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Depuis fin janvier, l’influenceur alsacien faisait croire à ses onze millions d’abonnés que son carlin avait été enlevé, provoquant un élan de solidarité en ligne. Pendant dix jours, il a feuilletonné cette histoire avant de révéler ce mardi qu’elle avait été montée de toutes pièces.
Son histoire avait ému des millions d’internautes. Le 30 janvier dernier, l’influenceur Cyril Schreiner avait annoncé dans une vidéo postée sur ses réseaux sociaux le kidnapping de son chien, un carlin prénommé Albert. Les yeux rougis par les larmes, le jeune homme originaire d’Alsace et suivi par 11,4 millions de personnes (toutes plateformes confondues) expliquait face à la caméra que deux hommes s’étaient emparés de son animal de compagnie durant sa promenade quotidienne. Pendant dix jours, l’influenceur a feuilletonné cette affaire. Il tenait informés ses abonnés visiblement très attristés par la disparition d’Albert de l’avancée de l’enquête et a filmé ses retrouvailles avec son chien il y a cinq jours. Sauf que ce mardi 10 février, Cyril Schreiner a reconnu avoir monté de toutes pièces la disparition d’Albert. «C’était une très mauvaise blague», a-t-il concédé. Et de se justifier : «Je voulais vous faire du contenu, du divertissement, je l’ai fait de la pire des manières, je suis un gros co****d, j’ai foutu la merde.»
Cette annonce a choqué ses millions d’abonnés qui n’ont pas manqué de manifester leur colère dans les commentaires de la vidéo. L’affaire a également attiré l’attention de l’ONG YouCare, spécialisée dans la protection de la vie animale et de la biodiversité, qui a révélé ce mardi à travers un communiqué de presse déposer une plainte contre l’influenceur. «Nous ne pouvons pas accepter que la souffrance animale , même simulée, devienne un levier marketing pour gonfler des statistiques publicitaires», dénonce Thomas Moreau, président de YouCare. L’association déclare avoir mandaté ses avocats pour saisir le procureur de la République. Leur objectif : «Faire condamner cette pratique commerciale trompeuse et mettre un terme au détournement lucratif de la cause animale.»
De premiers soupçons
Tout a commencé lorsque Cyril Schreiner a raconté en détail la disparition de son chien à sa communauté virtuelle. Dans la soirée du 30 janvier, «deux personnes se promenaient autour de ma maison» et sont parvenues à kidnapper Albert, explique-t-il, vidéos de surveillance à l’appui. Face à la caméra, il affirme que la police est déjà intervenue et a saisi les images. À la fin de sa vidéo visionnée par 5,8 millions de personnes, l’influenceur demande de l’aide à ses abonnés pour retrouver les ravisseurs. «Je sens que ce sont des gens qui me suivent sur les réseaux qui ont fait ça», se persuade-t-il. Deux jours plus tard, Cyril Schreiner publie une nouvelle vidéo dans laquelle il remercie sa communauté pour son soutien et maintient qu’une enquête est «en cours». Le créateur de contenus déplore, par la même occasion, un emballement médiatique. «Je me fais harceler par des journalistes, de la radio, de la télé, mais moi je veux juste retrouver Albert», s’attriste-t-il.
Le 4 février, les premiers soupçons quant à la véracité de son histoire émergent. Certains internautes l’accusent d’avoir inventé ce scénario et révèlent que Cyril Schreiner n’a jamais porté plainte, document confidentiel à l’appui. Les «stories» postées sur Snapchat où il se met en scène en train de témoigner auprès des forces de l’ordre interrogent également en ligne. Mais l’influenceur réfute toutes les accusations. «Si je n’ai pas porté plainte c’est parce que c’est mon copain qui l’a fait», se justifie-t-il. «Vous pensez que j’ai tout orchestré pour de l’argent (...) mais je faisais déjà des millions de vues. À cause de cette histoire j’ai perdu des partenariats avec des marques», se défend-il encore.
