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La possibilité d’une grève des travailleurs du seul service de traversier qui relie la Nouvelle-Écosse à Terre-Neuve-et-Labrador fait craindre d’importantes répercussions sur l’économie de l’île de Terre-Neuve.
Malgré une décision du Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) rendue en 2004 , qui avait conclu que les activités de la société d’État Marine Atlantique constituaient un service essentiel qui ne pouvait, par conséquent, faire l’objet d’aucune réduction, le syndicat Unifor demande que ses membres puissent exercer leur droit de grève.
Plus précisément, le syndicat demande au CCRI d’autoriser Marine Atlantique à réduire ses activités sur la ligne de North Sydney à Port aux Basques à trois traversées par semaine dans chaque sens et à suspendre le service sur la ligne de North Sydney à Argentia en cas de conflit de travail.
Considérant que pendant la saison estivale, il y a trois traversées aller-retour par jour entre North Sydney et Port aux Basques, et une traversée entre North Sydney et Argentia, cette réduction pourrait entraîner des perturbations de service ayant des conséquences considérables sur l’économie, l’approvisionnement en marchandises et l’industrie touristique de Terre-Neuve-et-Labrador, estiment plusieurs.
L'entrée de Terre-Neuve-et-Labrador dans le Canada en 1949 a aussi constitutionnalisé l'obligation du gouvernement fédéral de maintenir un service de traversier entre North Sydney, en Nouvelle-Écosse, et Port aux Basques, dans l'ouest de l'île de Terre-Neuve. Marine Atlantique est l'entité responsable de remplir ce mandat historique et légal de transport de passagers et de marchandises.
Selon un communiqué publié par Unifor le 30 avril dernier, des négociations sur les conditions de travail entre le syndicat et Marine Atlantique ont été rompues dès la deuxième journée. Le syndicat affirme que l’employeur a refusé de donner suite à ses propositions, mettant ainsi fin aux discussions.
Il est clair que Marine Atlantique cherche à empêcher nos membres d’exercer leur droit de grève, et c’est pourquoi l’entreprise refuse de participer sérieusement aux négociations, la directrice régionale de l’Atlantique.
Le service peut-il être interrompu?
Dans une déclaration écrite, mardi, Unifor réaffirme que toute restriction au droit de grève doit se limiter à ce qui est jugé comme étant nécessaire pour protéger la sécurité ou la santé du public contre tout danger immédiat ou grave.
Marine Atlantique se prépare à fournir des informations au CCRI démontrant que toute réduction du service représente toujours un danger pour la santé et la sécurité du public. Elle indique qu’aucun changement d'horaire n'est prévu et que les activités se poursuivent normalement.
La société d'État fédérale n'a pas voulu accorder d'entrevue à ce sujet.
La période de conciliation entre les deux parties prend fin le 8 juin. Elle sera suivie d’une période de réflexion de 21 jours avant que les travailleurs puissent déclencher une grève ou que l’entreprise puisse déclarer un lock-out.
Des inquiétudes se font grandement sentir
Marine Atlantique est une société d’État fédérale qui assure quotidiennement, toute l’année, la liaison par traversier entre North Sydney, au Cap-Breton, et Port aux Basques, dans le sud-ouest de Terre-Neuve. Elle exploite également un service saisonnier reliant North Sydney à Argentia, dans l’est de l’île.
Rhonda Tulk-Lane, présidente de la Chambre de commerce de l’Atlantique, affirme avoir été ébranlée par la possibilité d'un conflit de travail. Selon elle, une perturbation du service de traversier ne pourrait tomber à plus mauvais moment, alors que la saison touristique s’amorce et que la flotte de navires disponible peine déjà à répondre à la demande.
On est une île! C’est notre autoroute! Imaginez si une autoroute au Canada était fermée. C’est un service essentiel!
Qu’il s’agisse du tourisme, de l’économie provinciale, des commerces ou encore de la sécurité alimentaire, ce service est essentiel et ne peut être réduit, soutient Mme Tulk-Lane.
Le premier ministre, Tony Wakeham, reconnaît que les travailleurs méritent d’être respectés et rémunérés à leur juste valeur. Il a toutefois souligné que la province ne peut se permettre aucun ralentissement du service de Marine Atlantique, qu’il considère comme un service essentiel.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, le 15 décembre 2025 à Saint-Jean. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Il a néanmoins refusé de se prononcer sur la possibilité d’une grève, évitant de dire si les travailleurs devraient ou non exercer ce moyen de pression.
De passage à Saint-Jean, le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, souligne lui aussi l’importance de ces liaisons maritimes. Il affirme qu’il portera ce dossier à l’attention de ses collègues à son retour à Ottawa.
Les conséquences d’une perturbation prolongée seraient importantes et généralisées, estime pour sa part Jamie Neville, le maire de Plaisance, dont la gare maritime d'Argentia se trouve à proximité.
Le moment choisi pour cette possible perturbation ne pourrait être pire.
Selon lui, le traversier qui relie North Sydney à Argentia connaît actuellement une demande record et se dirige vers l’une de ses plus fortes saisons touristiques en plusieurs décennies.
La Coalition des traversiers du golfe de Terre-Neuve-et-Labrador, un regroupement d’entreprises, se dit également préoccupée par le fait que le CCRI donne raison à Unifor en permettant une grève.
Marine Atlantique constitue l’autoroute qui nous relie au reste du Canada. Terre-Neuve-et-Labrador est la seule province où quelqu’un peut décider si notre route Transcanadienne est ouverte ou non. C’est tout simplement inacceptable, affirme la Coalition.


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