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Le 20 décembre dernier, les États-Unis ont saisi un pétrolier vénézuélien, au large du Venezuela, accusé de transporter du pétrole soumis à des sanctions américaines. L'opération, illustrée par une vidéo publiée par le gouvernement américain, s'inscrit dans une campagne visant à bloquer les exportations pétrolières vénézuéliennes: une attaque directe de Donald Trump contre le régime de Nicolás Maduro.
Alors que les États-Unis renforcent leur présence militaire dans les Caraïbes avec le déploiement d'environ 15.000 soldats et de 15% de la Marine américaine, Donald Trump intensifie ses menaces à l'égard du leader vénézuélien. Comme le rappelle le média Forbes, dans le camp républicain, l'idée d'une éventuelle invasion reste largement débattue et de nombreux experts avertissent qu'une telle opération s'avérerait dangereuse.
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Les partisans d'une intervention militaire renvoient à l'Operation Just Cause, le nom de code donné à l'invasion du Panama par les États-Unis en décembre 1989. Cette opération qui avait mobilisé 26.000 soldats américains est souvent vue comme un succès, ayant entraîné le départ du dictateur Manuel Noriega, même si elle ne fut pas sans conséquences: plus de 500 Panaméens y perdirent la vie, sans parler des conséquences économiques pour le pays. Le contexte était très différent, bien plus favorable aux États-Unis: Noriega était déjà largement impopulaire, fragilisé par des manifestations pacifiques massives, une armée défiante et deux tentatives de coup d'État en 1988 et 1989.
Envahir le Venezuela serait une tout autre paire de manches pour Donald Trump. Si l'armée vénézuélienne ne peut rivaliser avec les forces américaines, elle est beaucoup plus importante que l'armée panaméenne de 1989, avec environ 123.000 militaires actifs contre 12.800 pour le Panama. La relation du Venezuela avec Cuba ou la Russie pourrait également peser dans la balance, cette dernière fournissant des systèmes de défense antiaérienne S-300 pour protéger les bases militaires du pays.
L'armée vénézuélienne est par ailleurs profondément impliquée dans l'économie illicite qui gangrène le pays, et ne verrait pas forcément d'un bon œil une intervention étrangère. Le «Cartel des soleils» serait selon les États-Unis un réseau d'officiers militaires profitant du trafic de drogue, de l'exploitation minière illégale et de la contrebande d'essence depuis plusieurs décennies.
Plusieurs acteurs partisans du statu quo
Nicolás Maduro affirme pouvoir mobiliser 4,5 millions de miliciens parmi ses concitoyens en cas de besoin. Craignant une invasion, des millions de civils seraient d'ailleurs formés au combat dans plus de 300 casernes, souvent sous l'égide du Parti socialiste unifié du Venezuela.
Les «Colectivos», des réseaux de groupes politiques armés présents dans les zones urbaines, pourraient aussi poser problème aux troupes américaines. Formés après la tentative de coup d'État de 2002 contre Hugo Chávez, ces groupuscules sont devenus de véritables forces paramilitaires, réprimant l'opposition et surveillant les dissidents. Avec Nicolás Maduro, ils se seraient transformés en organisations hybrides mêlant répression politique et activités criminelles lucratives. S'ils ne sont peut-être pas enclins à mener une guérilla urbaine, ils disposent d'une autorité de fait sur de nombreux territoires urbains et ont intérêt à préserver leurs activités économiques illégales.
Le rôle de la guérilla colombienne
Un autre défi majeur vient des groupes armés vénézuéliens et colombiens, qui pourraient exploiter le vide créé par une intervention étrangère. L'un des plus importants, l'Armée de libération nationale (ELN), venue de Colombie, coopérerait étroitement avec Nicolás Maduro et compterait de nombreux Vénézuéliens dans ses rangs.
En échange de revenus tirés de l'or illégal, du trafic transfrontalier et de la drogue, Nicolás Maduro permettrait à l'organisation d'exercer un contrôle territorial, social et politique dans certaines régions. Les revenus du trafic de drogue dans la région du Catatumbo au nord-ouest du pays seraient estimés à 600 millions de dollars par an (509 millions d'euros environ), assurant la survie du groupe. L'ELN a déjà combattu aux côtés de l'armée régulière vénézuélienne, notamment lors d'une offensive conjointe contre un groupe dissident des FARC en 2022. Ses commandants se cacheraient d'ailleurs au Venezuela.
Les conséquences régionales d'une éventuelle invasion pourraient être désastreuses. En Colombie, l'accord de paix de 2016 avec les FARC reste fragile, et plusieurs milliers de dissidents opérant sous la protection du régime de Nicolás Maduro pourraient reprendre les armes si un conflit éclate. Le Brésil a d'ailleurs averti qu'un bouleversement au Venezuela pourrait transformer la région en une zone de guerre.
Si l'armée américaine peut sûrement renverser le régime de Nicolás Maduro et son armée régulière, le pays compte de nombreux acteurs, groupes armés, milices et réseaux criminels, qui combleront tout vide de pouvoir, rendant la situation instable à court et moyen terme pour toute la région.





























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