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Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a accordé une place de choix à l’immigration en début de campagne. Les maux qui affligent le système d’éducation — école à trois vitesses, pénurie d’enseignants, déficit des infrastructures, décrochage élevé chez les garçons — demeurent secondaires par rapport à une préoccupation quant au poids de l’immigration dans la surpopulation scolaire.

M. St-Pierre Plamondon a pris la pose devant l’école secondaire Roger-Comtois, à Québec, où 24 classes modulaires ont dû être installées pour la rentrée. L’école déborde en raison d’un trop grand nombre de nouveaux élèves qui viennent de l’immigration, a-t-il dit.

Les médias ont aussitôt fait le travail qui les rend si indispensables au débat démocratique, pour arriver à un portrait plus nuancé. L’immigration est une cause parmi d’autres de la surpopulation dans les écoles, ont constaté des experts sondés par La Presse. L’augmentation des inscriptions dans plusieurs écoles de la région de Québec provient à 100 % des immigrants de première génération, observe Radio-Canada. Mais, encore là, des experts ont suggéré que l’on distingue les symptômes des causes du manque d’espace.

Une épreuve de vérification des faits menée par nos correspondants parlementaires François Carabin et Marie-Michèle Sioui apporte une nuance fondamentale. M. St-Pierre Plamondon n’a pas distingué les élèves tout juste arrivés au Québec de ceux issus de la deuxième génération, c’est-à-dire des enfants nés au Québec d’au moins un parent issu de l’étranger. Le Centre de services scolaire de la Capitale a également nuancé le portrait de Roger-Comtois, décrite comme une école submergée par l’immigration.

En élargissant l’analyse, Le Devoir a constaté que l’augmentation des élèves dans l’ensemble des écoles québécoises est plus attribuable à l’immigration de deuxième génération qu’à celle de la première génération, et ce, depuis 2015-2016.

C’est là que le discours péquiste devient déroutant. Dans un premier temps, Paul St-Pierre Plamondon a minimisé les distinctions à faire entre première et deuxième générations. « Ça ne change absolument rien au fait [que le manque d’espace dans les écoles] ne peut pas provenir d’un baby-boom », a-t-il déclaré. Il a modulé ses propos par la suite, en affirmant qu’il fallait arrêter de considérer « tous les citoyens permanents » comme des immigrants, que ce sont des citoyens « à part entière ».

Nous reprenons la question de la co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal. Qu’est-ce qu’un Québécois pour Paul St-Pierre Plamondon ? Combien de générations d’enracinement faut-il compter avant que les gens ne soient plus associés à des difficultés d’accès aux services publics ? Le débat sur les seuils d’immigration est nécessaire, et il fait partie du débat social et politique dans toutes les sociétés libres. Tout est dans la manière.

La ligne est fine entre l’énonciation de constats statistiques sur l’incidence de l’immigration et l’attribution politique et morale d’une responsabilité aux Québécois issus de l’immigration. C’est oublier par ailleurs leur contribution à la prestation de services publics dans les écoles, les hôpitaux, les services de garde et les CHSLD. Sans parler de la vitalité qu’ils ont insufflée aux arts et à la culture.

Le PQ ne s’aventure d’ailleurs pas en terrain vierge. Le gouvernement caquiste a largement contribué avant lui à installer un débat sur l’immigration où capacité d’accueil, insécurité linguistique et identitaire et responsabilité individuelle sont trop souvent confondues.

Cette approche du débat politique par segmentation est un non-sens que seuls les Québécois issus de la diversité ont le privilège de subir. Le vieillissement de la population exerce une pression incontestable sur le réseau de la santé. Accepterait-on pour autant de reprocher aux boomers la défaillance des hôpitaux ?

Faire de l’immigration une cause dominante de la surpopulation scolaire, c’est plus facile que de regarder en face le déficit d’investissements en éducation, la décrépitude des écoles, le défi de raviver l’intérêt pour une carrière en enseignement chez les jeunes, les difficultés de prévoir les flux migratoires interrégionaux.

Sur le fond, quand va-t-on enfin comprendre qu’identité et altérité forment les deux faces d’une même médaille ? Quand va-t-on saluer la contribution des Québécois issus de la diversité à la formidable aventure de cette nation singulière ? Quand va-t-on célébrer nos capacités d’intégration au fait français, incarnées par tous ces enfants de la loi 101 avec lesquels nous bâtissons le Québec de demain ? Leur contribution n’est ni périphérique, ni une affaire de coûts ou de pression sur les services publics.

Une nation forte et maîtresse de son destin est en droit de choisir ses politiques migratoires et de débattre de ses capacités d’accueil. Elle doit cependant garder en tête son devoir d’accueil et d’intégration envers ceux et celles qui ont choisi le Québec.

Unir au lieu de diviser, rassembler au lieu d’instrumentaliser. Est-ce trop demandé d’un aspirant au poste de premier ministre ?

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