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Étant donné son économie qui tourne à plein régime et l’inauguration prochaine d’un hôpital régional qui créera plus de 3500 emplois, la région de Vaudreuil-Soulanges recherche ardemment de nouveaux travailleurs. Face aux restrictions en immigration et à la crainte de voir ses travailleurs migrants s’exiler chez sa voisine ontarienne, elle demande la création d’une première zone d’exception territoriale au Québec.
« Le mur à mur, malheureusement, ne fonctionne pas partout au Québec », laisse tomber Joanne Brunet, directrice générale de Développement Vaudreuil-Soulanges (DEV).
À l’instar de maires et d’employeurs locaux, l’organisme de développement économique de la région milite depuis quelques semaines pour faire de Vaudreuil-Soulanges un cas d’école : une zone d’exception territoriale où les programmes d’immigration pourraient être adaptés aux réalités locales.
L’établissement de ce type d’entente, négociée entre le fédéral et le provincial, a déjà été tenté dans des localités rurales de l’Ontario et de l’Ouest canadien, dans des communautés francophones hors Québec, et dans les quatre provinces maritimes, en lien avec le Programme d’immigration au Canada atlantique. Mais jamais au Québec.
« Utilisons Vaudreuil-Soulanges comme un projet pilote au Québec pour s’assurer que les programmes [d’immigration] répondent aux réalités du milieu, fait valoir Joanne Brunet. Faisons en sorte qu’on ait un programme particulier d’appui pour aller chercher de la main-d’œuvre étrangère, faciliter son intégration et même augmenter les quotas si on en a besoin. »
Ce programme ambitieux, à contre-courant des restrictions actuelles sur l’immigration temporaire et permanente, demande également une clause de droits acquis pour faciliter le renouvellement simplifié des permis de travail du millier de travailleurs étrangers temporaires actuellement en emploi dans la MRC.
Pour appuyer sa demande, DEV met en avant l’inauguration prochaine de ce qui deviendra de fait le plus gros employeur de la région : le tant attendu hôpital de Vaudreuil-Soulanges et ses 400 lits, dont l’ouverture est prévue pour 2028. « Nommez-moi un territoire au Québec où on peut dire avec certitude qu’on a une entreprise qui va créer 3500 emplois dans deux ans ? illustre Joanne Brunet. On a une capacité exceptionnelle, c’est d’anticiper le nombre d’emplois qui vont être créés dans la MRC dans les cinq prochaines années. »
Au total, ce sont 10 000 postes qui seront à pourvoir dans la MRC d’ici 2030, selon les estimations de DEV.
Un véritable « écosystème » est attendu autour de l’hôpital érigé à proximité de l’autoroute 30 : services de deuxième ligne, cliniques privées, cabinets de médecins, hôtels, etc. « On avait anticipé cette courbe de croissance. Ce qu’on n’a pas anticipé, c’est que les programmes allaient être modifiés », indique Joanne Brunet.
La proximité de Montréal, un problème
« Si on n’a pas de main-d’œuvre, comment voulez-vous que je soigne mes résidents ? » fait valoir Jean-François Blanchard, propriétaire du Manoir Harwood, situé à Vaudreuil-Dorion. Son CHSLD privé conventionné emploie 48 travailleurs étrangers temporaires dont les permis seront à renouveler dans les deux prochaines années.
« Si on perd du personnel à hauteur de 10 % ou 15 %, on n’est plus en mesure d’assurer la sécurité de nos CHSLD », prévient celui qui est également président de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec.
Vu les critères actuels en immigration, l’inauguration de l’hôpital ne fera qu’ajouter une pression supplémentaire sur le marché de l’emploi, craint-il.
Déjà, le taux de chômage dans la MRC est sous la moyenne québécoise et flirte avec le plein-emploi (4 %). « On va devoir partager avec les PME du coin la main-d’œuvre pour les services alimentaires, l’entretien, la buanderie. Un hôpital, ce n’est pas juste des médecins et des infirmières, c’est tout ce monde-là aussi. Et c’est cette main-d’œuvre-là qui sera difficile à avoir. »
La proximité de la région par rapport à Montréal vient également compliquer le recrutement. La moitié de Vaudreuil-Soulanges, dont ses plus grands pôles d’emploi, est englobée dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal. Or, Ottawa limite le nombre de permis de travail temporaires dans cette RMR puisque le taux de chômage y dépasse les 6 %.
Au provincial, habiter la région métropolitaine donne moins de points aux candidats au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), qui est venu remplacer le Programme de l’expérience québécoise pour les aspirants à la résidence permanente.
Jean-François Blanchard donne l’exemple de deux infirmières qu’il a recrutées en France et qui, malgré leur connaissance de la langue française et leur métier recherché, sont encore loin d’avoir obtenu les points nécessaires pour recevoir une invitation du PSTQ. « Pourquoi ? Parce qu’on est dans la communauté métropolitaine de Montréal. Pourtant, on n’est pas dans la même réalité en région. »
Soustraire Vaudreuil-Soulanges aux exigences imposées à la grande région de Montréal fait d’ailleurs partie des revendications des tenants de la zone d’exception territoriale.
« Ce qui est particulier à notre secteur, c’est qu’avec l’hôpital, le gouvernement du Québec va être un de nos principaux employeurs », souligne Joanne Brunet. « Il faut simplement s’entendre sur une vision commune de la situation dans Vaudreuil-Soulanges et accepter de mettre l’épaule à la roue pour que tout le monde arrive avec des solutions », espère-t-elle.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.


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