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La Haute-Gaspésie demande une rencontre avec le ministre de l’Environnement Bernard Drainville pour discuter des impacts des mesures de protection du caribou dans la MRC.
La MRC veut des réponses de la part du gouvernement concernant ses intentions quant à l’accès à son territoire.
Plus d’un an après la fin de la consultation sur le projet pilote pour protéger les hardes de Charlevoix et de la Gaspésie, Québec a encore une fois déçu la Haute-Gaspésie.
Le rapport de 34 pages remis au début janvier ne contient ni recommandations, ni direction, ni indications sur les intentions du gouvernement, déplore Sylvain Tanguay, préfet de la Haute-Gaspésie.
On n’était pas tant dans l’attente d’un rapport que dans l’attente d’une vision claire de la part du gouvernement.
Cinq ans après avoir promis le dépôt d’une stratégie globale en 2019, Québec accouchait, en avril 2024, d’un projet pilote qui visait essentiellement à créer deux zones d’habitat en restauration (ZHR), une en Haute-Gaspésie et l’autre dans Charlevoix.
En Gaspésie, cette zone est de 5000 km2. Le taux de perturbation, selon le ministère de l’Environnement, oscille autour de 88 %. Il devrait être de 35 %, selon les experts, d'où la nécessité de limiter les activités humaines, jugées dérangeantes pour le caribou.
Le cœur du défi demeure la gestion de cet habitat, de quelle façon, on va le restaurer, et à quel rythme ? , observe Mathieu Morin, biologiste à la Direction de la gestion de la faune de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.

Un caribou sur le mont Blanche-Lamontagne en Gaspésie. (Photo d'archives)
Photo : Louis Fradette
C’est aussi au cœur des préoccupations de la Haute-Gaspésie qui, depuis avril 2024, ne sait plus sur quel pied danser. Essentiellement, les perturbations les plus importantes sont les activités forestières et l’aménagement des chemins forestiers, mais d'autres secteurs, éolien et récréotouristique, sont aussi touchés.
Même si, officiellement, le projet-pilote, accompagné de la promesse d'un investissement de 60 M$, n'a pas encore été mis en œuvre.
Toutefois, depuis son annonce en avril 2024, les restrictions sur l’utilisation du territoire désigné comme ZHR se sont multipliées. Pendant tout ce temps-là, ici en Haute-Gaspésie, le projet pilote est en application. On est pleinement dedans , explique M. Tanguay.
La MRC a le sentiment d’avoir perdu l’accès à son arrière-pays sans compensation ni discussion sur les impacts possibles dans les communautés touchées.
Parmi d’autres voix
Le préfet a aussi l’impression que la voix de ses concitoyens a été étouffée par le processus de consultation. On se sent toujours un peu piégé parce qu’on est ouvert, on participe de bonne foi, on fait des propositions. On a déposé un énorme mémoire pour la consultation sur le caribou.
En plus de l’appel de mémoires, Québec a lancé un sondage.
Résultat ? Les deux tiers des 494 répondants considèrent que les projets pilotes sont insuffisants ou nettement insuffisants pour favoriser la pérennité des populations de caribous de Charlevoix et de la Gaspésie.
Toutefois, à l’inverse, les 166 répondants des régions du Bas-Saint-Laurent et de Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine considèrent que le projet pilote est trop ou beaucoup trop ambitieux.

Une zone de 5000 km2 qui englobe le parc de la Gaspésie a été délimitée comme étant l'habitat à préserver et à restaurer pour la survie du caribou. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sandra Fillion
Force est pour lui de constater que les opinions sur les moyens divergent. Et sur ça, il n’y a pas de discussion, de consultation , observe le préfet.
Pourtant, rappelle Sylvain Tanguay, tout le monde partage le même objectif de protéger le caribou, une espèce emblématique de la Gaspésie.
Où sont les compensations?
Il est clair pour le préfet que les populations concernées ont une vision beaucoup plus précise de ce que signifient les mesures mises en place et les contraintes qui sont engendrées par ces mesures.
Il donne l’exemple des entreprises récréotouristiques qui doivent payer quelques milliers de dollars chaque fois qu’elles déposent une demande d’accès au territoire. C’est une taxe d’ouverture de dossiers pratiquement , relève M. Tanguay, qui rappelle que ce sont majoritairement de très petites entreprises.
Ces frais supplémentaires, ajoute-t-il, ou les pertes d’emplois qui découlent des accès fermés aux parterres de coupe ne devraient pas être assumés par les seuls Gaspésiens ou les populations locales.
La MRC craint en outre de passer à côté de la relance du développement éolien malgré la présence de bons gisements de vent.

