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Même les personnes habituées à repérer les tentatives de fraude peuvent se faire prendre au piège. Une résidente de Magog qui travaille dans le domaine des technologies affirme avoir perdu plus de 5000 $ après avoir été ciblée par un fraudeur en ligne.
Anne Lange a choisi de raconter publiquement son expérience afin de sensibiliser les autres aux méthodes de plus en plus sophistiquées utilisées par les fraudeurs.
Tout commence par un appel téléphonique qui semble provenir de sa banque, la RBC.
L'interlocuteur lui demande si elle reconnaît un virement qui aurait été effectué à partir de son compte. Devant sa réponse négative, il lui fait croire qu'une fraude est en cours et qu'il doit intervenir pour protéger son argent.
Anne Lange souligne avoir reçu des formations pour reconnaître les tentatives d'hameçonnage et de fraude.
Selon Mme Lange, plusieurs éléments contribuent alors à donner de la crédibilité à l'appel, notamment le numéro affiché sur son téléphone, très semblable à celui du service à la clientèle de sa carte de crédit.
Le fraudeur lui transmet également l'adresse d'un site Web qui lui semble légitime.
Moi, je travaille dans le Web, puis quand il y a un site qui comporte le nom de RBC dans son adresse, ça me semble légitime. Alors, je me laisse embarquer
Des virements faits à elle-même
Le fraudeur convainc ensuite Mme Lange d'effectuer des virements Interac vers l'un de ses propres comptes bancaires.
Il lui explique que cette opération permettrait de réduire le nombre de virements pouvant être effectués dans une journée et, ainsi, de bloquer les transactions frauduleuses.
Je fais le virement à moi-même, ça me semble tout à fait légitime, raconte-t-elle.
Or, l'argent n'atteindra jamais le compte auquel il était destiné. Les virements auraient plutôt été détournés.
Pour Anne Lange, cette technique marque un changement important par rapport aux stratagèmes auxquels le public est souvent sensibilisé.
Ce virement Interac qu'on se fait à soi-même, qui est détourném ¸ça, j'avoue que c'est quand même un autre niveau d'habileté.
Un fraudeur patient et rassurant
Autre élément qui a contribué à faire tomber ses défenses : son interlocuteur ne correspondait pas au profil qu'elle associait habituellement à un fraudeur.
L'appel, qui s'est étiré sur plus d'une heure, n'était pas marqué par l'urgence ou les pressions répétées.
Il n'a pas arrêté de s'excuser du temps que ça prenait : ''Tout va bien, on est là pour vous aider.''
Pour Mme Lange, la fraude se fait toute en finesse, gentillesse et avec beaucoup d'habileté.
Lorsqu'elle comprend finalement ce qui vient de se produire, le choc est brutal. C'est le coup de massue, vraiment. C'est le découragement total, puis surtout, l'estime de soi est à moins mille, explique-t-elle.
Personne n'est à l'abri
Malgré la honte qui peut accompagner ce type de fraude, Anne Lange a rapidement porté plainte à la police. Encore sous le choc, elle a consigné par écrit le déroulement des événements, en plus de conserver des captures d'écran et d'autres documents.
Elle a ensuite décidé de rendre son histoire publique.
Je trouve que c'est important que les gens soient avertis que ce genre de chose arrive, puis que ça devient de plus en plus élaboré, affirme-t-elle.
Son principal conseil est simple : ne jamais poursuivre ce type de démarche à partir d'un appel entrant, même lorsque tout semble authentique.
Il faut fermer la ligne puis rappeler la banque nous-mêmes. C'est la seule façon de se protéger.
Au moment de l'entrevue, Anne Lange n'avait toujours pas récupéré les quelque 5000 $ perdus.
Elle estime également que RBC aurait dû détecter plus rapidement les activités inhabituelles sur son compte et lui transmettre certaines alertes de sécurité. Elle affirme que plusieurs heures se sont écoulées avant que la banque communique avec elle.
La Banque royale du Canada a refusé notre demande d'entrevue, mais par écrit, la Banque nous affirme qu'elle dispose de mesures de prévention de la fraude dans ses processus de vérification et qu'elle modernise régulièrement ses systèmes de détection.
Un expert tempère le blâme
Jacques Sauvé est consultant au cybersécurité. Il estime que bien que les banques aient à améliorer leurs plateformes numériques, une part de responsabilité revient aux usagers.

Jacques Sauvé est consultant au cybersécurité.
Photo : Radio-Canada / Cédric Bérubé
[C'est] ce qu'on appelle l'ingénierie sociale : on va parler à la personne, se faire passer pour un expert. Ces gens ont fait leurs devoirs, ils savent quoi dire, comment le dire, quand le dire. Les gens croient dur comme fer qu'ils parlent à quelqu'un de la banque, laisse tomber le consultant.
Jacques Sauvé rappelle que la meilleure chose à faire lorsqu'une telle situation survient est de contacter sa banque. On peut dire : "Je suis dans le jus, ma soupe déborde, je vous rappelle!"


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