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La construction d’un pont sur la rivière du Gros-Mécatina dans le cadre du prolongement de la route 138 fait sourciller des experts. C’est qu’une fois construit, aucune route praticable ne le traversera dans un horizon prévisible. Ça n’empêche pas le préfet de la région d’accueillir favorablement ce chantier.
En effet, pour Daren Jones, le fait que le ministère des Transports va de l’avant avec ce pont signale que le prolongement de la route 138 n’est pas complètement abandonné.
Depuis un peu plus d’un an, le gouvernement est en révision de ce grand chantier. Ça vaut pour les tronçons à l’étude, mais aussi pour ceux actuellement en réalisation, dont fait partie le segment entre Tête-à-la-Baleine et La Tabatière, où sera construit le pont.
Si on sait que le chantier pour le pont sur la rivière du Gros-Mécatina reprendra en mai, on ne sait pas quand les routes de part et d’autre seront construites.

Le pont sur la rivière du Gros Mécatina permettra éventuellement de relier Tête-à-la-Baleine à La Tabatière
Photo : Radio-Canada
M. Jones aimerait plus de transparence du gouvernement à cet effet. Merci pour le pont! lance-t-il. Mais je cherche aussi une timeline [pour les prochaines étapes]. Est-ce que ça va être dans trois ans? Dans deux ans? Donnez-nous la réponse qu’on puisse faire quelque chose.
L’accueil des experts en grands projets d’infrastructures est pour sa part plutôt mitigé.
Plusieurs voient d’un œil critique le fait que l’on construise un pont sans utilité à court terme, alors qu’on peine à entretenir les infrastructures déjà en place à l’échelle de la province.
C’est notamment l’avis de Maude Brunet, professeure agrégée au département de management de HEC Montréal. Elle est l'une des auteures d’un rapport de l’École nationale d’administration publique au sujet de la gestion des infrastructures publiques.
Il faut avoir une vision plus large, systémique, avance-t-elle. Dans le cas d’un grand chantier comme celui du prolongement de la route 138, s’il y a un report d’un projet, il faut questionner les projets qui y sont connectés.

Maude Brunet, professeure à HEC Montréal
Photo : Capture d'écran / Zoom
Étant donné qu’il y a beaucoup de besoins, ce n’est pas une bonne pratique de réaliser un projet qui n’aura pas de valeur sociétale à court terme.
Tous ne sont pas aussi catégoriques. Pour Gabriel Jobidon, un autre des auteurs du rapport de l’ENAP, ce chantier soulève plusieurs questions sans réponses. Il croit que le MTQ pourrait avoir choisi d’aller de l’avant pour des raisons financières.
Je n’ai pas le contrat sous les yeux, reconnaît celui qui est aussi professeur à l’École de technologie supérieure (ÉTS). Mais généralement, dans ces projets-là, quand on résilie l’entente, on paie tout ce qui a été effectué comme travaux et ce qui a été engagé comme dépenses.

Gabriel Jobidon croit qu'il y a peut-être des considérations financières derrière la décision du MTQ. (Photo d'archives)
Photo : Crédit : École de technologie supérieure
De laisser tomber un ouvrage près d’être achevé, je pense qu’on aurait un gaspillage de fonds publics assez significatif.
Munzer Hassan, un professeur au département du génie de la construction à l’ÉTS, avance une autre possible justification à la décision du MTQ.
Dans un chantier qui s’échelonne sur une période de 5 à 10 ans, ça se fait par plusieurs étapes, et on commence les ponts, affirme-t-il. C’est normal : les ponts vont servir pendant la construction des routes.
Non, il n’y aura pas de camions de marchandises, mais il y aura de l’équipement, des camions de chantier qui vont emprunter ce pont, même s’il n'est pas utilisé par le grand public.
Voir des ouvriers traverser un éventuel pont sur la rivière du Gros Mécatina, voilà qui ferait sourire le préfet Daren Jones. Ça voudrait dire que la construction de la route entre Tête-à-la-Baleine et La Tabatière progresse.
Pour l’instant, ça ne reste qu’un rêve entretenu depuis des décennies, dont l’échéancier est en révision par le ministère des Transports. L'organisme n’a pas voulu répondre à nos questions pour ce reportage.


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