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Beaucoup, dont moi-même, ont été surpris lorsque le président russe Vladimir Poutine a annoncé être prêt à faire don d’un milliard de dollars provenant des avoirs russes gelés aux États-Unis pour aider à financer le nouveau projet favori de Donald Trump, un «Conseil de la paix» dont la mission est ostensiblement de superviser la reconstruction de Gaza.

Après tout, la Russie a été à l’avant-garde du concept d’un ordre mondial fondé sur le droit et les principes de la Charte des Nations unies.

Le Conseil de paix de Trump représente l’antithèse de cet objectif, littéralement conçu non pas comme une alternative aux Nations unies, mais plutôt comme son remplacement.

Alors pourquoi la Russie voudrait-elle adhérer à une initiative qui va à l’encontre de ses valeurs fondamentales ?

La réponse est simple : parce que cela lui donne une place à la table des négociations.

Et la réalité du monde actuel est que, pour les trois prochaines années, ce sont les États-Unis, et plus précisément Donald Trump, qui fixent les règles du jeu.

Et en plus de fixer les règles, Trump est chargé de composer le menu.

En adhérant au Conseil de paix de Trump, la Russie crée les conditions nécessaires pour qu’on puisse déguster un bol de pelmenis sibériens avec un cheeseburger américain et des frites de la liberté.

Mais il ne s’agit pas ici de Gaza.

La Russie et son président ont une vision bien plus stratégique. Le Conseil de paix de Trump devrait être en mesure d’aider à gérer la reconstruction de l’Ukraine une fois que les conditions de fin du conflit auront été convenues et mises en œuvre.

Et le président Poutine semble avoir adhéré à l’idée d’utiliser les avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l’Ukraine.

Mais ce soutien à la relance économique de l’Ukraine ne se fera pas dans le vide.

Grâce à sa campagne en cours visant les infrastructures énergétiques ukrainiennes, la Russie est en train de détruire la viabilité politique de la classe dirigeante ukrainienne actuelle, de Zelensky jusqu’aux derniers échelons.

Cet effort va de pair avec la campagne en cours destinée à dénoncer la corruption au sein de l’establishment politique ukrainien.

Le peuple ukrainien est préparé à accepter une nouvelle direction qui arrivera au pouvoir à l’issue de nouvelles élections.

Des élections axées sur la reconstruction de l’Ukraine et le retour à la normale dans la vie ukrainienne.

Poutine positionne la Russie de manière à financer et à contrôler la reconstruction d’après-guerre de l’Ukraine, et avec elle les principaux leviers d’influence sur l’avenir politique de l’Ukraine.

Beaucoup en Russie, y compris ceux qui sont étroitement liés au Kremlin, pensent que l’avenir de l’Ukraine après le conflit sera celui d’une «troisième sœur» de l’Union, qui comprend actuellement la Russie et la Biélorussie, et non celui d’un pays membre de l’UE.

La Russie a investi des ressources considérables dans la mise en œuvre d’un gouvernement de transition au sein de la Russie, qui comprend notamment l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch et l’ancien Premier ministre Mykola Azarov.

En faisant jouer ses leviers économiques sur une population désireuse de changement, la Russie devrait être en mesure d’exercer un contrôle sur l’avenir politique et l’orientation de l’Ukraine après le conflit.

La démilitarisation et la dénazification sont deux aspects clés des exigences de la Russie pour résoudre les causes profondes du conflit avec l’Ukraine.

Le Conseil de paix de Trump pourrait fournir à la Russie un outil de contrôle et d’influence qu’elle n’aurait peut-être pas si Poutine renonçait à verser la contribution d’un milliard de dollars.

Du point de vue russe, ce financement représente une participation à un processus de résolution post-conflit auquel la Russie ne pourrait peut-être pas prendre part autrement.

Si cette stratégie échoue, la Russie aura perdu un milliard de dollars qu’elle ne contrôle plus.

Si cette stratégie aboutit, la Russie jouera un rôle décisif dans l’avenir de l’Ukraine.

Et quoi qu’il en soit, les chances que le Conseil de paix de Trump survive à son départ de la présidence dans trois ans sont quasi nulles : il s’agit du projet fétiche d’un homme qui gouverne grâce au culte de la personnalité.

Une fois le phénomène Trump révolu, la Russie pourra renouer avec la promotion d’un ordre international fondé sur le droit et la Charte des Nations unies, cette fois en toute sécurité dans une nouvelle réalité où la guerre avec l’Ukraine aura pris fin et où la Russie aura son mot à dire sur l’avenir de l’Ukraine.

Scott Ritter

Article original en anglais : A Method to his Madness, Real Scott Ritter, le 23 janvier 2026

Traduit par Spirit of Free Speech

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