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Une jeune agricultrice avec une générosité sans borne

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MAGAZINE. Se lancer dans l’agriculture est loin d’être facile. La Lefebvroise Sara Tessier, qui a acquis une terre avec son conjoint en 2022 pour élever des cochons, en sait quelque chose. Pourtant, elle accomplit tout de même des gestes venant en aide à ceux qui ont moins les moyens de s’acheter de la viande.

Les affaires roulent sans cesse sur la terre de l’agricultrice de 24 ans et de son conjoint, Olivier Beauchemin. Le couple est établi à Lefebvre depuis quatre ans. La mère de cinq enfants a rencontré sa douce moitié à Acton Vale.

Les deux partenaires ont chacun grandi sur une ferme. Elle avec les cochons et lui avec les porcs et les vaches laitières. Pourtant, Sara Tessier avait d’autres ambitions professionnelles quand elle était plus jeune.

«J’ai toujours aimé l’agriculture et la nature, mais je voulais être actrice et faire du cinéma. Finalement, quand j’ai été acceptée à l’école de théâtre et commencé mes cours, j’ai vite réalisé que ce n’était pas fait pour moi. Donc, c’est pour ça que je suis revenue dans l’agriculture», raconte celle qui attend son sixième bambin.

Lorsqu’ils ont acquis leur lopin de terre, ils ont vite constaté que de vivre de l’élevage porcin ne serait pas suffisant pour eux. En achetant une terre, celle-ci devient «le tiers rentable», c’est-à-dire que les revenus qu’il est possible d’en tirer avec ce qu’on y cultive ne peuvent plus compenser leur valeur marchande, explique Sara Tessier.

Les cochons de Sara Tessier restent environ trois mois sur sa ferme et sont élevés dans un milieu sain, sans hormones, ni antibiotiques. (Photo : William Hamelin)

C’est ainsi que le couple a diversifié ses sources de revenus. Il a d’abord mis en place une entreprise de grandes cultures, Les Cultures Tessbeau, comprenant l’élevage de cochons, mais aussi la pousse de céréales, comme le blé et le seigle.

«On avait aussi des vaches à bœufs, auparavant, mais on a tout vendu parce que le prix du veau est devenu très, très élevé et revendre [la viande] n’était plus assez payant», met en évidence la jeune agricultrice.

Olivier Beauchemin possède également son entreprise forfaitaire, TGBC inc., pour transporter les semis et le fumier à plusieurs agriculteurs de la région. Le couple détient aussi quelques camions de déneigement pour déblayer la neige dans les municipalités de Lefebvre, Sainte-Christine et Saint-Eugène-de-Grantham.

«Normalement, l’hiver serait notre saison morte si l’on avait juste nos terres et l’entreprise de transport. Aujourd’hui, on travaille tellement l’hiver que c’est l’été qui est notre saison “morte”. L’automne et le printemps, c’est vraiment rock’n’roll. On travaille de 80 à 100 heures par semaine», souligne Sara Tessier.

Prix réduit et concours de viande

La Lefebvroise voit à quel point des personnes en arrachent pour se procurer de la viande depuis quelques années. Elle a ainsi décidé de vendre ses cochons un peu moins chers que d’autres éleveurs lorsqu’elle a lancé son élevage porcin.

«Pour des races spéciales, certains peuvent vendre un cochon complet jusqu’à 700 $ ou 800 $ [avec les frais de la boucherie]. J’ai une race de cochon rose standard que je vends à 300 $ pour l’animal au complet. Rajoute à ça le service de la boucherie, qui charge 1,50 $ la livre pour [le découpage de la carcasse], ce qui revient à un autre 300 $, au minimum», précise-t-elle.

Plus récemment, en février 2025, Sara Tessier a eu une idée en faisant défiler son fil Facebook. «J’ai vu la publication d’une femme disant qu’elle était vraiment dans le besoin. Elle avait un enfant qui était à l’hôpital pour X raisons. Elle avait de la misère à rejoindre les deux bouts parce qu’elle avait arrêté de travailler et n’avait plus d’argent qui rentrait», débute-t-elle.

