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«Une satisfaction» : comment la question de Jérôme Garro, journaliste à LCI, a permis la libération de Laurent Vinatier

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ENTRETIEN - Correspondant du groupe TF1 en Russie, le journaliste avait interpellé Vladimir Poutine en décembre au sujet du Français, otage à Moscou. Une intervention qui a conduit le Kremlin à rouvrir le dossier et faciliter sa libération.

Une question qui a tout bouleversé. Le 19 décembre dernier, lors du grand oral annuel de Vladimir Poutine face à la presse et aux citoyens à Moscou, Jérôme Garro, journaliste à LCI, a interpellé le président russe sur le sort de Laurent Vinatier. Le chercheur spécialiste de l’espace post-soviétique a été arrêté en juin 2024 puis condamné à trois ans de prison pour ne pas s’être enregistré comme «agent de l’étranger».

Le reporter avait alors demandé au chef du Kremlin si un pardon présidentiel pouvait être envisagé à l’approche du Nouvel An orthodoxe. «Si la loi russe le permet, nous ferons tout pour que ce soit le cas. Je ne peux rien promettre, c’est la première fois que j’entends parler de cette affaire, mais je vais m’en informer », lui avait répondu Vladimir Poutine. Ce jeudi 8 janvier, près de trois semaines seulement après cette intervention, Laurent Vinatier a été libéré, en échange d’un basketteur hackeur russe, détenu en France et poursuivi aux États-Unis. Le correspondant du groupe TF1 a accepté de nous révéler les dessous de cette conclusion inespérée.

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TV MAGAZINE. - Comment est née l’idée de poser cette question à Vladimir Poutine lors de la conférence de presse à Moscou ?
Jérôme GARRO. - J’avais vu Laurent Vinatier à deux reprises au tribunal de Moscou, puisque je couvrais l’actualité pour TF1-LCI. On était toute la presse rassemblée, et là vous voyez votre compatriote arriver menotté, les chiens autour de lui, être mis dans une cage pour le tribunal. C’est quelque chose qui, même en tant que journaliste, vous remue énormément. Quelques mois plus tard, j’ai rencontré ses parents à Paris pour les interviewer. À la fin, on a un peu discuté, je leur ai dit qu’il y avait une conférence de presse à laquelle j’étais accrédité à la fin de l’année en Russie, avec Vladimir Poutine. Je leur ai donc demandé s’ils voulaient que je lui pose une question à propos de leur fils puisque le dossier semblait très bloqué, ce qu’ils ont accepté.

À quel moment avez-vous compris qu’il fallait agir ?
Les sources qu’on avait en France et en Russie ainsi que celles des avocats convergeaient vers la même explication, c’est-à-dire que le dossier était en train d’être oublié, complètement bloqué. Donc il fallait le remettre le plus vite possible sur le dessus de la pile. Mais je ne voulais pas faire cela tout seul donc j’en ai d’abord parlé à la famille pour ne pas faire quelque chose de totalement isolé. Cependant, je n’en ai pas parlé au quai d’Orsay car je ne voulais pas être en service commandé. Et même eux, je pense qu’ils ne l’auraient pas souhaité car étant journaliste je ne dois pas un être un représentant du gouvernement. Donc le jour J, on a pu poser cette question, et je ne pensais pas que ça irait aussi vite, puisque seulement quatre jours après, Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, m’a téléphoné. J’étais chez moi en train de préparer Noël et il m’a dit : «Bonjour, M. Garro. On a réexaminé le dossier de Laurent Vinatier. À la suite de votre question, on fait une offre aux Français. Et maintenant, on attend ». Tout de suite, on s’est dit : «Ça peut aller très très vite. Ça peut se régler en quelques heures, en quelques jours.»

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Qu’avez-vous fait ensuite ? 
Quand j’ai reçu l’appel de Dmitri Peskov en décembre pour nous tenir au courant des négociations, j’ai tout de suite contacté la famille de Laurent Vinatier, avant même d’en parler à ma rédaction. On se donnait de temps en temps des nouvelles pour la nouvelle année, ce genre de choses. La mère de Laurent Vinatier était hier sur LCI, on a ainsi pu se retrouver et parler un petit peu.

Vous attendiez-vous à ce que votre question ait un tel impact dans les négociations ?
J’avais cet espoir. D’après les indices récoltés en amont, on avait une vraie chance d’accélérer les choses. La conférence de presse de fin d’année de Vladimir Poutine est un moment où lui-même se présente un peu comme un «Saint-Nicolas» qui résout tous les problèmes. Donc potentiellement, ça pouvait aller très vite. Ensuite, d’après les informations que l’on m’avait données, la libération pouvait avoir lieu le jour du Noël orthodoxe, c’est-à-dire le 7 janvier. Mais il ne s’est rien passé, donc le 7 au soir, j’étais déçu, je me disais que c’était raté, que ça allait peut-être être repoussé de plusieurs semaines voire plusieurs mois. Et finalement le lendemain, j’étais dans l’avion entre Istanbul et Paris et j’ai reçu un message m’informant qu’il était libéré. J’étais très ému et très heureux.

C’est une preuve de l’impact que peut avoir le journalisme de terrain

Jérôme Garro

Avez-vous pu entrer en contact avec Laurent Vinatier depuis sa libération ? 
Pas encore, mais je présume que je vais bientôt l’être. Ses parents m’ont dit qu’ils avaient un petit peu parlé avec lui, mais qu’il n’avait pas été mis au courant depuis sa prison, qu’une question avait été posée à son sujet. J’espère néanmoins qu’un jour on aura l’occasion de se rencontrer, sans caméra, sans rien, juste prendre un café tous les deux pour discuter. Ça me ferait très plaisir. En plus, c’est un grand connaisseur de la Russie, un amoureux de sa culture, alors rien que pour ça, je serai ravi de le rencontrer.

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Vous est-il déjà arrivé, dans un contexte différent, qu’une simple question fasse bouger les choses aussi vite ?
Dans notre métier, on a parfois l’occasion d’éclairer une situation, une injustice, de faire avancer les choses et d’agir à notre manière pour améliorer la société. Mais quelque chose d’aussi rapide, avec une échelle et des enjeux aussi importants, et un chef d’État comme Vladimir Poutine, ça ne m’est jamais arrivé. Voir une question posée se transformer en un levier diplomatique est aussi une grande satisfaction professionnelle. Et une preuve de l’impact que peut avoir le journalisme de terrain, même dans des pays aussi fermés que la Russie.

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