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Carange Solutions, une entreprise québécoise qui offre des services d’intelligence artificielle à une centaine de municipalités de la province, s’explique mal la décision de Québec de s’associer au géant torontois Cohere pour explorer le potentiel de l’intelligence artificielle (IA) dans la fonction publique. Le Québec avait l’expertise pour répondre à l’appel, estiment les deux fondateurs de la jeune entreprise.
La ministre de la Cybersécurité et du Numérique, France-Élaine Duranceau, annonçait mardi une entente avec Cohere, qui prévoit la tenue « d’échanges, d’ateliers et de discussions visant à mieux comprendre les possibilités, les limites et les conditions de déploiement encadré de l’IA dans l’administration publique ».
Québec a indiqué avoir choisi Cohere notamment parce qu’il s’agit d’une entreprise canadienne qui a des bureaux à Montréal. Fondée en 2019, la société torontoise a également des liens avec Mila, l’institut québécois de recherche en intelligence artificielle. Avec plus de 600 employés, elle est considérée comme la plus grande entreprise canadienne dans le domaine de l’IA. Elle a signé un protocole d’entente semblable avec Ottawa en 2025.
« Au Québec, on est fiers de notre travail en intelligence artificielle. On est les deuxièmes au monde en recherche, après la Californie. Montréal, c’est un écosystème de recherche incroyable. On avait l’occasion de continuer à encourager nos entreprises locales en IA, puis, finalement, on a l’impression d’avoir un peu été ignorés dans ce processus-là », déplore Anthony Carange, cofondateur de l’entreprise avec Youssef Diouri.
La start-up créée en 2022 fait déjà affaire avec plus de 120 municipalités de la province, dont Repentigny et Boucherville. Sa plateforme Munia permet de simplifier certaines tâches propres au monde municipal comme l’écriture de résolutions, la rédaction de plans de communication ou encore la navigation dans les règlements d’urbanisme. Autant de tâches qui pourraient être adaptées à la fonction publique québécoise, estime M. Carange.
« Il y a de gros ministères, comme le ministère de la Santé, qui ne sont pas nécessairement pour nous, mais il y a plein de plus petites équipes, à des niveaux de gouvernement plus bas qu’on peut certainement aider. Mais, en ce moment, notre voix n’est pas entendue », déplore Anthony Carange.
Par écrit, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN) a indiqué au Devoir avoir opté pour Cohere en raison de « la pertinence de ses activités dans le contexte des réflexions gouvernementales sur l’intelligence artificielle et la souveraineté numérique ».
Dans la foulée, le MCN a dit poursuivre « ses échanges avec différents acteurs publics, privés, universitaires et de recherche du Québec afin d’alimenter ses réflexions sur l’intégration responsable de l’IA dans l’administration publique ».
Pas d’autres solutions ?
Pour Pierre Larouche, professeur titulaire en droit et innovation à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, le Québec n’avait guère le choix de s’associer à Cohere.
« Je ne pense pas qu’il y avait de solution québécoise pour ce type de compétences. Il n’y avait pas un choix énorme compte tenu des impératifs croissants en matière de souveraineté numérique. »
Cohere, explique-t-il, fait partie de la poignée d’entreprises de tête au niveau mondial en intelligence artificielle capables de développer leur propre système, comme l’américaine OpenAI, la française Mistral ou la chinoise Baidu.
« Ce sont des technologies qui demandent d’avoir une entreprise de taille assez impressionnante pour les faire tourner. Ça prend les connaissances pour les développer, mais aussi les centres de données pour les héberger. »
Le spécialiste de la concurrence et de la gouvernance soulève toutefois des questions quant à la façon dont l’entente entre Québec et Cohere a été ficelée. L’accord, a précisé le ministère, ne constitue pas un engagement contractuel et n’a aucune implication financière pour le gouvernement.
« C’est un processus un peu inhabituel. Si le gouvernement spécifie qu’il ne s’agit pas d’un contrat en bonne et due forme, c’est que, dans le cas contraire, il aurait dû passer par le marché public et un processus d’appel d’offres. »
« Le protocole d’entente signé avec Cohere n’est pas un contrat d’acquisition et ne vise pas l’achat de biens ou de services. Il s’agit d’une entente sans valeur financière […] Il ne s’agit pas d’un contrat, donc un appel d’offres n’était pas nécessaire », a confirmé le MCN.
Selon M. Larouche, il est à souhaiter que l’entente signée entre Cohere et Québec laisse une place à des acteurs québécois.
« S’il y a une relation plus approfondie et qu’on passe effectivement à une prestation de services, c’est une occasion de renforcer l’écosystème québécois, puis de créer des occasions pour des nouvelles entreprises d’ici. »
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.


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