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Une découverte exceptionnelle repousse de 30 000 ans l’histoire de l’art de l’humanité

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L'île indonésienne de Sulawesi est déjà bien connue des archéologues. C'est là, dans les profondeurs de grottes karstiques, qu'ont été découvertes de très anciennes peintures rupestres. En 2024, une étude révélait en effet la présence vraisemblable d'une scène de chasse, impliquant plusieurs figures humaines et un cochon, sur les parois de la grotte de Leang Karampuang. Datée de 51 200 ans, cette scène figurative serait ainsi la plus ancienne au monde.

En comparaison, les peintures d'animaux de la grotte Chauvet, en France, sont datées de 36 000 ans. Il existe bien d'autres sites en Europe présentant des peintures rupestres plus anciennes, mais celles-ci ne sont pas considérées comme figuratives. Associées à Néandertal, il s'agit souvent de points et de traces laissés au pigment rouge. Sur le site d’Ardales, en Espagne, ces pigments ont été datés à environ 65 000 ans, preuve que l'humanité utilise l'art symbolique depuis très longtemps.

La plus ancienne peinture rupestre au monde

Une idée renforcée par la publication d'une nouvelle découverte sur l'île de Sulawesi, qui renferme décidément bien d'autres trésors. Dans la grotte de Liang Metanduno, des chercheurs ont en effet identifié une peinture encore plus ancienne que celles de la grotte d'Ardales. Une trace de main réalisée au pochoir, extrêmement discrète et partiellement recouvertes par des motifs plus récents, a été mise en évidence par une observation minutieuse de murs de la grotte.

Impossible, toutefois, de la dater directement. Pour estimer son âge, les chercheurs ont donc réalisé des prélèvements de calcite, un dépôt minéral qui se forme au fil du temps sur les parois des grottes par écoulement de l'eau. La couche de calcite déposée directement au-dessus des pigments a ainsi permis d'obtenir un âge minimum de 67 800 ans. Ce résultat a été publié dans la revue Nature.

Une main négative datant de 67 800 ans a été découverte dans une grotte de l'île de Sulawesi en Indonésie (datation LMET2). © Oktaviana et al. 2026, Nature

Cette main négative aurait donc au moins 16 000 ans de plus que les précédentes œuvres préhistoriques découvertes sur l'île, et 30 000 ans de plus que les représentations de la grotte Chauvet ! Cela en fait donc le plus vieil exemple d'art rupestre au monde.

Une main avec des doigts volontairement modifiés

Mais faut-il mettre cette main au pochoir sur le même plan que les formidables fresques animales réalisées dans la grotte française ? Habituellement, ce type de représentation, bien qu'il s'agisse d'art pariétal, est en effet considéré comme non figuratif. Il faut rappeler que l'art figuratif cherche à représenter le monde visible, celui dans lequel les Hommes de la Préhistoire ont évolué, pour raconter une histoire, faire passer un message, à travers une mise en scène plus ou moins réaliste.

La scène de chasse avec le cochon de Leang Karampuang est ainsi clairement de l'art figuratif, tout comme les peintures de la grotte Chauvet. Les mains au pochoir ne représentent pas un sujet extérieur et ne présentent aucune mise en scène, ne cherchant à raconter aucune action. Elles sont donc plutôt associées à de l'art symbolique, mais non figuratif.

Pourtant, la main de Liang Metanduno pose certaines questions dans ce contexte. Car il ne s'agit pas, en réalité, d'un simple pochoir. Les bouts des doigts ont été minutieusement retravaillés pour apparaitre plus pointus. Un style déjà observé sur des mains au pochoir réalisées dans les grottes de Sulawesi, mais à des dates plus récentes.

Mains négatives dont les doigts ont été modifiés pour avoir une forme plus pointue, comme des griffes. Grotte Leang Jarie, Maros, Sulawesi. © Adhi Agus Oktaviana

Les artistes ont donc pris soin d'altérer la forme de la main humaine, une coutume qui aurait perduré plusieurs milliers d'années. Mais dans quel but ? Est-ce pour donner l'impression de griffes animales ? Personne ne saura certainement jamais répondre à cette question. Mais cette modification volontaire de la figure humaine indique clairement la nature symbolique de l'œuvre, soulignant peut-être les relations étroites entre ces sociétés primitives et les animaux.

Sur la route migratoire de l’Australie

Au-delà de son impact sur l'histoire de l'art humain, cette découverte suggère une présence humaine de très longue date dans cette région du monde et appuie l'idée de l'existence d'une route migratoire passant par Borneo et Sulawesi pour atteindre l'Australie et la Nouvelle-Guinée entre 65 000 et 60 000 ans.

Carte présentant la région indonésienne (les points rouges indiquent les sites où des peintures rupestres du Pleistocène ont été découvertes). Les flèches rouges et la flèche bleue indiquent les deux routes migratoires identifiées dans d'autres études pour le peuplement de l'Australie et de la Nouvelle-Guinée. © Oktaviana et al. 2026, Nature

Pour les chercheurs, les artistes ayant laissé ces traces de mains dans les grottes de Sulawesi faisaient donc certainement partie de la population qui s'est plus tard aventurée sur la mer pour atteindre ces nouveaux territoires et former le peuple ancestral des Indigènes australiens.

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