
Donald Trump a annoncé dimanche qu’il utiliserait le pétrole vénézuélien pour remplir la réserve stratégique de pétrole des Etats-Unis, aujourd’hui à son niveau le plus bas depuis 1982, après qu’elle soit tombée en-dessous des 300 000 000 de barils. Le président a qualifié cet approvisionnement de « cadeau du Venezuela au peuple des Etats-Unis. » Deux jours avant, il avait présenté cet accord comme le plus grand jamais obtenu. d’autre part, Delcy Rodriguez insiste sur le fait que le Venezuela conserve la propriété et la souveraineté sur ses ressources.
Cet accord, signé vendredi 28 août, concerne 17 champs de pétrole pendant 25 ans avec un objectif de production supérieur à 1 500 000 barils par jour. Rodriguez a calculé les recettes fiscales totales du Venezuela à 209 335 000 000 de $ en se basant sur un prix de référence du baril de 65 dollars, ce qui laisse 19 dollars par baril directement à l’État.
ÚLTIMA HORA: Presidenta Delcy Rodríguez se dirige al país sobre el gran Acuerdo Energético con los Estados Unidos, que marcará el futuro de Venezuela. pic.twitter.com/j6LNkeJswq
— Miraflores Al Momento (@MirafloresAM) August 30, 2026
La présidente par intérim a replacé cet accord dans le cadre d’une idée qu’elle ne cesse de répéter depuis samedi: « Il ne sert à rien d’avoir nos réserves de pétrole sous terre si elles ne se traduisent pas en développement, » dit-elle et elle ajoute que ce projet bi-national est destiné à transformer cette richesse en bien-être social, en développement industriel et en stabilité économique à long terme pour le pays.
Trump avait envisagé cet accord en d’autres termes. Selon des fonctionnaires de la Maison Blanche cités par CNN, Washington obtient le controle effectif de 55% de la production de la nouvelle entreprise mixte et des concessions pour 100 ans et non pour 25 ans, pour exploiter les gisements. Le président en personne a parlé d’un « contrôle majoritaire » sur 65 000 000 000 de barils des réserves prouvées. Un même document, deux récits qui ne partagent presque aucun chiffre.
L’annonce est arrivée sur les réseaux sociaux de Trump, la chaîne qu’il a utilisée toute l’année pour faire bouger le prix du pétrole et exercer des pressions politiques. Le jeudi qui a précédé la signature, le Brent a atteint 89 70 $ et le WTI 83.53, un rebond que le marché lui-même a attribué aussi bien à la situation à Ormuz qu’aux premières informations concernant un accord avec le Venezuela. A la fin de cette semaine, les deux types de pétrole brut avaient perdu une bonne partie de ces gains. Le secrétaire d’État, Marco Rubio, avait promis que cet accord apporterait du « pétrole à bas prix » et ferait baisser le prix de l’essence aux États-Unis, une promesse que le marché n’a, pour l’instant, pas confirmée.
Ce schéma n’est pas nouveau. Reuters a révélé que les autorités de régulation étasuniennes enquêtent sur au moins quatre opérations d’un montant total de plus de 2 6 000 000 000 de $, réalisées par des opérateurs quelques minutes avant les annonces préliminaires de Trump concernant la guerre avec l’Iran, des paris qui ont parfaitement anticipé l’évolution du marché. L’analyste pétrolier Rory Johnston a expliqué à la revue Fortune que la seule pression verbale de la Maison Blanche suffit à faire baisser les prix en dessous du niveau que laisserait supposer la pénurie physique réelle, sans que l’offre ne change d’une goutte.
Dans son propre pays, Trump met en place un ordre du jour de dérégulation sous la bannière de la « domination énergétique ». En février, il a abrogé la règle environnementale qui soutenait 20 ans de régulation climatique et assoupli les normes concernant les eaux résiduelles et les émissions industrielles pour accélérer l’extraction dans la terre dont une partie est destinée aux centres de données de l’intelligence artificielle. Le ministère de l’Energie enregistre une production record 13 600 000 de barils par jour de brut et die près de 109 000 000 000 de pieds cubiques de gaz naturel.
En juin, avec l’essence tournant autour de 4 53 $ le galon, Trump a ôté de l’importance à la hausse et a accusé Exxon, Chevron, Shell et BP de la faire augmenter artificiellement et a exigé un prix de 2,25 $. Les coûts du raffinage et la prime de risques conséquences de la guerre avec l‘Iran ont maintenu la moyenne nationale au-dessus de 4 $ pendant une bonne partie de l’année. C’est cette pénurie qu’il cherche à présent à courir avec le brut vénézuélien.
Les sondages mesurent le coût politique de cette brèche depuis plusieurs mois. Le sondage Reuters/Ipsos du 17 août situe le taux d’approbation de Trump à 33%, le plus bas de son second mandat et 8 Etasuniens sur 10 sont convaincus que la guerre avec l’Iran se prolongera indéfiniment. Pour la première fois depuis 10 ans, les électeurs ont plus confiance dans les démocrates que dans les républicains pour gérer l’économie. Le politologue G. Elliott Morris a mon gré que même une baisse importante d’esprit n’a pas réussi à faire remonter ces chiffres. Le malêtre économique, une ofis installé, ne s’évanouit pas avec une seule annonce.
