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Située à 180 kilomètres au nord d’Amos, la communauté de Matagami n’est pas aussi isolée que Radisson, à 620 kilomètres encore plus au nord, mais elle se sent quand même loin de plusieurs services. Le mouvement Les Entêtés de la Baie-James rappelle que seulement 0,3 % de la fonction publique est installée sur son territoire.
Le maire de Matagami, René Dubé, plaide simplement pour l’équité. Selon lui, il faut revoir les modèles de financement et l’offre de services gouvernementaux. En tenant compte des réalités de la Baie-James, qui, comme les autres régions ressources, contribue davantage au financement public qu’elle n’en bénéficie.
Il faut réellement penser autrement, croit-il. Tu ne peux pas régler les problèmes des grands centres sur le dos des régions. Il faut qu’on ait notre place. Il faut qu’ils en tiennent compte. Parce que tu n’en as pas de mines, tu n’en as pas de forêts dans les grands centres. Mais toutes les autres villes sont contentes d’avoir des redevances.

Des affiches et des macarons de la campagne des Entêtés de la Baie-James sont visibles et disponibles à différents endroits, comme ici, dans l'entrée de l'épicerie locale Marchés Tradition.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Oui, les ressources appartiennent à tout le monde, mais il faut tenir compte de ceux qui habitent le territoire. Parce que, pour continuer à habiter le territoire, il faut que tu aies des programmes qui tiennent compte de nos réalités. On veut être traités équitablement, rappelle le maire.
On est une ville minière qui n’a plus de mine. Est-ce qu’on a l’air d’une ville qui va fermer? Non. Mais tu ne peux pas savoir le travail que ça exige. On a appris à faire beaucoup avec peu. Mais à un moment donné, on s’essouffle.
Selon lui, si l’effritement des régions se poursuit, c’est tout le Québec qui sera perdant.
Les distances et le transport
Nouvellement arrivée à Matagami, Sabine Dasemé a rapidement pu constater que le transport peut être un enjeu pour les gens qui viennent s’établir dans la ville nordique.
Il n’y a pas d’autobus. Il n’y a pas de taxi. Donc, c’est vraiment la communauté qui s’entraide. Si l’on n’a pas de connaissances, il peut y avoir un enjeu.
Le transport sous toutes ses formes fait aussi partie des griefs de Carole Beaudoin, coordonnatrice du chapitre matagamien de l’organisme Partenaires à part égale, qui vient en aide aux personnes vivant avec un handicap. L’organisme compte 140 membres.
On n’a pas de transport adapté à Matagami, comparativement à d’autres villes. Même Lebel-sur-Quévillon, qui est une petite municipalité, a le transport adapté à peu de frais. On offre donc l’aide au transport, mais notre conducteur, c’est un bénévole. Il ne peut pas s’engager à aider tout le temps les gens. Il y a aussi une question d’assurances, fait-elle valoir.

La coordonnatrice Carole Beaudoin, à droite, pose avec deux membres de son équipe de Partenaires à part égale, Marc-André Quirion et Marie-France Boivin.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Le transport médical est aussi un problème pour certains citoyens, selon Mme Beaudoin. Si une personne est transportée par ambulance à Amos, elle devra revenir par ses propres moyens. Et la compensation pour le transport médical de 53 sous du kilomètre ne s’appliquera pas.
Le kilométrage n’est pas payé entre Matagami et Amos, parce qu’il manque 20 kilomètres. Il faut 200 kilomètres et on est situés à 180 kilomètres. Tu souhaites quasiment que le médecin te transfert à Val-d’Or ou La Sarre parce que tu as une petite partie qui sera remboursée, dit-elle.
Toutes les spécialités sont à Amos, donc les gens n’ont droit à rien. Ce n’est pas adapté à notre réalité.
Il n’existe par ailleurs aucune compensation quand vient le temps de se déplacer pour obtenir d’autres services gouvernementaux. Elle cite l’exemple d’une personne qui veut contester une hausse de loyer au Tribunal administratif du logement. Pour moi, c’est un gros enjeu pour la région, affirme Mme Beaudoin.

