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« C’est par la mise en opposition de différentes matérialités que les œuvres vont avoir des propos autres », indique Ariane Plante, qui est la commissaire du festival Art souterrain cette année. Celle-ci invite le public à découvrir son itinéraire artistique, qui prend racine à Place Ville Marie, composé à partir du thème de la dualité et fortement influencé par son parcours en arts numériques, médiatiques et visuels. « Il y a donc beaucoup d’œuvres vidéo, mais pas seulement, parce que j’arrive avec ce bagage-là. J’aime bien l’idée de déployer dans l’espace public des œuvres qui ne sont pas que bidimensionnelles et qui vont chercher une expérience », précise-t-elle. À ses yeux, la dualité apparaît matérielle : analogique et numérique, tangible et intangible, monde réel et monde virtuel, jeux d’ombre et de lumière…
La commissaire cite notamment l’installation vidéo et sonore de Gabriel Mondor, Cendres picturales, qu’elle a sélectionnée grâce à un partenariat entre Art souterrain et l’Université Concordia dans laquelle l’artiste émergent prépare une maîtrise en beaux-arts. « Il a peint plusieurs tableaux, mais pour pouvoir en voir un, il fallait l’acheter et accepter qu’il soit brûlé. Son œuvre ne montre que les cendres des tableaux et on entend une personne qui en a acheté un, et donc qui l’a vu, le décrire, tandis que nous, nous ne le voyons jamais », précise-t-elle. Une œuvre qui traduit, de fait, l’instabilité de la matière. « À part ça, je trouvais que c’était particulièrement intéressant, puisque la dualité s’exprime aussi à travers la subjectivité d’un autre », ajoute Ariane Plante.
« J’aime réfléchir à comment est-ce que le spectateur va être engagé dans l’appréciation des œuvres, à comment est-ce que son corps va être impliqué. J’aime qu’il y ait un lien entre les œuvres et les espaces, même si le parcours mental est propre à chacun », explique-elle. La commissaire suggère alors de suivre l’itinéraire établi par le festival qui explore les œuvres situées dans les quatre grands halls de la Place Ville Marie et les espaces qui les séparent, qu’elle nomme les « interstices ». « Je vais appeler ça une narrativité, mais il n’y a personne pour raconter une histoire, ça suit plutôt un fil rouge. La progression est intéressante », indique-t-elle.
Profondeur et sensibilité
Les œuvres qu’Ariane Plante a retenues ont en outre toutes ce côté immersif qui puisent dans le ressenti des visiteuses et des visiteurs. « On n’est pas dans le tape-à-l’œil ou dans la question du progrès, souvent liée au numérique. On est vraiment dans la profondeur et la sensibilité », mentionne-t-elle. Fiat Lux de Boris Pintado interroge ainsi notre rapport à la surconsommation, à l’accumulation. « Il se sert de systèmes d’emballage dont on ne se servira plus jamais, ceux en carton thermoformé, comme les porte-gobelets qu’on peut trouver chez Starbuck, qu’il recycle pour créer une sculpture monumentale de 13 pieds de haut, comme une espèce de temple, traversée par un faisceau lumineux », souligne-t-elle. Avec un matériau aussi friable appelé à se décomposer avec le temps, la monumentalité ne peut qu’être éphémère.
Dès lors, le thème de la dualité trouve aussi un écho dans l’actualité. « Les œuvres s’expriment finalement sur le monde qui nous entoure, comme avec des questions sur l’identité, notre rapport à la nature, à la science, dans des propositions très pacifiées », souligne la commissaire. La cohorte 2026 d’Art souterrain met par ailleurs en lumière des artistes de tous horizons. « Le fait de donner la parole à des artistes originaires d’Iran et du Liban, avec leur sensibilité à eux, leur manière qu’ils ont de parler indirectement de leur rapport au monde, c’est ce qui nous amène à réfléchir à la question du comment peut-on vivre ensemble », confie Ariane Plante.
Il y a par exemple Offrande au safran des sœurs Farzaneh et Mancy Rezaei. « C’est toute une performance rituelle autour du pigment du safran, qui est une plante qui est cultivée par leur famille en Iran, où elles récitent des poèmes en farsi », explique la commissaire. Il y a également Chadi Ayoub avec son œuvre Entropie et sa performance Homme — Miroir, qui sondent la dimension collective, et Hadi Jamali, qui entame une réflexion sur les formes de vie avec son installation de bois et de sons Darkness Before, tous les deux respectivement d’origine libanaise et iranienne.
« Il y a beaucoup de tendresse dans les œuvres que j’ai programmées, avec aussi cet aspect-là de rassemblement et d’expérience collective », conclut Ariane Plante.


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