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Des millions de contenus soupçonnés d'être illicites sont signalés par Google chaque année.
Avertissement : ce texte comprend des détails de possibles délits sexuels qui pourraient choquer certains lecteurs.
La plupart d'entre eux ne donnent généralement lieu à aucune ou à très peu de mesures policières, selon des défenseurs de la protection des enfants, soit parce qu'ils ne concernent finalement pas de contenu illicite, soit en raison des ressources limitées en matière d'enquête.
Mais neuf alertes en particulier, l'an dernier, ont mené à l'arrestation d'un psychothérapeute qui exerçait en Ontario et dans les services de santé publique du nord de la Saskatchewan.
Il fait aujourd'hui face à 43 chefs d'accusation d'infractions sexuelles.
Placé en détention provisoire dans une prison de Toronto, Dr David Edward-Ooi Poon a été inculpé en novembre de deux chefs d'accusation pour avoir accédé à du matériel pédopornographique et en avoir fait l'acquisition.
En décembre, les enquêteurs ont ajouté 41 chefs d'accusation supplémentaires, notamment pour fabrication et possession de matériel pédopornographique, agression sexuelle, voyeurisme à des fins sexuelles et administration de drogues à une personne dans le but de faciliter une agression sexuelle.
Selon la dénonciation en vue d'obtenir un mandat de perquisition pour l'appartement de M. Poon, situé dans le centre-ville de Toronto, ainsi que pour ses appareils électroniques, les alertes de Google ont signalé 11 images suspectes.
Soupçonnées d'être du matériel pédopornographique, ces photos auraient été téléchargées les 4 et 5 août derniers sur un compte Google Drive enregistré au nom de M. Poon, avec sa date de naissance, son numéro de téléphone et son adresse électronique.
Des images d'enfants nus
Après que les alertes ont été transmises à la GRC puis à la police de Toronto, un détective de l'équipe chargée de la lutte contre l'exploitation des enfants sur Internet du service de police de Toronto a constaté des images représentant des filles prépubères nues. Les images montraient un acte sexuel et des organes génitaux exposés.

Le quartier général de la police de Toronto ai centre-ville. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Lors d'une première perquisition à l'appartement de M. Poon, la police a alors saisi de nombreux appareils électroniques, parmi lesquels un iPhone, quatre tablettes électroniques, cinq ordinateurs portables, deux ordinateurs de bureau et 16 disques durs. Le suspect a été arrêté.
Selon le document préparé par la police de Toronto, des images de femmes adultes aux seins et aux parties génitales exposés qui semblaient inconscientes ont notamment été retrouvées dans un dossier de l'iPhone intitulé Girls I Drugged And Raped (traduction : filles que j'ai droguées et violées).
Ni les accusations criminelles ni les allégations contenues dans la dénonciation en vue d'obtenir un mandat de perquisition, obtenue par CBC News, n'ont été prouvées devant les tribunaux.
La police de Toronto a affirmé que l'enquête était toujours en cours.
Après le dépôt des deux premières accusations, les avocats de M. Poon ont déclaré au Collège des médecins et chirurgiens de l'Ontario que les accusations n'avaient aucun lien avec sa pratique médicale et qu'il avait l'intention de s'y opposer vigoureusement .
Ni M. Poon ni ses avocats n'ont répondu aux multiples demandes de commentaires de CBC News.
20 % des signalements au mieux sont traités par la police
Les signalements tels que ceux qui auraient été transmis par Google et qui ont conduit à l'enquête sur M. Poon sont étonnamment courants, a déclaré Monique St. Germain, avocate générale au Centre canadien de protection de l'enfance, un organisme caritatif basé à Winnipeg qui fournit des ressources pour lutter contre l'exploitation des enfants et promouvoir leur sécurité.

Monique St. Germain affirme que les alertes émises par les entreprises technologiques concernant les personnes qui accèdent à du matériel pédopornographique sont extrêmement fréquentes, mais que la police ne dispose que de ressources suffisantes pour enquêter sur une fraction d'entre elles.
Photo : Radio-Canada / Walther Bernal
Les plateformes technologiques, telles que Google, Facebook et Snapchat, utilisent des logiciels automatisés comme PhotoDNA de Microsoft qui génèrent une empreinte digitale unique, appelée hash, pour les images. Le logiciel compare ensuite chaque hash à ceux d'images illicites connues et signale les correspondances et les similitudes marquées.
La police reçoit beaucoup plus de signalements qu'elle ne peut en traiter. Plusieurs services de police au Canada nous ont indiqué qu'ils pouvaient traiter au mieux 20 % des signalements qui leur parviennent, et c'est une estimation très généreuse.
Un constat confirmé par Sean Sparling, directeur général du cabinet d'enquête privé Investigative Solutions Network et ancien chef adjoint de la police de Sault Ste. Marie, en Ontario, qui explique que les détectives doivent trier les signalements qui leur parviennent en raison de leur nombre élevé.
Mais une affaire impliquant des allégations contre un médecin comme celle-ci serait une priorité absolue , dit-il, car cette personne occupe une position d'autorité et a accès à de nombreuses personnes.

Sean Sparling affirme qu'une affaire impliquant des allégations contre un médecin comme celle-ci « est une priorité absolue » pour la police.
Photo : Radio-Canada
À l'exception de quatre des accusations portées contre M. Poon, la police n'a pas identifié les victimes présumées, ce qui n'empêcherait pas, selon l'avocat pénaliste et ancien procureur David Butt, de le condamner pour agression sexuelle, si les preuves visuelles et circonstancielles sont suffisamment solides.
La preuve la plus importante que vous recherchez dans une affaire comme celle-ci serait la preuve d'inconscience , a déclaré M. Butt. C'est un indicateur fort qu'il peut y avoir une agression sexuelle en jeu.
La Cour suprême du Canada a clairement établi que les personnes inconscientes ou endormies ne peuvent donner leur consentement. Ainsi, toute activité sexuelle avec une personne endormie ou inconsciente est catégoriquement considérée comme une agression sexuelle.
Un médecin qui s'est fait connaître pendant la pandémie de COVID-19
David Edward-Ooi Poon avait fait la une des journaux internationaux pendant la pandémie de COVID-19 avec sa campagne visant à obtenir du gouvernement canadien qu'il assouplisse les restrictions d'entrée afin que les proches séparés par les frontières internationales.

David Edward-Ooi Poon a témoigné devant le Comité permanent de la Citoyenneté et de l'Immigration de la Chambre des communes le 27 octobre 2020, en tant que fondateur de Faces of Advocacy, un groupe qui militait pour le regroupement familial pendant la pandémie.
Photo : (ParlVU)
À la suite de sa deuxième arrestation et dans l'attente du verdict de son procès pénal, les licences d'exercice de la médecine de M. Poon en Ontario et en Saskatchewan ont été suspendues.
L'Université de Toronto et l'Université de Saskatchewan ont toutes deux déclaré à la CBC le mois dernier que M. Poon n'occupait plus aucun des postes qu'il occupait auparavant dans ces établissements.
Avec des informations de CBC.


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