L’analyste Franco Vielma lit ce calcul d’une autre façon. Il le relie à la guerre dans le Golfe Persique et à la fermeture du détroit d’Ormuz, la route par laquelle circulait auparavant un cinquième du pétrole mondial et au fait qu’il est urgent pour Trump de montrer des résultats dans le domaine de l’énergie avant que les républicains mesurent cette impopularité dans les urnes en novembre.
Sur le plan juridique, Vielma insiste sur un point qui apparait rarement dans les gros titres: la Loi Organique sur les Hydrocarbures déclare les gisements sous terre qui appartiennent à la nation inaliénables et limite ce que l’Etat peut soumettre à des droits d’exploitation. Le Venezuela déclare 350 champs de pétrole à l’échelle nationale et possède plus de 300 000 000 000 de barils en réserves prouvées, les plus importantes de la planète. Les 17 champs engagés à présent représentent un peu plus de 20% de ce total.
Venezuela: de 3 400 000 barils à moins de 400 000
A la fin des années 90, la production vénézuélienne dépassait les 3 400 000 barils par jour. Après l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, il y a eu la grève pétrolière de décembre 2002 à février 2003 lors de laquelle les syndicats patronaux et la direction de PDVSA, en invoquant la défense de la méritocratie de l’industrie face au controle de l’Etat, ont paralysé la production ton, saboté le cerveau électronique de l’entreprise et forcé à licencier plus de 18 000 travailleurs qualifiés.
Cette fracture technique a alimenté ensuite une bataille médiatique que Washington a cité comme un précédent aux sanctions pétrolières imposées à partir de 2017, et en 2020, on en est arrivé à moins de 400 000 barils par jour. En août 2026, la production a dépassé 1 23 000 000 barils par jour, son plus haut niveau depuis février 2019, dans un pays qui vit depuis plus de 10 ans sous des centaines de sanctions.
Une grande partie de cette reprise se produit dans l’état de Zulia, où se concentre une bonne partie des efforts. Sur les 17 000 puits que le Gouvernement évalue à l’échelle nationale, 8 000 se trouvent sur le territoire de l’état de Zulia et relèvent de la catégorie nécessitant une mise en service la plus immédiate. Plus de 60% de ces puits se trouvent sur le lac de Maracaibo, une corne qui affronte encore un bassin qui subit encore les conséquences des inondations provoquées par les intempéries de fin août, que le gouverneur Luis Caldera a attribuées au mauvais temps, sans que cela n’ait freiné les projets officiels pour la région. L’état de Zulia produit aujourd’hui 34% du pétrole vénézuélien et soutient l’accord comme levier pour la voirie, la santé et les recettes fiscales sur la côte orientale du lac.
Chevron est la seule compagnie pétrolière étasunienne à être restée au Venezuela pendant les années pendant lesquelles les sanctions ont été les plus dures. Les licences du bureau de controle des actifs étrangers se sont élargies par étapes jusqu’à inclure Shell, BP, Eni, Repsol et Maurel & Prom. Bloomberg a révélé que les compagnies SLB et Hunt Oil Co. ont signé des contrats avec le Gouvernement vénézuélien ce même mois pour développer deux champs de pétrole supplémentaires.
Le Belge Eric Toussaint, économiste et porte-parole du CADTM a montré que ces revenus n’arrivent pas librement au Gouvernement vénézuélien. Un décret étasunien du 9 janvier stipule qu’ils doivent être déposés sur des comptes administrés par le ministère des Finances des Etats-Unis, tout d’abord à travers un fonds au Qatar et ensuite directement. Washington présente juridiquement ces fonds comme une propriété du Venezuela mais les conserve sous sa garde et sous son contrôle.
Mais ce contrôle financier s’exerce selon des principes politiques inédits. Le 3 janvier 2026, lors d’une opération militaire, les Etats-Unis ont bombardé Caracas avec 150 avions et enlevé le président Nicolás Maduro et sa femme, la députée Cilia Flores. Cette agression a fait une centaine de morts parmi lesquels 32 Cubains. Deux jour plus tard, le Tribunal Suprême de Justice a désigné Rodríguez comme présidente par interim en s’appuyant sur l’absence forcée du président. Washington négocie à présent avec un Gouvernement qui est arrivé au pouvoir au milieu de cette offensive.
Cette opération a eu lieu à peine quelque semaines après que le Venezuela ait clôturé sa meilleure année économique depuis10 ans. La CEPAL a estimé que le PIB avait augmenté 6.5% en 2025, le taux le plus élevé de la région après une augmentation de 8.5% en 2024 et la Banque Centrale du Venezuela a comptabilisé 18 trimestres consécutifs d’expansion, stimulés au troisième trimestre par un saut de 16,12% dans le secteur pétrolier. L’organisme des Nations Unies lui-même avait reconnu le Venezuela comme l’un des moteurs de la reprise de la région avec le Paraguay et l’Argentine.
