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Un troisième tracé étudié pour livrer du GNL à Baie-Comeau

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Un document obtenu par Radio-Canada ouvre une rare fenêtre sur le projet de gaz naturel liquéfié (GNL) de Kino Aski, l’entreprise atikamekw qui a pris le relais de Marinvest il y a deux semaines. La présentation produite par la compagnie elle-même date de quelques mois et montre comment le projet a évolué depuis.

En comparant le document intitulé Initiative de la Nation Atikamekw pour le projet Kino Aski LNG aux dernières annonces concernant le projet, on constate que ce dernier a augmenté de 50 %. En effet, si le document évoque une production de 10 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an, le nouveau site web de l’entreprise en promet 15 millions.

Cette production serait transportée vers le port de Baie-Comeau dans de nouveaux gazoducs sur 1000 kilomètres à partir des réseaux de pipelines existants. Le tout au coût estimé de 30 milliards de dollars.

Kino Aski n’a pas souhaité accorder d’entrevue dans le cadre de ce reportage.

Dans la présentation, un tracé pour le gazoduc liant les pipelines de gaz canadien au port de Baie-Comeau est proposé par la Nation atikamekw. Celui-ci, situé entre les deux voies connues jusqu’à présent, passerait dans son territoire traditionnel, le Nitaskinan. 

Un carte montrant plusieurs tracés envisagés pour un pipeline de gaz naturel vers Baie-comeau.

Le tracé proposé par la Nation atikamekw est celui du centre, alors que le territoire traditionnel des Atikamekw est colorié en jaune.

Photo : Kino Aski

Le Conseil de la Nation atikamekw est publiquement impliqué dans ce projet de GNLdepuis la mi-août seulement. C’est à ce moment-là qu’un partenariat avec Marinvest a été annoncé.

L’entente entre Marinvest et Kino Aski prévoit une participation majoritaire des communautés autochtones en général, et non seulement la Nation atikamekw. Pour le moment toutefois, aucune autre nation n’a encore pris position publiquement vis-à-vis du projet.

On veut écouter le promoteur par rapport à ce projet-là avant de dire si on est pour ou contre, explique le chef d’Essipit, Martin Dufour. On va réagir au moment opportun.

La communauté innue de Pessamit et sa nouvelle cheffe Marielle Vachon n’ont  pas voulu se prononcer pour l’instant. L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador non plus.

Dans un plan d’action détaillé dans le document de présentation, Kino Aski prévoyait toutefois réunir l’appui d’un maximum de communautés vers la mi-juin, et une revue du tracé du pipeline pour la mi-septembre.

Le grand chef et président de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, a pris la parole lors de la cérémonie commémorant le décès de Joyce Echaquan, survenu un an plus tôt.

Le grand chef et président de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, est le président du conseil d'administration de Kino Aski. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Autre élément inédit issu du plan d’action : le lancement du processus d’autorisation environnementale à la mi-octobre. Impossible de savoir toutefois si ce calendrier est en voie ou non d’être respecté.

Questionnée par rapport à certains éléments contenus dans cette présentation, la firme de communications National a répondu que Kino Aski n’avait pas de nouveaux éléments à communiquer à cette étape du développement du projet.

Nouveau modèle, arguments connus

Pour Éric Pineault, professeur au Département de sociologie à l'Institut des sciences de l’environnement de l'UQAM, la structure financière de Kino Aski est l’un des éléments qui ressort du projet.

À la lecture du document de présentation, il lui apparaît que Kino Aski serait propriétaire de toute la chaîne de transport, y compris des usines de transformation. Selon lui, c’est une implication beaucoup plus importante que d'autres modèles de l’Ouest canadien.

Les gains économiques potentiels pour les communautés autochtones sont une autre composante qui distingue Kino Aski de l’ancien projet de GNL Québec rejeté par Québec et Ottawa en 2021 et 2022.

Ce modèle de propriété procure aux Premières Nations situées en régions éloignées des sources de revenus autonomes qu'elles peuvent investir dans le logement, l’éducation et la préservation de leur culture, est-il écrit dans le document de présentation.

Un homme s'adresse aux journalistes.

Éric Pineault, professeur au département de sociologie et à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, a signé une lettre ouverte contre le projet de Kino Aski. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Par contre, M. Pineault remarque aussi des arguments déjà abattus lors du débat entourant GNL Québec, il y a des années de cela. Le GNL est un carburant de transition réduisant les émissions par rapport au charbon et au pétrole dans les secteurs difficiles à décarboner en Europe, est-il écrit dans la présentation de Kino Aski.

Or, cette éventualité est improbable, affirme le chercheur, qui estime que le gaz naturel viendra plutôt s’ajouter à la consommation d’énergie déjà existante. L’appétit européen pour le GNL est d’ailleurs appelé à baisser dans les prochaines années, selon lui. C’est un argument très faible, dit-il en résumant son point de vue.

De son côté, Kino Aski maintient sur son site web que le GNL de Kino Aski offre une voie d’approvisionnement nord-américaine sûre, rapide et fiable, renforçant ainsi la résilience énergétique européenne.

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