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Valérie Glatigny l’annonce: tous les élèves devront faire du latin

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À partir de la rentrée 2026, les réformes dites du "tronc commun" arrivent en 1ere secondaire. Cette révision de l'apprentissage, prévue en 2016 par le Pacte d'excellence et qui s'étale de la maternelle à la troisième secondaire, vise à réduire les inégalités à l'école tout en augmentant la qualité de l'enseignement. La révision des programmes a pour conséquence, notamment, la fin de l'enseignement du latin en 1ere secondaire. À la place de ce cours linguistique, la culture gréco-latine sera abordée dans un ensemble plus vaste baptisé "français et langues anciennes". Ce changement avait suscité une certaine émotion, notamment de la part des professeurs de latin.

La ministre de l'Éducation, Valérie Glatigny (MR), veut cependant rassurer ces enseignants, ainsi que les parents attachés au latin. Elle compte rendre une place plus importante à cette langue qui a modelé la pensée européenne et la transmission du savoir pendant plusieurs centaines d'années.

"C'est désolant": avec la réforme du tronc commun en 1re secondaire, une matière disparait de l'horaire

Valérie Glatigny présente dans La Libre son projet pour la deuxième et troisième lorsque ces années seront concernées par le "tronc commun" (2027-2028 pour la 2e et 2028-2029 pour la 3e). "Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté la réforme du secondaire inférieur juste avant les congés de fin d'année, explique-t-elle. Cela a suscité quelques questions, notamment quant au cours de latin. Mais je veux préciser que l'enseignement ne va pas perdre son latin… Au contraire, il y aura plus de latin qu'auparavant ! Il va même devenir obligatoire en 2e année."

Le goût de l'héritage gréco-latin

La libérale revient tout d'abord sur la réforme du programme en 1ere. "L'enseignement du latin en tant que tel s'arrête en première, c'est juste. Il se trouve intégré dans un référentiel 'français/langues anciennes'. On va y aborder des œuvres qui font partie du patrimoine littéraire et culturel, des récits mythologiques. Il ne s'agit pas de voir les déclinaisons latines, mais de donner le goût de l'héritage gréco-latin."

Pour la 2e et 3e, la ministre part d'un constat : l'enseignement du latin selon l'actuel programme n'est pas très suivi. "Les élèves pouvaient choisir le latin comme option, comme des 'activités complémentaires', comme il en existe aussi en théâtre, en sport, en science éco, cuisine, etc. L'enseignement latin dépendait donc du choix des élèves."

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Selon les chiffres donnés par Valérie Glatigny, le cours de latin en "activités complémentaires" ne rencontre pas un grand succès : seulement 26 000 élèves au total suivent, en première et deuxième, un cours de deux heures. Pour la 3e année spécifiquement, seuls 7 300 élèves suivent un cours à quatre périodes en troisième année. "Environ un tiers des élèves du premier degré suivent un cours de latin, soit 33 000 sur 110 000 élèves."

Jusqu'à 5 heures en 3e année

Le "tronc commun" supprime ces "activités complémentaires". Mais le gouvernement de la FWB a décidé de renforcer autrement l'apprentissage du latin. "En deuxième année, il y aura deux heures par semaine obligatoires en langues anciennes. Tous les élèves seront concernés, de manière uniforme, précise Valérie Glatigny. Le référentiel repose sur un enseignement linguistique, de la grammaire, du vocabulaire, de l'étymologie. Les professeurs de latin ont l'impression que l'enseignement de la langue disparaît, mais la deuxième prévoit deux heures obligatoires !"

Et en troisième ? "Il y aura une heure obligatoire, toujours avec un enseignant spécialisé, où l'on poursuit l'apprentissage du latin. Et on pourra même faire du grec. En outre, les élèves qui le souhaitent pourront choisir des 'activités orientantes' dont le latin-grec. Donc, au total, 5 heures de langues anciennes potentiellement." En permettant ce choix en 3e, Valérie Glatigny s'éloigne donc quelque peu de l'esprit du "tronc commun".

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Le latin, un "code secret"

Mais pourquoi sauver le latin, finalement ? Son enseignement est parfois décrit comme "élitiste", favorisant la reproduction des inégalités entre les élèves. Ce n'est pas l'avis de la ministre de l'Éducation qui y voit un facteur d'émancipation et une clef intellectuelle pour le monde actuel. "Quelle place pour les langues anciennes dans l'enseignement à l'heure de ChatGPT, de l'intelligence artificielle ? J'ai réfléchi personnellement à la question, confie cette philosophe de formation. Tout d'abord, l'apprentissage du latin favorise la bonne connaissance du français. Ensuite, il est important pour comprendre l'origine de certaines idées, la démocratie, le patrimoine culturel européen, développer son esprit critique, comprendre le droit romain… Tout le monde le sait. Mais, plus important encore, ce que le latin permet d'acquérir, ce sont des compétences logiques."

Pour la libérale, le latin fonctionne comme un "code secret" par ses déclinaisons qui déterminent les rapports entre les mots et le sens de la phrase. "Si on voulait forcer le trait, on pourrait dire que le latin force les élèves à pénétrer une logique et, en ce sens, il peut être à ChatGPT ce que la Pierre de Rosette a été pour les hiéroglyphes. La logique computationnelle décompose les problèmes en petites instructions logiques. Un ordinateur fonctionne sur une base logique, comme la langue latine. Le latin, en ce qu'il impose une introduction à un enseignement de la logique, est donc éminemment moderne, moins poussiéreux que jamais."

"Le latin, en ce qu'il impose une introduction à un enseignement de la logique, est donc éminemment moderne, moins poussiéreux que jamais."

Le latin, un outil "bourgeois" ?

Outre la dimension logique du latin, cette langue "morte" porte aussi en elle l'héritage de la civilisation européenne, parfois combattu par une certaine vision de l'enseignement. Le latin peut être apprécié de manière utilitariste, mais également pour la culture auquel il donne accès. "On est d'autant plus ouvert aux autres cultures que l'on connaît la sienne. C'est d'autant plus important de connaître notre héritage gréco-latin."

Sur la critique du latin comme outil "bourgeois" de sélection scolaire, la ministre de l'Éducation, rejette cette vision qui sévit parfois à gauche. "Je pense à l'inverse que c'est un outil important pour la qualité de l'enseignement. Il n'y a rien de plus inégalitaire que de renoncer à cette qualité. Je me bats pour cela. Les premiers à payer la facture, en cas de mauvaise qualité de notre enseignement, ce sont les enfants dont les parents ne pourront pas leur payer des cours particuliers ou les envoyer dans des universités à l'étranger, etc. C'est aussi la raison pour laquelle on prévoit du latin, ainsi qu'un renforcement des compétences de base pour tous."

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