quelques autres, devenir des pôles nationaux en région. La Maison Théâtre et La Caserne, avec leurs activités pour le jeune public, gagneraient aussi à chercher à obtenir ce statut.
Le Diamant, avec son emplacement clé au carré d’Youville dans la capitale nationale et avec son mandat sur la multidisciplinarité, pourrait manifestement faire partie de la bande.
Et le TNM. Rappelons qu’il exploite un lieu appartenant à Hydro-Québec. Ce théâtre devrait d’abord s’éloigner d’une portion du modèle qu’il a intériorisé au fil du temps, qui flirte par moments avec celui du théâtre privé. On imagine très mal, par exemple, un théâtre national présenter une pièce-franchise du West End londonien à remonter en kit, comme c’était le cas au printemps dernier avec La pièce qui tourne mal. À moyen terme, il y a fort à parier que la nouvelle direction trouvera à faire les choses différemment dans cette maison.
Les prochaines élections seront marquées par l’envie de chaque parti de nous convaincre de sa capacité à être le meilleur gardien de notre identité nationale. Y allant chacun de leur définition, ils voudront prétendre à la direction du seul théâtre national que nous ayons pour l’instant. Il y a 77 sièges pour le public au Parlement à Québec. Allez-y pour voir la période de questions. C’est votre droit inaliénable.
Les acteurs n’y sonnent pas toujours très juste, mais ils sont parfois divertissants, voire pertinents. Surtout quand ils cherchent à rassembler plutôt qu’à diviser, à étendre la portée des droits de l’ensemble des citoyens et à renforcer le tissu et la couverture sociale. Ce qui s’y trame est pour nous tous absolument crucial. À croire que l’ennui qu’on ressent devant ce théâtre politique est peut-être voulu, afin qu’on s’en désintéresse banalement ?
Devraient-ils eux aussi s’éloigner d’un modèle hérité d’un autre temps (extractiviste et postcolonial) pour enfin nous préparer collectivement aux défis annoncés pour traverser ce siècle terrible d’accélération exponentielle et tout ce qu’il présage d’inénarrable ?


2 month_ago
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