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Se disant « instrumentalisée » par un chroniqueur de Radio-Canada, une experte de la famille qui désire se présenter pour le Parti québécois (PQ) aux prochaines élections défend les positions de sa formation politique en matière familiale.
Candidate à l’investiture pour le PQ dans la nouvelle circonscription de Bellefeuille, Audrey Bujold a eu une introduction expresse à la vie politique ces derniers jours.
Le 22 avril, son parti annonçait qu’elle tenterait sa chance dans la course à l’investiture. Le 25 avril, une chronique radiophonique à son sujet poussait son chef, Paul St-Pierre Plamondon, à prendre le clavier pour se porter à sa défense, mais aussi pour dénoncer « la dévalorisation de la famille par des idéologies radicales ».
Toute cette saga prend source dans une chronique du professeur de philosophie Xavier Brouillette à l’émission radio-canadienne Tout peut arriver, samedi. Citant Audrey Bujold, qui avait affirmé la semaine dernière vouloir « donner aux femmes des conditions gagnantes dans lesquelles elles vont avoir envie de vivre la maternité », ce dernier y a déploré le retour dans l’espace public québécois du « discours nataliste ».
« Les politiques natalistes de Paul St-Pierre Plamondon, peu importe la justification […], c’est quand même une manière d’instrumentaliser le corps des femmes », a-t-il soutenu sur les ondes de la radio publique.
« Dévalorisation de la famille »
Relayés sur les réseaux sociaux, ces propos, que le professeur Brouillette appuie notamment sur les écrits de l’essayiste Dalie Giroux et des philosophes Silvia Federici et Nancy Fraser, ont fait grand bruit. Sur Facebook, le chef du Parti québécois a dénoncé le discours des « idéologues marxistes […] qui ont envahi les ondes de Radio-Canada », précisant que M. Brouillette a « dit lui-même qu’il s’agit d’une analyse marxiste ».
« Le fait de présenter comme candidate une doctorante en sciences de la famille et de se pencher sur les raisons pour lesquelles des familles désireuses d’avoir des enfants ne peuvent pas en avoir est loin d’être illégitime ou obscurantiste », a-t-il écrit.
« Parmi ces raisons, il y a fort probablement la crise du logement, le coût de la vie, le temps qui semble toujours manquer dans notre époque, la perte de confiance envers l’avenir ou la pression d’être des parents parfaits, mais il y a également la dévalorisation de la famille par des idéologies radicales, […] qui font la promotion de la déconstruction de notre société », a-t-il renchéri.
Le Devoir a demandé une entrevue au chef péquiste pour mieux comprendre ce à quoi il faisait allusion dans sa publication. Sans succès.
Xavier Brouillette n’a pas non plus voulu en ajouter.
Lettre ouverte
Or, dans une lettre ouverte publiée sur nos plateformes, la candidate Audrey Bujold a tenu à se dissocier des allusions à l’« instrumentalisation du corps de la femme » faites par le professeur en philosophie dans sa chronique.
« Il est nécessaire de dépasser les oppositions simplificatrices dans le discours sur la natalité pour reconnaître une réalité simple : de nombreux projets parentaux sont aujourd’hui entravés par des contraintes contemporaines », a écrit la détentrice d’un doctorat interdisciplinaire en sciences de la famille.
En entrevue mercredi, Mme Bujold s’est dite « surprise » que sa candidature soit le point de départ du propos du professeur Brouillette dans sa chronique. « J’ai un peu l’impression qu’on a instrumentalisé ma candidature pour avancer un narratif, finalement, qui ne colle pas du tout à ce que le Parti québécois propose », a-t-elle dit.
Selon la chargée de cours de 31 ans, « il existe une différence fondamentale entre penser des politiques dites natalistes et penser des politiques “pro-familles” ».
Ce sont ces mesures « pro-familles » qu’elle souhaite d’abord et avant tout défendre comme candidate péquiste, même si ces dernières peuvent « tout à fait inclure des mesures susceptibles de favoriser la natalité ».
« Une politique “pro-familles” agit […] en amont et en continu. Elle crée un environnement dans lequel il devient possible et viable d’avoir des enfants, si on le souhaite », a écrit Audrey Bujold dans sa lettre, citant la nécessité de « mieux financer le filet communautaire dédié aux familles », de « réinvestir les surplus du régime québécois d’assurance parentale » ou encore de « reconnaître le rôle essentiel des grands-parents ».
« Il n’y a rien d’antiféministe dans le désir de mieux soutenir les familles et les femmes dans leur désir de faire famille », a-t-elle ajouté en entrevue.
Partage-t-elle l’avis de son chef selon lequel il existe une « dévalorisation de la famille par des idéologies radicales » au Québec ? « Je ne parlerai pas en son nom. Après, je pense que le modèle québécois met de l’avant des manières de fonder une famille. […] Puis, je pense qu’on est dus pour pouvoir discuter de ces questions-là sans tomber dans un clivage idéologique. »


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