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Une plainte liée à l’usage du tagalog dans un Starbucks devra être réexaminée

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Un juge de la Cour du Banc du Roi a annulé la décision de la Commission des droits de la personne de la Saskatchewan, qui avait refusé d’enquêter sur l'interdiction de parler la langue tagalog dans un café Starbucks de l'Hôpital Royal universitaire de Saskatoon.

Le litige concerne une politique de l'Autorité de la santé de la Saskatchewan (SHA) exigeant que les employés d'un Café-kiosque Starbucks, situé au sein de l'Hôpital, s’expriment exclusivement en anglais ou en français. Bien que l'établissement soit aujourd'hui fermé, l'affaire juridique se poursuit.

La plainte initiale a été déposée par une femme d'origine philippine qui, après avoir tenté de s'adresser en tagalog à un employé partageant la même origine, s'est vue opposer un refus. Selon la décision rendue par le juge Shawn Smith, l'employé aurait précisé qu'il n'était pas autorisé à utiliser sa langue maternelle sous peine de réprimande formelle.

Un rejet initial jugé déraisonnable par la cour

La Commission des droits de la personne avait d'abord écarté la plainte sans mener d'enquête approfondie. La plaignante avait pourtant insisté, fournissant des informations complémentaires pour soutenir que l'impossibilité d'obtenir un service en tagalog constituait un préjudice et une discrimination, intentionnelle ou indirecte, envers la communauté philippine.

Dans son jugement rendu le mois dernier, le juge Smith ne s'est pas prononcé sur le fond de la plainte, mais sur le caractère raisonnable du refus d'enquêter de la Commission. Il a conclu que la Commission avait fait fausse route en se concentrant uniquement sur la question de savoir si la langue est indissociable de la culture, citant des précédents où la langue n'était vue que comme un simple outil de communication.

Le juge a souligné que la décision de la Commission manquait de l'analyse juridique nécessaire. Surtout, il a reproché à l'organisme de ne pas avoir répondu à une allégation grave de la plaignante : celle d'un acte de racisme délibéré contre les employés philippins.

La plaignante avait joint à son dossier un courriel envoyé à la SHA en décembre 2022 contenant des propos grossiers et intolérants, demandant l'imposition stricte de l'anglais au travail. La décision est donc annulée et renvoyée à la Commission pour un réexamen complet.

Pour Janine Lazaro, présidente de l'Association philippino-canadienne de la Saskatchewan (FILCAS), cette affaire soulève des questions fondamentales sur l'inclusion et le respect en milieu de travail.

Pour de nombreux Philippins, la langue est profondément liée à ce que nous sommes. Parler tagalog avec d'autres Philippins n'est pas seulement une forme de communication, mais aussi une expression de culture, de confort et de communauté, a-t-elle déclaré par courriel.

Tout en reconnaissant la nécessité de politiques de communication claire dans le secteur de la santé, Mme Lazaro espère que cet incident favorisera un équilibre entre besoins opérationnels et compréhension culturelle.

Notre langue est une partie intégrante de notre identité, et si un employé de Starbucks peut communiquer dans cette langue avec un compatriote philippin, pourquoi devrions-nous les discriminer pour cela?

Steven Lewis est un analyste des politiques de santé, anciennement basé en Saskatchewan.

Steven Lewis est un analyste des politiques de santé, anciennement basé en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada

Une situation jugée incompréhensible par les experts

Steven Lewis, analyste des politiques de santé, ne cache pas sa stupéfaction face à l'existence même de cette consigne linguistique dans un café.

Il y a beaucoup d'histoires étranges dans le système de santé, mais celle-ci figure certainement dans le Top 5, indique Steven Lewis.

M. Lewis souligne l'absence totale d'enjeu de sécurité publique dans ce contexte précis : Si vous avez une équipe aux soins intensifs traitant un patient dont la vie est en danger, il est évident que tout le monde doit parler la même langue. C'est du bon sens. Mais cela n'a rien à voir avec la prestation de soins de santé. Il n'y avait pas de patient ici. Personne n'était en danger.

Sollicitée pour une entrevue par la CBC, l'Autorité de santé a décliné l'invitation, se contentant d'une déclaration écrite sur ses attentes en milieu de travail.

La SHA affirme être engagée à offrir des soins sûrs et équitables par des politiques fondées sur des données probantes. Elle a précisé qu'elle ne possède pas de politique imposant l'usage exclusif de l'anglais, tant que la communication est comprise par tous les intervenants.

Toutefois, la SHA n'a pas commenté directement la plainte relative au kiosque Starbucks. Pour Steven Lewis, ce refus de s'expliquer est une erreur de communication : Il serait très simple de dire que les choses ont dérapé, que c'était une mauvaise politique et de présenter des excuses à la plaignante. En restant sur leurs positions et en refusant les entrevues, ils donnent l'impression qu'il s'agit d'une erreur grave qu'ils espèrent voir disparaître.

Avec les informations de Sean Trembath et de l'émission Saskatoon Morning

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