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Une altercation entre une femme et la maîtresse supposée de son mari dégénère en bagarre générale dans le quartier turc de Saint-Josse

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Quelle pagaille ce soir-là dans le quartier turc de Saint-Josse ! Une patrouille appelée pour une bagarre en rue a été prise au piège dans un pugilat généralisé. La policière et son collègue, armés de leurs matraques télescopiques et de leur spray au poivre, ont tenté d'intervenir pour séparer deux femmes prêtes à s'arracher les cheveux. Ils ont été violemment bousculés par la foule au point de se retrouver au sol.

À la suite de cet incident, trois hommes – un père et ses deux fils – doivent répondre de rébellion et de coups et blessures à agents devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. On leur reproche de s'être interposés "de façon nerveuse" pendant l'intervention policière.

Ni Aslan*, le père, ni Selim*, l'aîné, ni Mehmet*, le cadet, ne sont connus de la justice. Les deux fils travaillent dans la supérette gérée par le père. La famille est installée depuis 26 ans dans la plus petite commune bruxelloise, traduit l'interprète turc d'Aslan. "Il serait temps d'apprendre le français. Quand on a la volonté de s'intégrer dans un pays, on apprend au moins une des langues nationales. Ici, il y en a trois, vous avez le choix", assène la présidente.

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Ils ont l'air franchement penauds

"J'habite Saint-Josse. Il y a beaucoup de Turcs", baragouine l'homme. Il ajoute immédiatement, contrit : "Je souhaite m'excuser d'être ici devant vous." Il a l'air franchement penaud. Idem pour ses deux grands garçons. Eux s'expriment correctement en français alors qu'ils ont suivi toute leur scolarité dans une école flamande de Bruxelles, comme leurs trois petites sœurs.

"Je me sens mal. Je voulais juste aider ma sœur", avance Selim. La présidente le coupe immédiatement : "Vous n'avez pas à vous interposer et à empêcher les policiers de faire leur travail. L'histoire est aussi simple que ça".

Selim essaie de se justifier : "Ma petite sœur était dans l'embrouille. Elle venait de se faire opérer du nez. Et je la vois par terre avec un policier qui a son genou sur sa figure. Je l'ai tirée. J'ai voulu protéger ma famille. Si j'ai fait du mal aux agents, je m'excuse."

Les pandores malmenés ne se sont pas constitués parties civiles. "N'hésitez pas à leur écrire une lettre", lance la magistrate. "C'est une très bonne idée !" approuve l'avocate des prévenus.

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"Une rébellion, ce n'est pas rien"

"Nous n'avons aucun problème avec les policiers. Nous n'avons pas levé la main sur eux. Il y a des caméras sur la façade du commerce : vous pouvez vérifier", exhorte Aslan. "Il y a eu une altercation, mais on n'a pas frappé les agents. Si je l'avais fait, je le dirais."

Mais pour le parquet, les préventions sont établies : la bousculade dans laquelle ont été pris les deux agents s'assimile à des coups. "C'est compliqué pour des policiers d'intervenir dans certains quartiers plus sensibles. Une rébellion, ce n'est pas rien et cela porte atteinte à l'ordre public", lance sévèrement le substitut du procureur du Roi.

Il réclame 12 mois d'emprisonnement pour chacun des prévenus, sans s'opposer à un sursis. "Je trouve cette peine disproportionnée !" s'exclame l'avocate de la famille turque. "Il faut remettre l'incident dans le juste contexte. Il ne s'agit pas ici d'une réaction contre une intervention des forces de l'ordre".

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Il faut l'épisode précédent pour comprendre

Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut raconter l'épisode qui précède, explique la défense. Avant la bagarre générale, il y a eu une altercation, devant le commerce, entre la femme d'Aslan et une autre femme, dont elle pense qu'elle a une relation avec son mari. La maîtresse supposée serait venue défier l'épouse officielle devant chez elle. Ce dossier fait l'objet d'une instruction séparée.

La famille s'est échauffée. Les trois sœurs sont venues défendre leur mère. Lors de cet incident, il n'y a pas de policier présent, précise la défense. Le quartier s'en est ensuite mêlé. L'attroupement a grossi de minute en minute. Quelqu'un a appelé la police.

En raison du grabuge, les deux frères sont tirés de leur sommeil. Ils sortent à leur tour et voient leur petite sœur, "toute fluette", immobilisée par un policier, continue l'avocate. "Ils n'ont pas la genèse de l'événement. Ils réagissent à chaud, parce qu'ils pensent qu'elle est en danger : c'est un réflexe un peu reptilien."

En intervenant, ils agrippent un policier, ce qui est constitutif de l'infraction, convient la défense. Mais l'état d'esprit des prévenus n'est pas celui décrit par le parquet, insiste-t-elle. Cette famille tranquille, qui n'a jamais posé le moindre souci, s'est retrouvée plongée dans un mauvais feuilleton de téléréalité.

La défense plaide une suspension simple du prononcé pour Aslan et ses deux fils.

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