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Utiliser l’IA pour prédire les effets d’une hausse des loyers à Montréal

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Plus de 16 000 Montréalais basculeraient vers la précarité extrême s’ils subissaient une hausse de loyer de 6 %. C’est la conclusion d’un projet de recherche piloté par Centraide du Grand Montréal, qui a recouru à l’intelligence artificielle (IA) pour bâtir un « jumeau synthétique » de la métropole afin de prédire les conséquences d’une hausse des loyers sur ses citoyens. Un exercice qui vient éclairer une zone d’ombre des données disponibles, mais qui comporte ses limites.

En s’inspirant des tendances récentes du marché et de la hausse recommandée par le Tribunal administratif du logement en 2024 (4 %), en 2025 (5,9 %) et en 2026 (3,1 %), l’organisme a produit cette analyse prédictive pour évaluer les effets d’une hausse des loyers de 6 %. Une telle augmentation mènerait quelque 8050 personnes en situation stable à une situation de précarité faible, 6060 personnes en situation de précarité forte et 16 670 personnes en situation de précarité extrême, selon l’exercice, réalisé en collaboration avec la compagnie RUNWITHIT Synthetics.

Plus de la moitié des locataires qui feraient face à une situation de précarité extrême se concentrent dans dix arrondissements, dont Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension et Ahuntsic-Cartierville. Le Plateau-Mont-Royal et Ville-Marie sont particulièrement à risque, comportant les concentrations de précarité extrême les plus élevées parmi les arrondissements du territoire de la grande région de Montréal.

Ces projections permettent le développement de solutions plus ciblées dans les quartiers plus vulnérables, explique la présidente-directrice générale du Centraide du Grand Montréal, Tasha Lackman. « Où est-ce qu’on devrait mettre nos priorités pour les logements sociaux, les projets de développement ? dit-elle. Où est-ce qu’on doit assurer qu’il y a des comités de logement qui sont bien subventionnés et bien placés pour accompagner des locataires qui sont en situation de précarité ? »

Les limites du synthétique

Cette modélisation a été produite à l’aide de la plateforme INFLECTOR AI de RUNWITHIT Synthetics. Celle-ci a généré un « jumeau synthétique », un modèle interactif de la population montréalaise, à partir de données obtenues du recensement de 2021 sur 68 municipalités. En tirant des données réelles sur les revenus, les dépenses, les ménages et les résidences, la modélisation permet de traiter « toutes sortes de données pour représenter » une multitude d’individus et d’introduire de nouveaux contextes afin d’évaluer leurs effets sur cette même population, note Myrna Bittner, la directrice générale et cofondatrice de l’entreprise.

En priorisant la « lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale », Centraide du Grand Montréal fait usage de l’IA, un « outil primordial », pour influencer l’élaboration de politiques publiques adéquates. Le tout se fait pour illustrer le réel « besoin de créer plus de logements sociaux et abordables », indique Mme Lackman.

Toutefois, malgré l’aspect innovateur de cette analyse, elle pourrait ne pas avoir « d’incidence sur la politique » si elle ne comporte pas une certaine touche humaine, note Renée Sieber, professeure dans le Département de géographie de l’Université McGill. « Parler aux gens » directement afin de recenser leurs réalités doit être complémentaire à ce type d’exercice, puisque l’usage de l’automatisation et des avatars synthétiques pour comprendre les conditions humaines peuvent négliger la complexité de celles-ci.

Par ailleurs, ces données ne font que confirmer ce que les experts et le public savent déjà, souligne Avi Friedman, professeur de l’École d’architecture de l’Université McGill. Si l’IA est une technologie révolutionnaire et pertinente, elle n’est qu’un « outil », soutient-il.

Selon lui, seuls les individus ont les capacités de résoudre la crise du logement. Cependant, cette technologie « a le potentiel » de permettre aux individus « de recueillir des informations plus rapidement », explique M. Friedman. Ainsi, le défi est de traduire ces résultats en actions concrètes, où l’une des solutions clés est l’augmentation de « l’offre de logements abordables », affirme-t-il.

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