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Des passagers de la compagnie d'autocars La Québécoise, qui assure la liaison interurbaine entre Sherbrooke et Québec, ont effectué la semaine dernière une portion du trajet en autobus scolaire.
Sans être outrée par la situation, la Sherbrookoise Marie-Claude Paradis-Vigneault déplore cependant la détérioration du service entre la ville-centre de l'Estrie et la Capitale-Nationale.
J'ai eu l'impression de faire un retour dans les années 1990 quand j'allais à l'école secondaire. Je ne suis pas si grande que ça, mais j'avais les genoux collés dans le banc de devant. J'avais beaucoup d'empathie pour le monsieur en face de moi qui faisait six pieds et qui avait la moitié de la jambe dans le couloir, évoque Mme Paradis-Vigneault.
Autobus La Québécoise explique que la situation survenue, jeudi dernier, a été causée par un bris mécanique et que cette option d'utiliser un autobus scolaire, pour la dernière portion du trajet, a été prise afin d'assurer un service aux passagers dans un temps raisonnable.

Le trajet s'est terminé en autobus scolaire.
Photo : Gracieuseté Marie-Claude Paradis-Vigneault
Des services inégaux
Marie-Claude Paradis-Vigneault déplore que les services de transport en commun interrégionaux soient inégaux.
Plus de service, ça veut pas dire un plus gros autobus. Ça veut dire par exemple, des tablettes pour déposer mon portable pour être capable de travailler pendant que je fais la route et des prises électriques pour brancher mon ordinateur, ce qui est le cas dans la compagnie qui fait la liaison entre Sherbrooke et Montréal entre autres, explique-t-elle.
Utilisatrice régulière de la liaison interurbaine entre Sherbrooke et Québec, la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, n'hésite pas à dénoncer la qualité du service.
Le service est médiocre entre Sherbrooke et Québec. Depuis huit ans, la qualité du service a diminué, le temps de déplacement est plus long et le prix a aussi augmenté.
La liste de ses récriminations concernant ce service d'autobus interurbain est longue. Sans avoir subi une fin de trajet en autobus scolaire, elle a dû cependant réaliser le tronçon entre Plessisville et Québec en taxi.
Une autre passagère et moi avons partagé le coût d'un trajet. Je n'avais pas le choix de me rendre à Québec pour siéger à l'Assemblée nationale. Les autres passagers sont retournés à Sherbrooke, indique Christine Labrie.
Le véhicule utilisé entre Sherbrooke et Québec est maintenant un minibus. Le trajet qui assure le service dans plusieurs municipalités de l'Estrie et du Centre-du-Québec dure près de quatre heures. Sans compter que l'arrivée à Québec se fait maintenant dans un stationnement à proximité de la gare à Sainte-Foy et dans celui d'une station-service de la rue Saint-Paul à Québec.
Il n'y a pas d'endroit pour attendre au chaud ou avoir accès rapidement à un taxi une fois arrivé à destination. Ça ne fait aucun sens, soutient Mme Labrie.
Dans un communiqué, Autobus La Québécoise explique que cette décision a été prise dans un contexte indépendant de sa volonté.
Un différend est survenu avec les gestionnaires de certaines gares, qui sont sous le contrôle d’un compétiteur détenant les droits exclusifs sur les lignes les plus rentables du Québec. Cette situation a limité notre accès aux installations précédemment utilisées, nous obligeant à relocaliser temporairement nos opérations afin d’assurer la continuité du service pour nos passagers.

La compagnie d'autobus La Québécoise offre des trajets vers Québec à partir de Sherbrooke.
Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger
Des solutions ?
Selon la députée de Sherbrooke, la solution passe par la mise en place d'un organisme sans but lucratif pour gérer les trajets moins rentables entre des villes comme Sherbrooke et Québec.
J'ai peu d'espoir envers cette compagnie pour une amélioration des services. De telles liaisons qui ne semblent pas rentables devraient être offertes par des organismes à but non lucratif pour qu'on puisse réussir à avoir un service et une fréquence d'une bonne qualité, explique Mme Labrie.
Elle affirme n'avoir aucune écoute de la part du ministre des Transports et de la Mobilité durable du Québec, Jonatan Julien de la Coalition Avenir Québec.
Le transport interurbain passe complètement sous le radar. Ce gouvernement n'a aucun intérêt pour le transport en commun. Pour certaines personnes, le transport en commun demeure la seule option de se déplacer, rappelle Christine Labrie.

Christine Labrie est la députée de Sherbrooke. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Le directeur général des Autobus Maheux et vice-président secteur public de la Fédération des transporteurs par autobus du Québec, Nicolas Maheux, déplore ces situations de perte de service.
Il rappelle que le transport interurbain est régi par la Commission des transports du Québec. Des obligations d'opérer sont octroyées dans certains corridors plus payants en gardant la responsabilité d'opérer des tronçons dans les corridors moins achalandés.
Évidemment, la solution pourrait être une subvention directe aux transporteurs, mais ce n'est pas nécessairement très populaire auprès d'un gouvernement. Il y aurait aussi la possibilité de donner des subventions aux usagers. On peut aussi parler de financement pour les infrastructures et non pas le service lui-même, soulève Nicolas Maheux.
Autobus La Québécoise n'est pas membre de la Fédération des transporteurs par autobus du Québec.
Dans un communiqué, Autobus la Québécoise mentionne que la décision d'utiliser des minibus a été prise pour maintenir la continuité du service tout en s’adaptant à la réalité de la demande et aux défis économiques du secteur.
« Nous tenons à préciser que La Québécoise est une entreprise privée exploitant ce service sans subvention gouvernementale directe. Le Programme d’aide au développement du transport collectif (PADTC) s’adresse exclusivement aux autorités municipales et non aux transporteurs privés comme le nôtre. [...] Avec une aide financière subséquente, il nous serait possible d’opérer ce service avec un autobus de grande capacité, même dans les périodes de plus faible fréquentation, afin d’offrir un confort accru et une capacité optimale à l’ensemble de la clientèle. »
Au moment d'écrire ces lignes, le cabinet du ministre des Transports et de la Mobilité durable Jonatan Julien n'avait pas encore répondu à la demande de Radio-Canada.


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