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Face à la menace grandissante des faussaires et de l'intelligence artificielle, l’artiste peintre de Stoneham Caroline Bergeron, alias Aro, a décidé de contre-attaquer. Avec sa nouvelle exposition, elle intègre un passeport numérique à ses œuvres pour en garantir l'authenticité.
Caroline Bergeron devient ainsi la première artiste canadienne à s’associer à Numeraire Future Trends, une firme internationale spécialisée dans la traçabilité et la protection des œuvres grâce à la chaîne de blocs (blockchain).
Ce qui veut dire que chacune de ses œuvres est désormais liée à une identité numérique unique.
On vient créer une empreinte digitale de l’œuvre, des points précis qui sont impossibles à reproduire, explique l’artiste.
Jusqu’à une quinzaine de points distincts peuvent être numérisés sur une même toile et ensuite enregistrés dans un système sécurisé. Choisis de façon confidentielle par l'artiste, ces points de contrôle sont répartis autant sur le devant que sur l'arrière de la toile.
Chacun d'eux est photographié, filmé et cartographié avec une précision millimétrée à partir des bords du tableau. Toute cette information est ensuite scellée de façon inaltérable dans la technologie de la chaîne de blocs.

Un code QR donne accès au passeport numérique complet de l'œuvre avec, entre autres, les dimensions et le contexte dans lequel l'œuvre a été créée.
Photo : Radio-Canada / Nicolas Perron
Poussant la sécurité encore plus loin, même le certificat d'authenticité physique de l'œuvre, imprimé sur un papier texturé spécifique, est numérisé pour être lié à ce passeport infalsifiable.
Une réponse directe aux transformations du marché
Avec l’essor de l’intelligence artificielle, la reproduction d’œuvres atteint un haut niveau de précision. À cela s’ajoute un autre problème : la falsification des certificats eux-mêmes.
C’est épeurant, souligne Aylin Seçkin Georges, économiste de l’art et ambassadrice de Numeraire Future Trends. On a besoin de nouvelles technologies pour protéger les œuvres et les collectionneurs.

Économiste spécialisée dans le marché de l'art et professeure invitée à l'Université d'Ottawa, Aylin Seçkin Georges agit à titre d'ambassadrice pour Numeraire Future Trends, l'entreprise derrière cette technologie d'authentification.
Photo : Radio-Canada / Alicia Rochevrier
Pour le moment, seulement une vingtaine d’artistes utilisent la technologie chez Numeraire Future Trends, mais elle pourrait toutefois gagner du terrain dans un marché de plus en plus exposé aux fraudes.
Ça renforce la confiance, surtout sur le marché secondaire, ajoute-t-elle, en faisant référence aux reventes d’œuvres entre collectionneurs.
Pour Aro, cette avancée s’inscrit dans une vision à long terme.
Je veux m’assurer que ce que je crée reste unique et qu’on en reconnaisse la valeur dans le temps.
Cette identité virtuelle révèle non seulement les preuves de l'authenticité de l'œuvre, mais détaille également l'histoire, les expositions passées et la démarche créative de l'artiste.
Comme le souligne l'économiste Aylin Seçkin Georges, cette technologie de pointe s'étend d'ailleurs bien au-delà de la peinture traditionnelle. Le passeport numérique peut être intégré à n'importe quel objet de valeur pour en assurer la traçabilité, allant des sculptures et des céramiques jusqu'aux pièces de collection, comme les bijoux, les voitures ou les cartes sportives.

Éléments centraux de cette série, des partitions de chansons (comme « Imagine » de John Lennon) sont collées directement sur le canevas.
Photo : Radio-Canada / Alicia Rochevrier
Le prix de l'authenticité
Cette innovation technologique a toutefois un coût. Chaque passeport numérique représente un investissement de plusieurs centaines de dollars par œuvre, en plus du temps nécessaire à sa numérisation, qui peut dépasser une heure par toile. Le modèle reste donc peu accessible pour les artistes émergents. Mais pour Aro, l’enjeu dépasse la rentabilité immédiate.
Mon objectif, c’est de montrer le chemin [...]. Je pense que d'offrir ce genre de sécurité-là aux collectionneurs, ça démontre le sérieux de ma carrière.
Une nouvelle série de toiles
Ce virage technologique coïncide avec le lancement de sa nouvelle série, Inspire, présentée à sa galerie de Stoneham. Une collection où Aro explore de nouveaux matériaux, intégrant notamment des feuilles d’or, de cuivre et des partitions de chansons qui l’ont marquée. Chaque œuvre porte une histoire, inscrite au dos.

L'exposition « Inspire » est ouverte gratuitement au public au 2682, boulevard Talbot à Stoneham, dès vendredi et jusqu'à lundi inclusivement.
Photo : Radio-Canada / Alicia Rochevrier
Pour l’artiste, ce vernissage devient ainsi doublement significatif : à la fois une nouvelle proposition artistique et une vitrine pour cette technologie émergente, qui accompagne désormais chacune de ses créations.


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