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Elle s'appelle Aurélie*. Seize ans. Élève dans un athénée de la région liégeoise. Lui, Damien*, quarante-trois ans, les tempes déjà grisonnantes est ouvrier dans ce même établissement. Elle est absente de l'audience. Lui est là. Il se tasse sur le banc des prévenus, les épaules rentrées. Il mâchouille mécaniquement un chewing-gum, comme pour occuper sa bouche avant que la justice parle. Ce quadragénaire est poursuivi pour atteinte à l'intégrité sexuelle et incitation à la débauche sur mineur.
Leur première rencontre en 2021 est plus que banale. Lors d'une fête de l'école, l'adolescente et l'employé font connaissance. Ils échangent quelques mots. Puis s'ajoutent sur les réseaux sociaux. Les messages deviennent vite quotidiens, presque constants. Durant l'une de ses auditions, Aurélie déclarera qu'il s'envoyait plus d'une trentaine de messages par jour.
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Le ton ne tarde pas à changer, à devenir affectueux, intime, malgré les vingt-sept années qui les séparent. "Est-ce que je te plais moi, même si je suis vieux ?", lui écrit-il un jour. Un autre : "Ta jupe te fait un beau derrière." Damien est marié et sent que ces messages pourraient lui coûter sa place et son couple. Et que les parents de la jeune fille pourraient les découvrir.
Le Liégeois lui demande alors de changer de messagerie, d'effacer les messages, d'enregistrer les conversations sous un faux nom dans son répertoire. Entre deux leçons, Aurélie se rend à l'atelier des ouvriers de l'école où Damien travaille. Ils se voient presque tous les jours. Ils mangent parfois ensemble.
En mars 2024, la jeune fille vient le voir à la fin de la journée. Au moment de lui faire une bise d'au revoir, l'homme aurait tourné la tête et l'aurait embrassé de force sur la bouche. La situation se rejoue quelque temps plus tard. Aurélie promène son chien, le croise et la scène se serait répétée.
L'information circule rapidement dans l'athénée. Jusqu'à remonter aux oreilles de la direction par l'entremise d'élèves et de professeurs. Damien est convoqué sur-le-champ. Et licencié aussitôt.
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Devant le juge, le prévenu a la voix chevrotante. Il nie les baisers forcés. Il concède à demi-mot le caractère inapproprié des échanges. "Elle se confiait à moi et je me suis attaché à elle. Je l'ai prise sous mon aile", murmure-t-il. Et de se défendre : "Tout cela était amical. Je voulais lui redonner le sourire."
Cette version est méthodiquement torpillée par l'avocate de la partie civile. "Ces échanges n'ont rien de normaux", martèle-t-elle. Selon le conseil de la victime, s'il demandait d'effacer les messages, c'est qu'il avait une parfaite conscience de la gravité de ses actes. L'avocate évoque aussi les crises de jalousie de cet homme de quarante ans, ses propos déplacés, son insistance.
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La substitute du procureur du Roi enfonce le clou en évoquant une "relation particulièrement malsaine". Aurélie, rappelle-t-elle, est une adolescente tourmentée : victime d'agressions sexuelles intrafamiliales par le passé et en difficulté scolaire. "Monsieur n'était pas épanoui sexuellement avec sa femme et n'hésitait pas à la tromper. Aurélie était un véritable oiseau pour le chat", lance-t-elle.
La représentante du ministère public décrit une scène particulièrement troublante. Damien débarque en plein milieu d'un cours de sport auquel l'adolescente participe, prétextant devoir réparer un interrupteur. L'ouvrier est sans outil et la réparation a déjà eu lieu la semaine précédente. Selon plusieurs témoins, son attention ne se portait pas sur son travail, mais uniquement sur la jeune fille.
La substitute du procureur du Roi requiert une peine d'un an avec sursis.
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L'avocate de la défense prend alors tout le monde de court : "Dans chaque dossier, il y a toujours deux lectures des faits. J'ai lu celui-ci comme si j'étais le conseil de madame car, face à des faits de mœurs, je me dois de rester objective."
Elle admet qu'à la première vue du dossier répressif, cette relation lui a paru limite. "Mais qu'est-ce qui est reproché à monsieur ? ajoute-t-elle. Deux bisous à une mineure. Et non pas d'avoir un échange inapproprié avec une adolescente de seize ans. Ces messages ne sont pas pénalement répréhensibles. Cela est d'ordre moral. Même si, soyons honnêtes, on ne parle pas de cette manière à une élève."
Parcourant les échanges entre Damien et Aurélie, elle dresse un tout autre tableau de son client. Bon ouvrier, gentil, un peu immature lui aussi. "C'est Aurélie qui lui demande pour se voir ou pour avoir son avis sur sa robe. Aucune trace de jalousie, de menace, de crise de colère… Mon client n'est pas le pervers que vous décrivez : il ne la force à rien dans les messages." L'analyse psychologique du prévenu confirme d'ailleurs qu'il ne présente aucune attirance pour les jeunes filles.
Estimant qu'il n'y a aucune preuve démontrant les deux baisers forcés, la défense réclame un acquittement.
Alors lequel de ces deux portraits de Damien le juge encadrera-t-il ? Verdict le 13 février.
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