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Le revirement est spectaculaire. Alors que Donald Trump avait mercredi à Davos, pendant près d'une heure et demie, versé son fiel sur une Europe coupable à ses yeux de tous les maux et vivant au crochet des États-Unis, la fin de la journée aura été marquée par l'annonce de négociations ouvrant la voie à un possible accord sur la délicate question du Groenland. Une perspective qui a amené le président américain à suspendre les droits de douane visant certains pays européens, jugés coupables de ne pas faire preuve d'assez… d'enthousiasme à l'idée de voir le drapeau américain flotter à Nuuk, la capitale du Groenland.
Soulagement ? À voir. D'abord parce que les contours de ce potentiel accord semblent à ce stade très flous. La question la plus centrale de la souveraineté et de l'intégrité du territoire du Groenland n'ayant pas été tranchée…
Des détails de l'accord de Trump sur le Groenland auraient fuité : les États-Unis pourraient obtenir le contrôle d'une partie du territoireEnsuite, parce que Trump est… Trump. Imprévisible, l'homme n'est désormais plus un interlocuteur fiable, mû par ses pulsions narcissiques autant que par ses désirs impérialistes. Et rien ne dit qu'un très hypothétique accord résistera longtemps à ses humeurs.
Enfin, et c'est le plus fondamental, cette crise met en lumière le péril que constitue la trop grande dépendance de l'Europe à l'égard des États-Unis. Dépendance évidemment militaire – l'Europe qui a sous-traité sa défense aux États-Unis s'en mord les doigts aujourd'hui – mais aussi économique, énergétique et technologique.
L'annonce surprise de Trump: pas de droits de douane face à l'Europe et le début d'un accord sur le GroenlandQue ferions-nous si demain des géants comme Google, Mastercard, Visa ou Starlink décidaient, sous la pression de l'administration Trump, de couper brutalement aux Européens l'accès aux services financiers, numériques et satellitaires américains ? Nos vies quotidiennes en seraient bouleversées. Ou quid si les géants pétroliers stoppaient les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL), dont le Vieux continent est friand ? Science-fiction ? Peut-être mais peut-on prendre le risque d'un tel pari ?
L'Europe, déjà confrontée à l'est au risque sécuritaire que représente la Russie, serait bien inspirée d'envisager tous les scénarios, y compris les plus extrêmes, face à un pays qui n'est plus l'allié d'antan mais n'hésite plus désormais à porter directement atteinte à nos intérêts les plus cruciaux. L'Europe doit acquérir sans tarder une autonomie stratégique dans plusieurs domaines clés, repenser aussi certaines alliances. Pour ne pas risquer, comme le soulignait Bart De Wever à Davos, de devenir rapidement "l'esclave des États-Unis". Mais en sera-t-elle capable et s'en donnera-t-elle les moyens ?
À Davos, Donald Trump était obnubilé par "un gros morceau de glace" : "Nous nous en souviendrons"Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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