Le lendemain, il annonce avoir retrouvé Albert via une photo publiée sur son compte Instagram, qui cumule à ce jour 133.000 likes. Sur Snapchat, il se filme débarquant dans la maison du ravisseur et réclamant la libération d’Albert. S’enchaînent alors des vidéos plus lunaires les unes que les autres - et mal jouées - dans lesquelles Cyril Schreiner demande à l’homme au visage toujours dissimulé pourquoi il s’en est pris à son chien. «T’étais pas très loin de chez moi», lui répond-il. Ce dernier lui propose même de l’héberger une nuit, en guise de dédommagement pour le déplacement. Une proposition qu’accepte Cyril Schreiner, après avoir consulté ses abonnés en stories Snapchat.
«Je m’ennuyais dans ma routine»
Si certains internautes ont cru du début à la fin à cette histoire clownesque, quelques-uns ont continué de manifester leurs doutes, relevant de nombreuses incohérences dans le récit. Contraint par l’ampleur médiatique, Cyril Schreiner a fini par avouer toute la supercherie ce mardi 10 février. Et ses explications sont déroutantes. «Cela fait dix ans que je suis créateur de contenu et cette dernière année a été difficile (...) Je prenais moins de plaisir dans ce que je faisais (...) Je m’ennuyais dans ma routine (...) Tout ce que je faisais fonctionnait mais ça ne me stimulait pas», retrace-t-il.
Je voulais vous faire du contenu, du divertissement mais je l’ai fait de la pire des manières
Cyril SchreinerAlors pour rebondir, il a eu l’idée de raconter «des histoires passionnantes, comme au début». «Je voulais vous faire du contenu, du divertissement mais je l’ai fait de la pire des manières. Je dois assumer publiquement. Je ne pensais pas que vous seriez émotionnellement impliqué dans l’histoire, je le regrette. Je voulais vous créer de la joie et de la bonne humeur», assure-t-il. Et d’insister: «J’ai fauté, c’est allé beaucoup trop loin.»
Cyril Schreiner jure qu’il n’a jamais cherché «à faire le buzz ou à gagner des abonnés». Et il se défend d’avoir voulu tromper ses abonnés. L’influenceur alsacien affirme avoir laissé des indices dans ses vidéos, sous-entendu : les abonnés qui le connaissent bien auraient dû comprendre qu’il ne s’agissait que d’une pièce montée.
Course aux vues
Selon lui, cette affaire lui a «beaucoup coûté» à tous les niveaux. D’abord professionnellement : «J’ai perdu des partenariats.» Puis financièrement : «J’ai engagé des personnes (des figurants) et loué une énorme maison qui m’a coûté une fortune», pour que les internautes croient au scénario. Et enfin personnellement : il met sur le dos de cette affaire sa séparation avec son compagnon de longue date. Cyril Schreiner va jusqu’à déplorer les conditions de travail des influenceurs comme lui : «Contrairement à ce qu’on peut croire, on n’est pas entouré pour faire nos vidéos. On est tous seuls.»
Pour ceux qui le suivaient jusqu’alors, c’en est trop. Beaucoup se disent déçus et en colère dans les commentaires et déclarent se désabonner de son compte. Au-delà des potentielles poursuites judiciaires que pourrait encourir Cyril Schreiner, cette affaire montre surtout que pour réussir, les influenceurs sont prêts à tromper leurs abonnés en créant du contenu toujours plus loufoque ou «trash» pour se démarquer dans un marché extrêmement concurrentiel. Mais cela témoigne aussi d’une forte demande de divertissement de la part des internautes sur ces plateformes. Ce qui alimente inévitablement la course aux vues des créateurs de contenus. Depuis ses révélations, Cyril Schreiner n’a pas supprimé ses vidéos mais a modifié leurs légendes, ne laissant que le hashtag «#scénarisé».


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