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Une ressource en itinérance devenue une «coquille vide» financée par les contribuables

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Un centre de jour tout neuf, dont la construction a coûté plus de 650 000 $ aux contribuables, est en voie de devenir une coquille vide. À quelques jours de l’ouverture, l’organisme en itinérance RAP Jeunesse, qui chapeaute le projet, a appris qu’il n’obtiendrait pas de financement pour y offrir des services. Incrédule, le directeur général s’apprête à mettre la clé dans la porte avant même d’avoir pu y accueillir le premier usager.

« C’est un non-sens : ils me donnent l’argent pour aménager un centre de jour et ensuite, il n’y a pas d’argent pour l’intervention : c’est une coquille vide qui va être là, dénonce René Obregon-Ida. C’est du gaspillage de fonds publics, carrément ! », déplore-t-il.

Il y a un an presque jour pour jour, l’organisme RAP Jeunesse a reçu un montant de 672 472 $ pour mettre sur pied un nouveau centre de jour dans Montréal-Nord, un projet qui a été identifié comme prioritaire par les membres de la table de concertation en itinérance et par le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. L’argent provenait du gouvernement fédéral, qui finance deux programmes en itinérance, mais c’est le Service régional de l’itinérance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal qui analyse les projets et qui distribue les sommes aux organismes sélectionnés.

Avec ses partenaires, René Obregon-Ida a trouvé un local dans le quartier Ovide-Clermont, à Montréal-Nord, un secteur où se retrouvent plusieurs personnes en situation d’itinérance, mais qui manque cruellement de services.

Le coût d’aménagement du local a été évalué à 552 000 $ par une firme d’architecte. Avant d’engager une telle somme, qui représente plus de 80 % de l’enveloppe obtenue, René Obregon-Ida est allé chercher l’aval du Service régional de l’itinérance, demandant de transférer une partie des sommes prévues pour l’intervention vers l’immobilisation. En novembre dernier, le comité d’analyse lui a donné le feu vert.

Les travaux ont donc débuté le 5 janvier. En parallèle, M. Obregon-Ida a signé un bail commercial de 5 ans, pris des ententes avec les fournisseurs de services d’Internet, commandé des meubles, embauché et formé du personnel. Il en était aux derniers préparatifs pour l’ouverture prévue le 30 mars.

Pas d’argent pour la suite

Sauf que le 26 février, il a reçu une lettre l’informant que le projet n’avait pas été retenu dans le cadre de la dernière ronde de financement pour la période allant du 1er avril 2026 au 31 mars 2028. « Considérant les sommes disponibles et les priorités régionales, le Service régional n’est pas en mesure de soutenir l’ensemble des demandes reçues », précise-t-on.

Depuis le temps qu’il mène des projets dans le communautaire, René Obregon-Ida sait bien qu’il n’y a jamais de garantie qu’un projet soit financé. Mais considérant les sommes déjà investies pour la mise sur pied du projet, il avait de très bons espoirs pour la suite des choses.

À la limite, se disait-il, on lui donnerait moins que ce dont il avait besoin pour faire fonctionner le centre, un montant qu’il évalue à 400 000 $ par année. « Mais tomber à zéro, ça non, je n’avais jamais imaginé ça », confie-t-il. C’est d’autant plus dur qu’il a appris ça à la dernière minute, ne lui laissant que très peu de temps pour trouver une solution. « À date, je n’ai pas d’options », déplore-t-il.

Si au moins on avait levé un drapeau rouge en novembre dernier, quand on lui a permis d’engager plus d’argent que prévu dans l’aménagement du local, il aurait pu faire des choix différents, explique-t-il. « J’aurais arrêté ça en novembre tout simplement », dit-il, répétant que c’est « un gaspillage de fonds publics ».

Comme lui, le député solidaire Guillaume Cliche-Rivard, qui est en contact avec l’organisme, peine à s’expliquer cette décision. « Il y a clairement un mauvais usage de fonds publics, dénonce le député. Je ne comprends pas pourquoi tout ça n’était pas attaché de manière prévisible par les acteurs gouvernementaux. Tout le monde savait bien que si on investit dans un centre de jour, un moment donné, il va falloir l’opérer. »

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, on indique ne pas pouvoir commenter ce dossier précis « par souci d’équité envers l’ensemble des organismes », qui n’ont pas encore tous reçu leurs lettres d’acceptation ou de refus. Le CIUSSS n’indique pas non plus combien d’argent le fédéral avait mis à leur disposition pour les deux prochaines années financières.

Dans un communiqué de presse publié samedi, le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) évalue l’ampleur des coupures des deux programmes fédéraux à plus de 16 millions seulement pour la métropole.

Dans son budget présenté mercredi, Québec a annoncé une somme de 25 millions pour compenser en partie les coupures du fédéral, mais il faudra attendre l’étude des crédits pour avoir le détail de la répartition.

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