Champs vierges à 16%
L’idée de la souveraineté pétrolière n’est pas née de cet accord. Chávez avait établi sa première version le 13 novembre 2001 quand il avait mis en place la Loi Organique sur les Hydrocarbures et fermé l’ouverture pétrolière des années 90. Cette loi exigeait que l’Etat conserve plus de la moitié des actions de toute entreprise mixte et avait fait passer les redevances fiscales minimum del 16.6% à 30%.
En 2007, le pas suivant a été fait. Le décret 5 200 avait nationalisé la Bande Pétrolière de l’Orénoque et absorbé 4 projets de brut lourd qui étaient jusqu’alors mis en oeuvre par des compagnies étrangères. Chávez l’avait annonce le 1er mai devant des milliers de travailleurs réunis au complexe José Antonio Anzoátegui et il avait résumé le conflit en une seule phrase: l’ancienne ouverture n’était rien d’autre qu’une tentative de l’impérialisme « pour s’approprier les réserves pétrolières les plus importantes du monde. » Cette étape avait débuté avec une redevance d’à peine 1 % pour les premiers blocs vierges de la Bande.
8 des 17 champs concernés actuellement sont dans le jargon de l’industrie, des blocs vierges ou greenfield, des zones sans puits forés ni infrastructures de transport qui exigent capital important avant de produire le premier baril. Pour chacun de ces barils, l’opérateur privé paiera une redevance minimale de 16% et un impôt sur le revenu de 34%, calcule après déduction des coûts de production. Des chiffres que la réforme de janvier a transformés en loi. Le contraste que le Gouvernement met le plus en avant est celui-ci: le dernier grand projet de blocs vierges au Venezuela, il y a 30 ans, avait été signé avec une redevance d’à peine 1%.
Le député dirigeant du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) Francisco Ameliach est allé plus loin et a défendu cet accord comme une négociation délibérément inégale. Devant les bases du chavisme le plus réticent à l’accepter, il a soutenu que céder du terrain initial n’est pas une trahison de l’héritage souverain mais du réalisme politique élémentaire face à un rapport de forces qui, pour l’instant, favorise Washington.
Le blocus financier a modifié les règles du jeu à partir de 2017. En 2020, Maduro a présenté devant l’Assemblée Nationale Constituante la Loi anti-blocus, publiée au Journal Officiel Extraordinaire N°. 6.583. Cette loi permettait au Gouvernement de ne pas appliquer les lois ordinaires et de signer des contrats pétroliers sous réserve de confidentialité. Maduro l’avait présentée comme un blindage contre « le blocus impérialiste. »
Ce diagnóstico est toujours valable. Le vice-ministre pour les politiques anti-blocus, William Castillo, a fait savoir au mois d mai que, sur les 1 088 mesures coercitives unilatérales appliquées au Venezuela pendant ces 10 dernières années, 1 040 étaient alors en vigueur. L’Observatoire Vénézuélien Anti-blocus, que dirige Castillo, les décrit comme une agression multiforme dirigée contre le pétrole, la banque et le système financier du pays. 6 ans après la Loi anti-blocus, le blocus qui lui a donné naissance est toujours une vigueur, il a seulement changé de forme.
L’Assemblée Nationale a approuvé une autre réforme le 29 janvier 2026, publiée au Journal Officiel N° 6 978 et composée de 35 articles. Ce texte a ouvert la porte à l’acquisition par le capital privé international d’une participation majoritaire dans la commercialisation du brut, une faculté réservée jusqu’alors à l’Etat. Cette réforme est arrivée 26 jours après l’agression du 3 janvier et 7 mois avant l’accord avec Washington.
La différence entre ces deux périodes ressort clairement dans les chiffres. Chávez avait blindé la majorité des actions pour l’Etat en 2001 et en 2007. La réforme de 2026 a permis le contraire pour es contrats commerciaux bien qu’elle ait laissé intacte la règle qui déclare le gisement inaliénable. Rodríguez soutient que les deux chose une sont pas contradictoires, la propriété reste aux mains de l’Etat et l’opération passe dans des mains privées.
Chávez lui-même, tandis qu’il dénonçait l’impérialisme, en est venu à vendre aux Etats-Unis plus de 1 400 000 barils par jour dans les années où la production était la plus importante. Les revenus de cette époque ont financé la Mission Logement et la mission Dans le Quartier dans les quartiers les plus pauvres du pays, traditionnellement exclus. La dépendance envers le marché étasunien n’est pas nouvelle, elle a survécu même pendant les périodes de confrontation rhétorique la plus vive entre Caracas et Washington.
Deny Extremera
Article original en espagnol: El petróleo que Trump llama regalo y Venezuela llama soberanía, TeleSurTv,
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
La source originale de cet article est TelesurTV



























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