L’éleveuse de porcs originaire de Lefebvre, Sara Tessier, a mis en place un concours de viande en février 2025 pour aider des familles ayant plus de difficultés à se procurer des biens essentiels. (Photo : William Hamelin)

«À ce moment-là, j’ai parlé à mon chum et je lui ai dit : “C’est fou comment on est chanceux! On a la santé et on n’a pas besoin de plus pour vivre. On a même des animaux avec lesquels on peut avoir de la viande à petit prix.” Je lui ai dit que ça serait le fun qu’on puisse en faire profiter la communauté», enchaîne l’éleveuse de porcs.

C’est ainsi que Sara Tessier a décidé de lancer un concours sur sa page Facebook : «Sara et ses cochons». Pour les vainqueurs, elle se porterait garante des frais de la boucherie pour ainsi offrir gratuitement la viande découpée en morceaux. Au départ, elle voulait faire tirer deux demi-cochons à deux familles dans le besoin.

«Tout ce que je demandais, c’était que les gens me racontent leur histoire. J’y allais vraiment avec ceux qui étaient le plus dans le besoin. Et je sais qu’il y a beaucoup de gens qui vivent un calvaire qui est indescriptible, mais il fallait que je fasse un choix déchirant. Ma publication a eu 150 000 vues et j’ai fini par recevoir plus de 200 demandes et histoires différentes», met-elle en évidence.

Effet «boule de neige»

Ce que la jeune Lefebvroise ne savait pas, c’est que son concours allait faire «boule de neige». Après sa publication, ses beaux-parents, étant en phase avec son idée, lui ont donné un cochon supplémentaire.

Puis, trois autres éleveurs de porcs, dont une de Saint-Eugène, Marie-Noële Caron, ont décidé de la soutenir en lui donnant également une bête chacun. Le concours de Sara Tessier a finalement permis de remettre 480 livres de viande porcine à une dizaine de familles.

Même si elle a fait plus de malheureux que de gagnants avec son concours, Sara Tessier a la sensation d’avoir vécu quelque chose de «grandiose». «Mon but premier, c’était vraiment d’aider, même si je n’ai pas fait de profit. On a pu aider cinq fois plus de personnes qu’au départ. C’est là qu’on voit qu’il y a beaucoup de personnes qui sont dans le besoin», souligne celle qui a été honorée à la dernière soirée des Gardiens du terroir pour son initiative.

La jeune agricultrice fait savoir que son concours sera de retour cet automne, soit le moment où elle aura le plus de cochons dans son étable. «Ça ne me dérange pas du tout de ne faire aucun profit avec ça, mais je veux être là l’année prochaine malgré tout. C’est sûr que j’aimerais qu’il y ait beaucoup de gens qui embarquent dans mon projet parce que je ne peux pas le faire toute seule», souhaite-t-elle.

Sara Tessier vend ses cochons un peu moins cher que certains éleveurs. (Photo : William Hamelin)

Sara Tessier lance ainsi un appel aux dons pour ceux qui voudraient l’aider, par exemple, à payer les frais de la boucherie. Les gagnants ne seront pas les mêmes que ceux de la dernière fois, prévient-elle.

Les différentes parties d’un porc

Dans l’anatomie d’un cochon, certaines pièces de viande ressortent plus que d’autres. L’Express Magazine a demandé à Sara Tessier ce que l’on peut obtenir si l’on se procure la carcasse complète de cet animal.

«Dans les fesses, il y a le jambon qu’on peut faire, mais aussi des cubes de porc, du porc haché, des rôtis, et bien plus encore. Dans les épaules, on retrouve un peu la même chose, mais c’est là qu’on va avoir les gros morceaux de viande. Enfin, la longe, c’est vraiment un beau morceau. C’est là qu’on fait les côtelettes de porc et les rôties de longe. Il y a aussi le flanc où l’on retrouve le bacon», énumère l’éleveuse de 24 ans.

Si vous décidez un jour d’acheter un cochon entier, découper vous-mêmes les pièces de viande sera beaucoup plus facile que celles d’un bœuf, puisqu’il est possible de le faire en gardant la peau.

Sara Tessier suggère cependant d’être équipé d’un grand réfrigérateur pour conserver la viande. Le découpage risque de prendre plus d’une journée et la chair de l’animal ne peut évidemment pas être conservée à température pièce.

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