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TOPONYMIE. Le nom de la future circonscription, censée faire son apparition dans la région de Drummond sur la prochaine carte électorale, est contesté depuis son adoption officielle. Une spécialiste en matrimoine québécois plaide pour qu’on maintienne cependant le toponyme de Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie.
Depuis la publication, le 14 janvier dernier, des nouvelles délimitations des circonscriptions, en vue des prochaines élections provinciales, le nom de celle qui regroupera une partie de la Ville de Drummondville ainsi que 11 municipalités de la MRC de Drummond est critiqué par plusieurs personnes.
Le conseil de la MRC a d’ailleurs déposé une résolution pour que le nouveau comté porte un nom qui représente mieux la région. Le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, abonde dans le même sens et a récemment lancé un sondage afin de mesurer l’acceptabilité sociale du toponyme de Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie.
Pour sa part, la spécialiste en matrimoine québécois, Valérie Deschamps, croit qu’il faut, au contraire, garder cette appellation pour plusieurs raisons. Selon elle, Marie Lacoste Gérin-Lajoie est une personnalité historique d’envergure pour l’ensemble du Québec, méritant un hommage au niveau national.
La spécialiste en matrimoine québécois, Valérie Deschamps, plaide pour le maintien du nom de Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie pour désigner la future circonscription centricoise. (Photo : gracieuseté)«[Elle a milité pour] le droit de vote des femmes, mais aussi l’amélioration des droits des femmes. Donc, peut-être qu’elle ne vient pas de la région, mais elle a contribué justement à améliorer les droits des femmes d’ici, mais aussi de partout au Québec», met en évidence Mme Deschamps.
«Un affront aux droits des femmes»
La professionnelle en matrimoine a d’ailleurs cosigné une lettre ouverte dans Le Devoir, le 31 janvier dernier, faisant valoir le fait que l’ajout de la circonscription au Centre-du-Québec vient «rééquilibrer un peu plus la toponymie électorale du Québec, qui n’honorait jusqu’à ce jour que quatre femmes issues de l’époque de la Nouvelle-France». Notons qu’elle l’a cosigné avec le linguiste et éditeur Gabriel Martin ainsi que l’ex-mairesse de Sherbrooke Évelyne Beaudin.
«Chaque nom féminin inscrit sur le territoire agit comme une couture réparatrice, reliant des pans entiers de notre histoire trop longtemps laissés dans l’ombre. Car nommer, c’est choisir ce que l’on refuse d’oublier», lit-on dans la lettre ouverte.
En entrevue avec L’Express, Valérie Deschamps dénonce la démarche de M. Schneeberger de vouloir changer le nom de la future circonscription et la qualifie comme «un affront aux droits et à l’histoire des femmes».
Celle qui réside présentement à Saint-Cyrille-de-Wendover n’est pas convaincue par les arguments avancés par son député et par ceux qui pensent comme lui. Elle cite en exemple le fait de changer le nom pour celui de «Grantham».
«Ce nom fait référence à William Grant. Un monsieur qui ne vient même pas de la région, qui ne faisait que posséder des terres et qui est mort avant même que Drummondville soit fondée. Donc, [dire que le nom de Grantham représente la région] ne tient pas», fait remarquer Mme Deschamps.
Cette dernière rappelle qu’il y a d’autres circonscriptions au Québec portant un nom n’ayant aucun attachement local, comme René-Levesque dans la région de la Côte-Nord.
Dans un récent article de La Tribune, Sébastien Schneeberger réitère qu’il n’a rien contre la «pionnière du mouvement féministe québécois», mais déplore que la dénomination du comté soit «très long[ue]». Valérie Deschamps confie avoir «éclaté de rire» en lisant l’affirmation de l’homme politique.
«Il y a des circonscriptions au fédéral et au provincial avec des noms beaucoup plus longs que Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie! Je trouve que ça n’a aucun sens comme argument», juge-t-elle.
Le député de Drummond-Bois‑Francs, Sébastien Schneeberger, trouve qu’il faut changer le nom de la prochaine circonscription pour mieux refléter la communauté régionale. (Photo : archives, Ghyslain Bergeron)La proposition de remplacer l’appellation par celle d’une autre femme issue de la région, comme Rita Letendre, est plus compliquée, selon la spécialiste en matrimoine québécois.
«Je crois que [Mme Letendre] est une personne importante dans la région du Centre-du-Québec. Cela dit, on parle de quelque chose d’envergure nationale. Une circonscription, ce n’est pas comme un nom de rue, c’est autre chose», explique la Cyrilloise.
Opportunité pour éduquer
Dans sa lettre ouverte cosignée dans Le Devoir, Valérie Deschamps avance que «désofficialiser» le nom de Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie «donnerait l’impression que l’héritage des femmes, même lorsqu’il est fondateur, peut encore être relégué à l’arrière-plan au moindre inconfort».
Le débat actuel devrait être, selon elle, une opportunité pour mieux éduquer et faire connaitre le récit de Marie Lacoste Gérin-Lajoie et son importance dans l’histoire du droit de vote des femmes québécoises.
«On devrait justement prendre la balle au bond et en profiter pour faire de l’éducation sur qui elle est. C’est ce que je m’efforce à faire en tant que spécialiste du matrimoine québécois», souligne-t-elle.
Cette dernière conclut en lançant une invitation à son député. «J’aimerais inviter M. Schneeberger et son équipe à venir voir ma conférence sur la toponymie québécoise, le 12 mars prochain, à la bibliothèque de Drummondville. Je montre à quel point ce genre d’action arrive juste quand ce sont des femmes, quand il est question de toponyme féminin, et que c’est un problème [réel].»


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