Linda Noël est présidente et bénévole impliquée dans le comptoir familial Seconde Vie de Matagami, qui manque cruellement de place.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
De son côté, Linda Noël, présidente du comptoir familial Seconde Vie de Matagami, doit composer avec une absence totale d’aide financière gouvernementale. Elle peut compter sur une équipe de dix bénévoles pour donner une seconde vie à des vêtements et d’autres articles, en les revendant à prix modique. L’organisme vient aussi en aide aux sinistrés.
On voudrait avoir une superficie beaucoup plus grande, mais pour acheter une bâtisse, le comptoir familial n’a pas les reins pour subvenir à tous les frais engagés durant l’année, durant les prochaines années. Donc, on aimerait bien avoir de l’aide pour un projet pour agrandir ou pour acheter une bâtisse. Ce serait merveilleux, confirme-t-elle.
Des artistes sur un grand territoire

La murale Mémoires colorées, réalisée par Stéfanie Thompson et Marianne Dumas, avec la collaboration du Club de l'âge d'or Vive la Joie et l'Association des peintres-artisans en Nord de Matagami.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
La grandeur du territoire apporte son lot de défis dans toutes les sphères d’activités. Le milieu culturel et artistique y est confronté régulièrement. Dès son arrivée dans le Nord-du-Québec en 2012, l’artiste-peintre professionnelle Stéfanie Thompson s’est donné comme mission de rassembler les artistes pour faire émerger les projets artistiques et culturels.
Objectif qu’elle a atteint en 2023 avec la création de la Galerie d’art AU à Matagami, la seule dans la région. Une réussite qu’elle doit au soutien des communautés, des élus locaux et de l’Administration régionale de la Baie-James. Il demeure difficile d’obtenir l’aide de Québec.

La Galerie d'art AU et sa directrice artistique Stéfanie Thompson exposent des œuvres d'artistes du territoire Eeyou Istchee Baie-James, qu'ils soient Jamésiens ou Cris.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
On n’a pas d’organisme culturel et artistique régional. C'est aussi la difficulté d’aller chercher des sous pour faire des projets. On a certains organismes qui se comptent sur les doigts d’une main, mais ils ne sont pas régionaux, artistiques et culturels. Il y a ça aussi. Il y aurait peut-être plus de places où aller chercher plus de financement s’il y avait plus d’organismes, présume-t-elle.
C’est clair qu’il n’y a pas assez de financement. Et c’est clair qu’on n’est jamais privilégiés dans nos projets par rapport à d’autres types de projets miniers, forestiers, etc. On n’entend jamais vraiment parler des arts, malgré qu’on pousse et qu’on essaie.
La Jamésie a tout de même pu assister au fil des années à des projets collaboratifs, comme pour les deux murales peintes à Matagami. Mais là encore, la distance demeure un obstacle de taille.
La dernière murale qu’on a faite au Marchés Tradition, l’artiste Marianne Dumas, de Chibougamau, est venue collaborer avec nous, mais il faut payer son hébergement et sa nourriture pendant une semaine, ses déplacements, ça fait beaucoup de frais. On aurait tellement aimé qu’elle reste plus longtemps parce qu’on n’avait pas fini quand elle est partie. C’est un grand enjeu de dire : on doit te laisser partir, on n’a plus les moyens de te garder plus longtemps. Ça aussi, ça freine le développement de projets, confie Mme Thompson.
Des constats sur le terrain

Hind Dekkar présente chaque vendredi de la campagne un bloc spécial d'informations sur les élections sur les ondes de la radio locale CHEF 99.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Tous ces enjeux soulevés par des citoyens et par la campagne Les Entêtes de la Baie-James, Hind Dekkar, journaliste et cheffe de pupitre à la plateforme web L’Aurore Info basée à Matagami, est à même de les constater.
Ungava est une très vaste circonscription. Ce n’est pas un bloc monolithique. Il y a plusieurs réalités. On a les Jamésiens, les Cris, les Inuit, mais il y a des enjeux qui reviennent et cette campagne des Entêtés est axée sur les défis et les enjeux urgents de la région, confirme-t-elle.

Nicolas Fivel et Hind Dekkar couvrent l'actualité de la Baie-James à partir de Matagami pour le plateforme d'information régionale L'Aurore Info, en plus de préparer les bulletins d'information de Radio Matagami Chef 99.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Elle cite les services de santé, les infrastructures. le navettage, la fiscalité, l’économie, la condition féminine, l’éducation et les places en CPE parmi ces enjeux qui touchent beaucoup de gens. Avec son collègue journaliste Nicolas Fivel, elle multiplie les entrevues et propose un bulletin spécial sur les élections chaque vendredi, à la radio locale, CHEF 99.
Le territoire est immense et notre enjeu, notre défi en tant que journalistes, c’est de mobiliser les électeurs pour qu’ils aillent voter, parce que, vu la vastitude de la circonscription, la tentation du cynisme et de la distance est bien réelle. C’est de mobiliser les électeurs parce que les enjeux que nous montrons, dont nous parlons, les concernent directement, souligne-t-elle.


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