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La Société historique de Montréal (SHM) veut rapatrier la statue de Champlain qui a récemment été déboulonnée dans la petite ville d’Orillia, en Ontario. Ce monument jugé offensant par ses détracteurs pourrait être installé aux abords du pont Samuel-De Champlain, suggère l’association présidée par l’historien Mario Robert.
Dans une lettre adressée ce lundi à la mairesse Soraya Martinez Ferrada, la SHM incite la Ville de Montréal à acquérir l’œuvre qui a célébré son centenaire l’année dernière. Le transfert de la statue de 12 pieds de haut permettrait de combler l’absence de monument rendant hommage au fondateur de la Nouvelle-France dans la métropole du Québec, avance les promoteurs du projet.
La missive de la SHM met en avant le passage méconnu de Champlain à Pointe-à-Callière en juin 1611. Dans l’attente de ses alliés autochtones, l’explorateur avait fait abattre les arbres d’un terrain où il avait aménagé deux petits jardins. Ses ouvriers avaient également érigé une muraille sur un îlot avoisinant afin de vérifier la qualité de l’argile de la région.
C’est dans la clairière baptisée Place royale par Champlain que les colons de Maisonneuve vont fonder leur établissement de Ville-Marie en 1642. « Le site de Montréal, c’est lui qui l’a défriché », explique Mario Robert, en soulignant les liens de l’explorateur avec la métropole. « Il a aussi donné le prénom de son épouse, Hélène Boullé, à l’île Sainte-Hélène », rappelle-t-il.
Statuaire
Samuel de Champlain a fait l’objet de sept statues monumentales en bronze entre 1898 et 1925, sans compter les œuvres de moindre envergure. C’est beaucoup pour un homme dont il n’existe aucun portrait authentique. La plus ancienne statue du lot occupe un emplacement de choix sur la terrasse Dufferin, à Québec.
Le Champlain inauguré en 1925 à Orillia est le plus récent monument de cette vague de commémorations. Il vient d’une initiative du Canadian Club de ce lieu de villégiature situé dans la région où l’explorateur a passé l’hiver en 1615-1616.
À la différence des autres monuments de Champlain, celui d’Orillia a fait l’objet d’un concours international remporté par le sculpteur Vernon March. L’artiste britannique a dessiné un Champlain surdimensionné, dont l’envergure est rehaussée par sa cape flottant au vent.
Le monument comprenait initialement deux groupes de trois statues secondaires en contrebas du piédestal. Le premier illustrait l’évangélisation du pays et le second, le commerce des castors. Les Autochtones y apparaissent dans une position de soumission comme des « âmes à convertir » et des « pourvoyeurs de fourrures ». « Ce n’est pas la représentation des Autochtones que l’on aimerait voir aujourd’hui », observe le spécialiste de la mémoire, Patrice Groulx. « C’est la vision du monde de Vernon March. »
Le monument d’Orillia a été démonté par les employés de Parcs Canada en 2017 pour être restauré. On en a profité pour ranger le piédestal et les statues secondaires. Seul Champlain a été ramené au ras du sol en 2026. Cet élagage n’a pas suffi aux protestataires qui ont vandalisé l’œuvre centenaire. Cette dernière a été remisée pour de bon le 10 juin.
Don McIsaac, le maire de la municipalité de 30 000 habitants, est allé jusqu’à évoquer la fonte éventuelle du bronze, dont il avait défendu le retour contre la majorité des membres de son conseil de ville. « C’est l’idée même du monument qui est attaquée », constate Patrice Groulx.
Bonne entente
La virulence des critiques envers Champlain peut étonner si l’on considère son alliance avec les Hurons (Wendats) qui habitaient autrefois la région d’Orillia. « Ça a été complètement effacé aujourd’hui, observe Patrice Groulx. Les gens se braquent sur le personnage de Champlain et sur l’idée coloniale en général. » Les Autochtones étaient présents en 1925 lors de l’inauguration du monument, rappelle le spécialiste. À commencer par Ovide Sioui, le chef des Hurons (Wendats) de Wendake.
La mise en place de la statue de Champlain de l’autre côté de la rivière des Outaouais allait au-delà de la question autochtone. Elle s’inscrivait dans le mouvement de la bonne entente visant à apaiser les tensions entre francophones et anglophones du Canada au lendemain de la Première Guerre mondiale marquée par la crise de la conscription. « C’est un monument de pacification », souligne Patrice Groulx.
L’œuvre de Vernon March a été réalisée au coût de 34 000 $. Le gouvernement du Québec, dirigé à l’époque par le premier ministre libéral Louis-Alexandre Taschereau, a contribué au financement à la hauteur de 5000 $, ce qui représenterait un peu moins de 100 000 $ aujourd’hui. « Il nous appartient en partie », s’amuse Patrice Groulx.
Le transfert possible à Montréal de cette œuvre britannique destinée à l’Ontario serait un « recyclage intéressant » aux yeux du spécialiste, qui préconise toutefois le maintien des monuments sur leur emplacement d’origine. « S’ils ne sont pas capables de protéger leur patrimoine, c’est leur problème. Alors pourquoi pas ? S’ils n’en veulent plus, on va le prendre. »


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