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Pour une certaine génération de mélomanes, le concert d’Angine de Poitrine, samedi dernier, au Festival international de jazz de Montréal (FIJM), avait peut-être un air de déjà-vu. Il y a 34 ans, une foule de 96 000 personnes avait en effet accueilli au même endroit le groupe UZEB, emblème québécois du jazz fusion, qui prouvait déjà qu'une musique nichée pouvait rejoindre les masses.
UZEB, c’est 500 000 albums vendus en carrière et près de 1000 concerts donnés dans une vingtaine de pays. Cinquante ans après sa formation, le groupe est au cœur du documentaire UZEB en fusion, qui est présentement à l’affiche au Québec.
Le film de Philippe Frenette-Roy, truffé d'archives inédites et basé sur une cinquantaine d’entrevues, retrace le parcours du groupe de Drummondville à Montréal, ainsi que son explosion à l’international, notamment en France, en Italie, en Angleterre et même en Indonésie.
Le documentaire à l’esthétique pastel, très en phase avec les années 1980, revient aussi sur les tensions internes qui ont mené à la fin de l’aventure, en 1992, une conclusion précipitée par l’ego bien affirmé de ses compositeurs principaux, Michel Cusson et Alain Caron.
[UZEB], c’est des rencontres humaines et de la musique extraordinaire, dans le sens d’exploratrice. Je pense que le documentaire va permettre à la nouvelle génération de savoir d’où on vient et de savoir c’est qui ces martiens-là, explique Michel Cusson, guitariste du groupe depuis ses débuts dans le Centre-du-Québec, en 1975.
Les débuts
Bien que le groupe UZEB ait connu plusieurs changements de personnel au cours de son existence, il a connu ses moments de gloire dans sa forme finale, un trio composé de Michel Cusson à la guitare, d’Alain Caron à la basse et de Paul Brochu à la batterie.
On avait une symbiose qui fonctionnait au quart de tour, comme une Ferrari, illustre Michel Cusson, qui composera après UZEB de nombreuses trames sonores pour le petit et le grand écran, d’Omertà à Maurice Richard en passant par Aurore, René Lévesque et Dans une galaxie près de chez vous.

Michel Cusson, cofondateur et guitariste d'UZEB
La première fois [qu’on a joué ensemble], on a senti tout de suite que ça allait marcher. Ça ne s’explique pas, ça se feele, ajoute Paul Brochu, batteur spectaculaire formé au Conservatoire de Québec, qui a rejoint le groupe en 1980.
Michel Cusson avait rencontré Alain Caron quelques années auparavant, en 1977, alors que le jeune bassiste jouait depuis ses 14 ans dans un orchestre de musique populaire. Le jeu virtuose du musicien essentiellement autodidacte deviendra rapidement l’une des signatures du groupe.

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Les premières moutures d’UZEB se produisent sous le nom d’Euzèbe Jazz, un clin d'œil à la fête obscure de Saint-Eusèbe, qui coïncidait avec le premier concert du groupe en carrière.
Après avoir adopté le nom plus simple d'UZEB, le groupe se fait connaître à la fin des années 1970 dans les bars et les clubs de jazz du Québec avec un mélange de reprises et de compositions originales. Rapidement, grâce au bouche-à-oreille, à la virtuosité de ses musiciens et à une détermination à toute épreuve, le nom du groupe est sur toutes les lèvres.
L'explosion
En 1980, Diane Tell embauche UZEB à titre de groupe de tournée, un véritable coup de pouce pour la formation. Je pense que c’est elle qui a fait qu’UZEB était pratiquement dans la même catégorie que le monde pop, on était à armes égales avec eux, on faisait les mêmes salles, les mêmes bars, se souvient Michel Cusson dans UZEB en fusion.
Le groupe accompagnera également Claude Dubois en tournée, une collaboration qui culminera en 1982 avec deux spectacles majeurs au Forum de Montréal et au Colisée de Québec.

Le bassiste Alain Caron
Photo : Festival international de jazz de Montréal (Victor Diaz Lamich)
Après un disque enregistré lors d’un festival au Royaume-Uni, Live at Bracknell (1981), le premier album studio d’UZEB, Fast Emotion, paraît en 1982 sur l’étiquette québécoise Paroles & Musique. L’album connaîtra un grand succès, autant au Québec qu’en France.
En 1984, UZEB est sacré groupe de l’année au gala de l’ADISQ, un exploit qu’il répétera en 1989. En tout, la formation remportera neuf prix Félix, ainsi que le prix Oscar-Peterson du FIJM, en 1991.
À son apogée, UZEB se produit partout sur la planète, de Montréal à Jakarta. Leur passage à l’Olympia de Paris en 1986 a marqué les esprits et a confirmé leur statut d’ambassadeurs internationaux du jazz québécois.

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Cinq minutes avec Alain Caron, ancien bassiste d'UZEB qui a connu une riche aventure en solo.
La démocratie, c'est fragile
UZEB enregistrera quatre autres albums studio dans les années 1980, mais après une décennie à jouer ensemble, la saine collaboration qui régnait entre les membres du groupe commence à s’effriter. La démocratie, c’est fragile, illustre à ce titre Michel Cusson.
Ce qui a fait ce band-là, c’est qu’on se poussait l’un et l’autre à l’excellence. Ça a été un laboratoire incroyable, poursuit Alain Caron. Mais comme je le dis souvent, un groupe, c’est un équilibre de compromis. À un moment donné, t’as envie d’être à 100 % toi-même, et c’est difficile.
Dans cette guerre d’ego entre les deux compositeurs, chacun voulait tirer la couverte de son côté. Michel Cusson était de plus en plus intéressé par le rock, alors qu’Alain Caron voulait pousser l’exploration du jazz plus loin. À ces divergences créatives s’ajoutait aussi un conflit de personnalités dans le studio.
La façon de travailler des deux gars est complètement différente. Michel Cusson est vraiment [hyperactif], alors qu’Alain est plus relax. Moi j’étais comme entre les deux, se souvient Paul Brochu dans le documentaire.
Je vais être bien franc, c’était ma façon de travailler qui était difficile. J’étais fatigant, carrément, je voulais trop, ajoute Michel Cusson.
Après une pause de tournée, UZEB se produit à l'été 1992 au FIJM, devant une foule monstre. Les membres du groupe savent déjà que ce sera leur dernier concert ensemble, mais ils y mettent le paquet.
Plusieurs vedettes du jazz les rejoignent sur scène, dont le violoniste Didier Lockwood, le trompettiste Tiger Okoshi et le saxophoniste Michael Brecker.

UZEB en 2016.
Photo : Gracieuseté de l'organisation
Les membres d’UZEB ne se réuniront qu'à une seule occasion, 25 ans plus tard, présentant à l’été 2017 une série de concerts en Europe et au Québec. Un album en spectacle en est tiré, intitulé R3union Live.
Le documentaire a-t-il donné envie aux membres d’UZEB de se retrouver une fois de plus pour une ultime tournée? Encore une fois, il faudra s’en remettre à la démocratie. Moi, je suis d’accord, lance Paul Brochu. Moi, je suis ouvert, répond Michel Cusson en écho. Moi, pour le moment, j’ai trop de projets, tranche Alain Caron, laissant la question en suspens.
Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet


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