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Un survivant de l’accident d’Air Canada et sa conjointe déplorent le message unilingue du p.-d.g.

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Un survivant de l’accident d’Air Canada à l’aéroport LaGuardia de New York, qui s’est employé à apprendre la langue française après s’être établi à Montréal, et sa conjointe regrettent le message de condoléances en anglais seulement du p.-d.g. du transporteur aérien, Michael Rousseau.

Christopher Pal était l’un des 76 passagers à bord du vol AC8646, dont la collision avec un camion de pompiers a coûté la vie à deux pilotes tard dimanche. Originaire de l’Ontario, ce dernier ne connaissait que quelques mots de français avant son arrivée à Montréal en 2008. Il ne lui a par contre fallu qu’une seule année pour maîtriser la langue grâce à des cours intensifs, puis enseigner à Polytechnique Montréal, où il est aujourd’hui titulaire d’une chaire de recherche en intelligence artificielle.

C’est donc dans l’incompréhension que lui et sa conjointe, Sarah Dorner (elle aussi enseignante à Polytechnique), ont pris connaissance du message de condoléances du p.-d.g. du transporteur aérien ne comptant que deux mots en français : « bonjour » et « merci ».

« Ce n’est pas clair pour moi pourquoi il n’est pas capable de s’exprimer [en français]. Il faut [être capable de] faire des erreurs quand on parle une autre langue », lâche Chris au bout du fil. « C’était beaucoup de travail pour moi d’apprendre la langue correctement. Je comprends les défis [que ça implique], mais quand on est dans une situation comme celle-là, c’est une forme de respect [que] de préparer quelques mots. »

À l’inverse de Michael Rousseau, Christopher Pal a tenu à prendre un moment pour s’exprimer en français lors d’une récente entrevue sur les ondes de la chaîne d’information continue de langue anglaise CBC News. « Je dois exprimer ma profonde tristesse pour la famille du pilote et du copilote qui ont perdu la vie », a-t-il déclaré en français, son visage affichant encore une blessure.

Ce dernier tenait absolument à le faire pour s’adresser directement aux familles des deux victimes, dont celle du pilote québécois Antoine Forest. « C’est une question de respect de parler [en français] avec la famille », dit-il.

L’unilinguisme de Michael Rousseau est d’autant plus « frustrant » aux yeux de sa conjointe, Sarah Dorner. Cette dernière observe chaque année des étudiants internationaux réussir à maîtriser le français malgré les difficultés. Un objectif que Michael Rousseau ne semble toujours pas atteindre malgré les quelque 300 heures de cours de français qu’il a suivies ces dernières années.

« Je sais que c’est possible. Je le vois tous les jours. Mon mari, lui aussi, a réussi à apprendre le français. Mais il faut être prêt à faire des erreurs et ça prend une grande humilité. Il faut juste que ça soit une priorité », déplore-t-elle, ajoutant trouver la situation « incompréhensible ».

Une responsabilité malgré le contexte

Si plusieurs internautes ont critiqué le tollé linguistique dans le contexte tragique de l’accident, Sarah Dorner estime qu’il demeure de la responsabilité du chef de la direction d’Air Canada de faire preuve de rigueur, même dans de telles circonstances. « L’événement appartient à notre famille, oui, mais on doit aussi reconnaître que ça va au-delà de cela. Il y a un besoin [d’accessibilité de l’information] pour l’ensemble de la communauté. »

Même si Air Canada a été privatisé en 1988, le transporteur aérien reste assujetti à la Loi fédérale sur les langues officielles.

Mme Dorner met également en doute les explications du transporteur aérien, qui avait en partie justifié la vidéo unilingue, mardi, en affirmant que Michael Rousseau avait dû se précipiter pour enregistrer ses condoléances avant de se rendre sur les lieux de l’accident.

Or, avant même la diffusion du message du p.-d.g., lundi après-midi, les familles des passagers avaient déjà reçu des communications de la part du transporteur aérien qui, elles, étaient disponibles en français, témoigne-t-elle.

La tempête se poursuit

Après trois jours de silence, Michael Rousseau a finalement présenté ses excuses pour sa maîtrise insuffisante du français dans une déclaration écrite transmise jeudi matin. Il s’est dit « attristé » que son incapacité à s’exprimer dans cette langue « ait dévié l’attention du profond deuil des familles et de la grande résilience des employés d’Air Canada ».

Ses excuses n’ont toutefois pas suffi à apaiser la grogne à Québec, où une motion réclamant son départ a été adoptée à l’Assemblée nationale. Les cinq partis ont appuyé la motion, qui « dénonce fermement le manque de respect » de Michael Rousseau.

Ce dernier s’est également attiré les critiques de politiciens à Ottawa, dont celle du premier ministre du Canada, Mark Carney, qui a déploré mercredi un « manque de jugement et de compassion » de sa part.

Le Comité permanent des langues officielles a par ailleurs convoqué Michael Rousseau afin qu’il vienne s’expliquer devant les élus à Ottawa. Sa comparution est attendue d’ici le 1er mai.

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