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Une (courte) trêve en pleine guerre mondiale

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Si on vous dit « histoires de Noël », vous penserez sûrement à des contes enfantins et à des légendes. Mais plusieurs événements historiques se sont aussi déroulés autour d’un 25 décembre. Dans ce texte : la trêve de Noël sur le front de la guerre de 1914-1918.

Trinquer entre soldats britanniques, français, belges et allemands, sur le front ouest de la guerre de 1914-1918, était pour le moins improbable. C’est pourtant bel et bien arrivé, le jour de Noël 1914.

Le 25 décembre 1914 : François Guilhem, Toulousain de 28 ans, enrôlé dans le 296e régiment d’infanterie, écrit à sa femme, Augustine. Durant la nuit de Noël, il a entendu dans les tranchées, d’abord les Allemands, ensuite les Français, chanter des cantiques dans leur camp respectif, puis se répondre mutuellement.

« Chère Augustine, écrit-il. Je me rappellerai longtemps cette nuit de Noël : par un clair de lune comme en plein jour, une gelée à pierre fendre, nous sommes allés vers les dix heures du soir porter des poutres dans les tranchées ; quel n’a pas été notre étonnement d’entendre les Boches chanter des cantiques dans leurs tranchées ; les Français dans les leurs, puis les Boches ont chanté leur hymne national et ont poussé des hourras ; les Français ont répondu par le Chant du départ ; tous ces chants poussés par des milliers d’hommes en pleine campagne avaient quelque chose de féerique. »

Malgré ces élans d’humanité partagée, cette « pause dans une guerre sans fin », d’un côté et de l’autre du front, l’armistice était encore loin. « Quant à la paix, je crois que si aucune puissance neutre ne s’en mêle, nous y sommes pour longtemps, car, de la manière que nous faisons la guerre, il est presque impossible d’avancer, tant aux Boches qu’à nous », écrit-il encore. Il ne croyait pas si bien dire : la guerre a duré cinq ans de plus.

Cent ans plus tard, en 2015, un monument à la mémoire des fraternisations de Noël a finalement été érigé, à Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais. Le site fait désormais partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette année-là, on y célébrait les 20 ans de la production du film Joyeux Noël, de Christian Carion, qui racontait cette nuit de Noël où se sont rapprochés les belligérants dans les tranchées.

Tout révolutionnaire qu’il soit, ce réchauffement entre des soldats luttant les contre les autres au beau milieu d’une guerre demeure un chant bien marginal dans le tumulte de la guerre.

« Durant le premier Noël de la Première Guerre mondiale, en 1914, à peu près les deux tiers des zones de front, entre les Britanniques et les Allemands, ont connu de petits épisodes de fraternisation. Mais ce sont des épisodes très courts, et très mineurs », raconte au Devoir l’historien Carl Bouchard.

Tabous et censurés

Et ces épisodes, même s’ils ont été largement médiatisés 90 ans plus tard à travers le film de Christian Carion, étaient complètement tabous au sein de l’armée.

« Les autorités tiennent vraiment à ce que ça reste secret, poursuit Carl Bouchard. On est au début de la guerre, et on est vraiment dans un contexte de grande mobilisation. Il ne faut surtout pas que les gens à l’arrière apprennent que les soldats fraternisent. Il y a un élément de rapport avec l’opinion publique, donc il ne faut surtout pas que ce soit diffusé. Et d’autre part, les autorités militaires sont affolées à l’idée qu’il puisse y avoir une contamination de la fraternisation, parce qu’on ne peut pas se battre contre un ennemi quand on le considère comme humain. »

Pourtant, même lorsque la guerre fait rage sur le front, il y a des périodes de trêves informelles entre les camps ennemis dans le no man’s land entre les tranchées. « Par exemple, après une bataille, les soldats vont pouvoir sortir pour aller chercher les blessés et les morts, et ramener leurs membres sans se faire tirer dessus », poursuit M. Bouchard.

L’historien Andrew Barros parle lui aussi de la trêve comme d’un événement extrêmement marginal au cours d’une guerre longue et sanglante. « Il y avait un mini-esprit de Noël, si j’ose dire, parce que les soldats commencent à recevoir des colis. Ça aussi, ça a peut-être joué un rôle. Dans différents secteurs du front, il y a ces événements au courant de Noël qui ont eu lieu. C’est plutôt l’exception qui confirme la règle. »

Il rappelle que le pape Benoît XV avait, à l’époque, lancé un appel à la trêve pour Noël. Ceci étant dit, il y a aussi, dans les guerres classiques, en principe, un code d’honneur à respecter « Il n’y a pas un ennemi qui va attaquer le jour d’une fête religieuse. On n’attaque jamais [à ces moments-là], c’est comme une espèce de code. On ne le fait pas, c’est normal », dit Carl Bouchard.

Cela dit, de là à aller trinquer avec l’ennemi, il y a une marge. L’épisode de 1914 est d’ailleurs resté longtemps tabou, jusqu’à ce qu’il émerge au grand jour dans les années 2000.   

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