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L’épave découverte dans la rivière Richelieu il y a 10 ans est plus ancienne qu’anticipé. Le navire de guerre, que l’on avait d’abord associé à l’invasion américaine de 1775, daterait plutôt des dernières décennies de la Nouvelle-France, selon un rapport dendrochronologique obtenu par Le Devoir.
Les arbres ayant servi à la fabrication de la coque gisant dans les eaux du Richelieu, à Saint-Jean-sur-Richelieu, ont été abattus au milieu du XVIIIe siècle. Cette estimation tient compte de la perte d’une partie des cernes des billots au moment de leur équarrissage par les charpentiers de navire.
« Il faut ajouter au moins une dizaine d’années aux datations, voire un peu plus », explique Marijo Gauthier-Bérubé, de l’Institut de recherche en histoire maritime et archéologie subaquatique (IRHMAS), qui a découvert l’épave en 2016.
Les vestiges du navire, étalés sur une vingtaine de mètres, ont d’abord été confondus avec un quai de bois effondré au fond du Richelieu. Les regards des archéologues se sont ensuite tournés vers les frégates de rivière lancées par la marine britannique en 1776 pour repousser les envahisseurs américains menés par le fameux Benedict Arnold.
« C’étaient les candidats possibles en se basant sur les dimensions qu’on avait, explique Marijo Gauthier-Bérubé. On était beaucoup plus dans la Révolution américaine, et même dans les navires abandonnés après la guerre de 1812. »
Cette époque plus tardive ne peut être entièrement exclue pour le moment, rappelle prudemment l’archéologue. « Ça demeure possible s’il manque énormément de cernes sur le bois ou s’il y a deux épaves au lieu d’une… »
Débris
L’épave de Saint-Jean-sur-Richelieu est enfouie sous une épaisse couche de sédiments. « Elle est à peine visible et il faut utiliser des aspirateurs sous-marins pour l’apercevoir. Autrement, on ne verrait que de petits bouts de bois, qui disparaissent d’une année à l’autre, selon l’humeur de la rivière », souligne Marijo Gauthier-Bérubé.
Parmi les artéfacts recueillis sur le site, on note un petit boulet de canon en fonte, un bouton d’uniforme militaire non identifié et des fragments de chaussure en cuir qui seraient associés à l’épave. À cela s’ajoutent une coque de noix de coco et une brique portant la marque d’une patte de chat !
« La majorité des artéfacts sont des débris amassés au fil du temps, explique Marijo Gauthier-Bérubé. C’est comme une machine à laver, on y retrouve pêle-mêle des objets des XVIIIe et XIXe siècles avec une corde de nylon jaune fluo. Il y a une quantité incroyable de balles de golf ! »
La présence d’une seconde épave imbriquée dans la première reste à déterminer. La plus profonde des deux serait un navire de transport, tandis que celle située au-dessus pourrait être une goélette, voire une frégate si l’on se fie à son étrave formant la partie avant de la coque.
« Le projet est en cours et nos hypothèses changent presque d’un rapport à l’autre, souligne l’archéologue. On a une idée de la taille du site, mais elle ne correspond pas nécessairement à celle de l’épave, qui pourrait s’être brisée en deux. »
Les plongées qui devaient avoir lieu en novembre dernier auraient permis d’en savoir plus sur cet assemblage complexe de vestiges. Elles ont toutefois été annulées à la dernière minute en raison d’une tempête de neige. « On y est allés trop tard et on s’est fait surprendre. »
Conquête
La présence d’un nœud de branche sur l’une des pièces de l’épave a permis de fixer à 1739 l’année la plus lointaine à partir de laquelle le bois du navire a été coupé. « D’autres cernes seraient également manquants, mais ceux-ci ne seraient pas nombreux », lit-on dans le rapport du Groupe de recherche en dendrochronologie historique.
Ce mystérieux voilier pourrait ainsi être la goélette canadienne lancée en 1742 du fort de Saint-Frédéric, au sud du lac Champlain, sur la frontière militaire séparant la Nouvelle-France de la province britannique de New York. On peut apercevoir le navire en miniature dans le coin d’une carte de la région du Richelieu datant de 1744.
Le deux-mâts, qui pouvait emporter une quarantaine de tonneaux dans sa cale, a été retiré du service en 1757. Il aurait été logique de ramener ce navire en fin de vie au chantier du fort Saint-Jean pour procéder à son démantèlement. « C’est le meilleur endroit pour récupérer le gréement, l’artillerie et tout ce qui pouvait l’être », observe l’archiviste Rénald Lessard, de BAnQ, qui mène actuellement des recherches sur l’industrie navale en Nouvelle-France.
Le ou les bâtiments retrouvés par l’IRHMAS pourraient également être l’un des navires de guerre construits au fort Saint-Jean pour résister à l’invasion britannique entre 1756 et 1760. Le Richelieu était alors sillonné par des bateaux de toutes tailles, de la goélette à la simple canonnière, en passant par les chébecs et les galères propulsées par une trentaine de rameurs.
La prochaine campagne de fouilles est prévue en septembre 2026.


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