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Pour la première – et peut-être la dernière fois –, des personnes en situation d’itinérance à Magog, Eastman, Ayer’s Cliff et Stanstead ont accès, la nuit, à un autobus aménagé pour se réchauffer et trouver du répit.
Ce service hivernal pourrait toutefois prendre fin dès le 31 mars prochain. En cause : la fin du financement fédéral accordé dans le cadre du programme Vers un chez-soi et la réorientation des sommes vers les grands centres urbains, laissant les régions plus rurales sans soutien dédié à l’itinérance.

L'autobus de l'organisme est occupé en tout temps par deux intervenants.
Photo : Radio-Canada / Guillaume Renaud
La directrice générale de Zone Libre Memphrémagog, Sarah Vandal, a appris la nouvelle quelques semaines seulement après le lancement du projet, alors qu’environ la moitié de l’enveloppe budgétaire de 200 000 $ ait été utilisée. Le reste des fonds sera vraisemblablement redirigé vers des secteurs plus populeux, notamment Sherbrooke et Granby, selon elle.
C’était un programme qui allait de 2024 à 2026, mais on a reçu le financement seulement l’an dernier. On nous a dit que l’argent qui n’avait pas été dépensé d’ici le 31 mars allait être envoyé ailleurs. Ça fait que pour les régions plus rurales, on n’aura plus de financement pour l’itinérance après la fin de l’année fiscale, explique Mme Vandal.
Mis en place en décembre, le service prend la forme d’une halte-chaleur mobile opérée par des intervenants de l’organisme. Trois nuits par semaine, du mercredi au vendredi, de 20 h à 8 h, un autobus circule entre les municipalités de la MRC de Memphrémagog. Il s’agit de la seule ressource de ce type sur le territoire.

Sarah Vandal, directrice générale de Zone Libre Memphrémagog.
Photo : Radio-Canada / Guillaume Renaud
Chaque nuit d’opération, entre cinq et dix personnes montent à bord, parfois pour quelques heures, parfois pour toute la nuit. On y trouve notamment de la nourriture, des vêtements chauds et du matériel de prévention des surdoses. Un autobus, ce n’est pas un lit, ce n’est pas une maison. C’est très temporaire, et c’est seulement trois nuits par semaine. Mais en ce moment, c’est tout ce qu’on a, résume la directrice générale.
On est des humains comme tout le monde
La demande est bien réelle, même dans une ville comme Magog, où l’organisme a dû élargir son offre en cours de saison. Initialement offerte deux nuits par semaine, la halte-chaleur mobile circule désormais trois soirs, pour répondre à l’augmentation des besoins observée sur le terrain.
C’est notamment le cas de Sylvain, un habitué des services de Zone Libre, qui vit dans la rue depuis 2023, à Magog. C’est dur de dormir dehors en hiver. Tu essaies de te réchauffer de toutes sortes de façons. On est des êtres humains comme tout le monde, dit-il, alors que la température ressentie frôle les −30.
Les gens de l’organisme, c’est du bon monde. Ils ont le cœur sur la main. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour nous aider, ajoute-t-il.

Sylvain sollicite régulièrement l'aide de l'organisme depuis qu'il est installé à Magog.
Photo : Radio-Canada / Guillaume Renaud
Selon Sarah Vandal, la fin du service risque d’accentuer la précarité des personnes les plus vulnérables dans la MRC. Ça arrive qu’on reçoive des appels le lundi ou le mardi, quand on n’est pas en opération. Déjà là, on doit dire non. Savoir qu’on va devoir arrêter complètement, c’est vraiment difficile , confie-t-elle. Personne n’est à l’abri de se retrouver dans cette situation-là.
Au-delà de la halte-chaleur mobile, la fin du financement entraînera aussi la disparition de toute intervention de proximité spécifiquement dédiée à l’itinérance sur le territoire de Memphrémagog. Zone Libre devra recentrer ses activités sur son mandat principal en prévention des dépendances et sur son café social.
Les problématiques de logement ne disparaîtront pas le 31 mars. Les gens vont continuer d’avoir besoin d’aide, mais on va devoir intervenir avec moins d’outils, explique Sarah Vandal.
L’organisme dit maintenant chercher, avec ses partenaires locaux, des pistes de solution pour atténuer les impacts de la fin du service, sans savoir si un financement similaire sera de nouveau accessible dans les prochaines années.
Au moment d’écrire ces lignes, Logement, Infrastructures et Collectivités Canada n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.


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