Il n'y a pas que les activités forestières qui sont perturbées, mais aussi les activités récréotouristiques, souligne le préfet. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Felix Desroches
Il note que la mise en œuvre du projet pilote devait s’accompagner de la création de différentes mesures de divers fonds pour soutenir les travailleurs, les communautés et les entreprises touchées.
On n’a rien vu de ça , lance le préfet. Même dans les demandes de financement de programmes réguliers, dans des demandes d’aide financière pour des projets particuliers, dans la reconversion de Damabois à Cap-Chat qui ferme parce qu’ils ont plus d’approvisionnement. Aucune réponse.
Depuis quelques mois, la région travaille à l’obtention d’un statut particulier. Avec les moyens qui viennent avec , précise Sylvain Tanguay.
Aires protégées
Lors de la consultation sur les projets pilotes, des intervenants ont proposé de concilier les usages du territoire et la conservation en favorisant la création d’aires protégées et de lier les projets pilotes aux projets soumis dans le cadre du processus d’ appel à projets d’aires protégées lancé par Québec pour protéger 30 % du territoire du Québec d’ici 2030.
Toutefois, la MRC de la Haute-Gaspésie a refusé en bloc 20 projets d’aires protégées sur son territoire, faisant valoir que 44 % de son territoire était déjà réservé selon différents statuts de protection, ce qui n’incluait pas la Zone d’habitat en restauration du caribou.

Plus de cinquante personnes s'étaient présentées à la rencontre de la MRC où les maires ont voté contre la recommandation d'aires protégées. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin
L’appui de la MRC était essentiel pour que les projets d’aires protégées soient jugés recevables pour analyse par le ministère de l’Environnement.
Considérant la situation de la ZHR, c’est certain qu’on ne va pas en plus ajouter des aires protégées , confirme le préfet, qui maintient ainsi la même politique que son prédécesseur. Il ouvre par contre la porte à reconsidérer le statut de certains secteurs situés dans le 5000 km2 ciblés par Québec.
Interrogé, le Cabinet du ministère de l’Environnement indique que, pour le moment, seuls les projets d'aires protégées recommandés par les MRC seront examinés.
Population très fragile
Reste encore à savoir si le concept d’habitat faunique sera retenu comme outil de mise en œuvre des projets pilotes. Si tel est le cas, les prochaines étapes, selon le Cabinet du ministre de l'Environnement, Bernard Drainville, consisteront en la finalisation des mesures de conservation retenues et à leur adoption par le gouvernement du Québec.
Ensuite, les partenaires seront informés des mesures retenues pour la mise en œuvre.
À plus court terme, le ministère gère toujours d'autres mesures de protection, comme le contrôle des prédateurs des caribous en liberté et la mise en enclos à des fins de reproduction.
Seuls 14 caribous ont été dénombrés lors du dernier inventaire aérien réalisé en octobre 2025 dans les Chic-Chocs. La bonne nouvelle, c’est que trois faons ont été observés en milieu naturel sur le mont Jacques-Cartier.
Toutefois, la majorité de la harde, 22 bêtes, vit en captivité.

Au total, 22 caribous vivent désormais en captivité. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec
Il y a donc au total six caribous de plus que l’an passé en Gaspésie.
Rien n’indique par contre que ce modeste succès se répètera, l’an prochain. Le taux de mortalité en nature est toujours une variable importante. On va y aller une année à la fois , commente Mathieu Morin, biologiste à la Direction de la gestion de la faune de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Le biologiste fait valoir que, malgré tout, sans un coup de pouce, la population en fort déclin depuis des années pourrait facilement s’éteindre.
Le caribou de la Gaspésie de 2019 à 2026
- 2019 : 40 caribous
L'ancien ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, ne dépose pas comme annoncé une nouvelle stratégie de protection; - 2021 : 33 caribous
Annonce de la tenue d’une commission indépendante sur le caribou forestier et montagnard; - 2022 : 30 caribous
Tenue d’une commission indépendante sur le caribou forestier et montagnard et dépôt du rapport en 2022;
Construction de deux enclos dans les Chic-Chocs en 2022; - 2023 : 30 caribous
Premières mises en captivité; - 2024 : 21 caribous
Dépôt d’un projet pilote pour les hardes de la Gaspésie et de Charlevoix;
Fin du processus de consultations sur le projet pilote en octobre 2024; - Janvier 2026 : 36 dont 22 en captivité
Dépôt du rapport de consultation sur le projet-pilote.


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