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Une énième alerte concernant la pollution de l’air dans la région des sables bitumineux

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Une étude met la population en garde contre les dangers potentiels liés à de grosses particules de poussière qui s'abattent sur les communautés du nord de l’Alberta exposées aux vents des sables bitumineux. Les auteurs font remarquer que les types de particules dont il s’agit échappent aux systèmes de surveillance conventionnels de la qualité de l’air, d’où leurs inquiétudes.

L’étude (nouvelle fenêtre) (en anglais), publiée dans la revue Atmospheric Pollution Research et évaluée par des pairs, montre que le hameau de Fort McKay est particulièrement concerné.

Les prises d’échantillons menées dans cette communauté autochtone sur une période de 24 mois montrent que les niveaux de poussière y ont régulièrement dépassé les directives albertaines en matière de qualité de l’air ambiant, et ce, à 17 reprises.

Dans près de 20 % des cas, ils ont même excédé plus de deux fois le seuil acceptable. Les particules de poussière se déposent sur la communauté par pics de courte durée, mais intenses.

Vide réglementaire et danger associé

Kristin Iorio, doctorante à l’Université de Toronto, a mené l’étude en collaboration avec des chercheurs de l’Alberta. Ils soutiennent que le recours continu aux mesures standards de surveillance de la qualité de l’air ne permettra pas de déterminer avec certitude l’impact réel de cette pollution.

Nous ne le savons pas, et c'est une situation très dangereuse. Et ce que nous ignorons peut très bien nous nuire, affirme Kristin Iorio.

Afin d'évaluer l'ampleur de l'exposition à la poussière, les chercheurs ont analysé les données recueillies entre la fin de 2022 et la moitié de l'année 2025.

Une grande partie de ces données a été recueillie à l’aide de seaux en plastique ouverts qui recueillaient la poussière à mesure qu’elle tombait au sol. Des échantillons ont également été prélevés à l’aide d’instruments de mesure de la qualité de l’air ambiant, comme des moniteurs optiques et des échantillonneurs à filtre en Téflon.

Cinq localités étaient concernées : Fort McKay, Fort McMurray, Anzac, Janvier et Conklin.

Fort McKay a enregistré la plus forte quantité de poussière tombée parmi tous les lieux étudiés, environ le double de ce qui a été mesuré à Conklin.

Une mine à ciel ouvert à Fort McKay, dans le nord de l'Alberta.

Les grandes particules de poussière dont il s'agit proviennent souvent des sites industriels, des chantiers de construction, des exploitations minières et des bassins de résidus de sables bitumineux.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Les chercheurs ont noté que, en ce qui concerne la pollution par les particules fines, l’Alberta ne réglemente et ne surveille que les niveaux de PM2,5, soit des particules de poussière mesurant 2,5 micromètres ou moins.

La province ne dispose pas de règles spécifiques pour les particules de plus de 10 micromètres (PM10), qui peuvent rester coincées dans le nez ou la gorge.

En l’absence de réglementation de ces particules plus grosses, on se retrouve dans une situation où il n’y a pas de véritable contrôle, déplore Kristin Iorio.

Même ces grosses particules peuvent avoir un impact sur la santé, car on ne sait pas ce qu’elles contiennent.

Il y aurait péril en la demeure

Pour combler ces lacunes réglementaires, les auteurs de l’étude recommandent des changements majeurs dans la manière dont l’Alberta gère et surveille les poussières industrielles.

Kristin Iorio exhorte la province à établir un objectif officiel horaire de qualité de l’air ambiant pour la contamination par les PM10, afin de prendre en compte les épisodes de poussière de courte durée et de forte intensité qui ne sont actuellement pas suivis.

Elle fait savoir par ailleurs que les seuils de qualité de l’air existants en Alberta pour les retombées de poussière et les particules en suspension n’ont pas été mis à jour depuis 1975.

En ce qui concerne le cas spécifique de Fort McKay, Kristin Iorio estime qu’un suivi en temps réel de la situation est nécessaire, afin de déterminer d’où provient exactement la poussière et d’alerter les habitants lorsque la situation devient grave.

Ke Du, de l’Université de Calgary, est un spécialiste de la qualité de l’air, des émissions atmosphériques et des particules fines. Il note que l’appel lancé par les auteurs de l’étude en faveur d’un renforcement de la surveillance continue et de nouvelles directives relatives à l’air ambiant confirme ses travaux de recherche sur le sujet.

Il existe un décalage entre la pollution par les poussières et les pratiques de surveillance conventionnelles, a-t-il également constaté, soulignant que le niveau de contamination mesuré à Fort McKay était préoccupant.

L'Agence de réglementation de l'énergie de l'Alberta et la Première Nation de Fort McKay ont refusé de commenter l’étude.

La province dit évaluer la situation

Le ministère de l’Environnement et des Zones protégées de l’Alberta indique que la province évalue si des modifications des méthodes de surveillance de la qualité de l’air et les lignes directrices qui s'y rapportent pourraient se justifier.

Le Ministère précise que la province s’appuie sur de multiples indicateurs et programmes pour évaluer les conditions liées à la poussière et la qualité de l’air dans la région.


Sur cette photo de 2023, Jean L'Hommecourt, militante écologiste, regarde par la fenêtre des nuages de poussière s'abattant sur Fort McKay, dans le nord de l'Alberta.

Sur cette photo de 2023, Jean L'Hommecourt, militante écologiste, regarde par la fenêtre des nuages de poussière s'abattant sur Fort McKay.

Photo : Associated Press

Par ailleurs, pour des habitants de longue date de Fort McKay, l’étude confirme ce qu’ils signalent depuis des décennies.

C'est le cas de Jean L’Hommecourt, qui a l'habitude de contempler, de son domicile à Fort McKay, sur les rives de la rivière Athabasca, des nuages de poussière en suspension teintant le ciel d’un brun terne.

Quand on regarde vers le nord, le ciel est décoloré, explique cette ancienne responsable environnementale de la Première Nation de Fort McKay.

Je suis très inquiète pour la santé de ma communauté.

Des études antérieures avaient également déjà tiré la sonnette d’alarme au sujet de la qualité de l’air dans cette région.

Avec les informations de Wallis Snowdon

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