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Face au manque d'options adaptées aux réalités autochtones lors des témoignages en cour, la juge Michelle Brass a fait don de 14 plumes d'aigle au système judiciaire provincial. Une initiative destinée à offrir une reconnaissance culturelle essentielle aux justiciables au moment de prêter serment.
Alors qu'elle présidait des audiences d'une cour provinciale dans la région d'Estevan, en Saskatchewan, la juge Michelle Brass a régulièrement observé des personnes apportant leurs propres plumes d'aigle au tribunal. Ces justiciables devaient agir ainsi parce que l'institution judiciaire ne mettait bien souvent à disposition que des textes religieux pour la prestation de serment précédant les dépositions des témoins.
Un événement précis a marqué la magistrate. Quelqu'un avait demandé un objet cérémoniel et il n'y en avait aucun de disponible, mais j'en avais quelques-uns dans ma voiture, a relaté la juge Brass lors d'une entrevue accordée à CBC Saskatchewan.
J'avais un brin de foin d'odeur dans ma voiture et j'avais de la sauge dans ma voiture. J'ai réalisé qu'il y avait là un besoin à combler.
Un don symbolique et familial
Face à ce constat, Michelle Brass et sa sœur sont passées à l'action en faisant don de 14 plumes d'aigle au système judiciaire de la cour provinciale, afin que les citoyens puissent les utiliser lorsqu'ils s'engagent sous serment à dire la vérité devant le tribunal.
Pour la juge Brass, qui est de la Première Nation crie de Peepeekisis, sur le territoire du Traité n° 4, cette démarche permet au principe fondamental du serment de demeurer inchangé tout en s'élargissant pour inclure d'autres réalités.
Qu'il s'agisse d'une plume d'aigle, d'une Bible, d'un Coran, d'une Torah ou autre, de tels objets permettent à une personne d'indiquer qu'elle va livrer son témoignage avec vérité et honnêteté.
Ces plumes avaient été offertes à la sœur de la juge, Cecile Brass, par Bob Mills, ancien chef de la communauté de Skidegate à Haida Gwaii. La contribution de la famille Brass a été effectuée en hommage à leur père, décédé en janvier.

Constatant que des justiciables apportaient leurs propres objets cérémoniels autochtones au tribunal, la juge Michelle Brass a voulu combler ce manque.
Photo : Courts of Saskatchewan
Une présence permanente dans treize palais de justice
Selon une déclaration de Courts Saskatchewan, treize cours provinciales seront dotées chacune d'une plume d'aigle. Les personnes appelées à témoigner pourront ainsi en tenir une en main ou se recueillir devant elle lorsqu'elles prêteront serment.
Bien que les citoyens aient déjà la possibilité d'apporter leur propre plume d'aigle, le fait qu'elle soit directement accessible sur place fait toute la différence, selon la juge Brass. J'ai constaté que les personnes qui réalisent qu'une plume d'aigle est mise à leur disposition l'utilisent volontiers et apprécient le fait qu'elle soit là.
La portée symbolique de la plume d'aigle varie selon les communautés autochtones, mais elle revêt une importance toute particulière pour le peuple Saulteaux dont fait partie la juge.
La plume d'aigle symbolise le fait que l'aigle est considéré comme un oiseau ou une créature qui vole au plus près du Créateur ; il s'agit donc d'une connexion avec un être suprême ou une vérité supérieure qui dépasse l'individu.

Une plume d’aigle est accrochée derrière Dorthea Swiftwolfe (à gauche) et Audrey Armstrong lors d’une entrevue accordée à CBC.
Photo : Chanss Lagaden
Bien plus qu'une simple plume d'aigle
Pour Dorthea Swiftwolfe, conseillère communautaire à la Ville de Saskatoon, l'importance de ce symbole est tout aussi marquante que la réplique suspendue dans son bureau. Je l'accroche ici fièrement , a confié Mme Swiftwolfe, qui est Crie et membre de la Nation crie Peter Ballantyne. Cela m'aide et me rappelle pourquoi j'accomplis ce travail.
Cette pièce en vitrail, offerte par le Conseil tribal de Yorkton, compte parmi les nombreux présents reçus en reconnaissance de ses interventions en faveur de la sécurité communautaire et de la cause des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.
Dorthea Swiftwolfe exprime l'espoir que l'introduction des plumes d'aigle favorisera une plus grande inclusion au sein des tribunaux provinciaux.
Quand je pense à l'introduction de la plume d'aigle dans la salle d'audience, je pense que cela donnera la possibilité à nos familles de se sentir reconnues, d'être entendues, d'être vues. C'est bien plus qu'une simple plume d'aigle.
De son côté, Audrey Armstrong, Crie ayant des racines dans la Première Nation de Thunderchild et coordonnatrice de la vérité et de la réconciliation pour la Ville de Saskatoon, estime que cette disponibilité dans les palais de justice constitue une avancée positive, bien que des enjeux plus profonds persistent.
Avoir cette représentation dans un système qui n'a pas nécessairement été conçu pour nous, pour nous aider, est important, a-t-elle souligné. C'est un petit pas vers la signification globale de la réconciliation. Il y a beaucoup d'autres démarches qui doivent être accomplies.
Avec les informations de Maeve Ellis


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