Un vélo de 20 kilos, des jantes en bois, un plateau de 130 dents et aucune assistance électrique. Pourtant, en juillet 1962, un Français de 49 ans a frôlé les 205 km/h sur une autoroute allemande, pédalant à l’abri d’une Mercedes-Benz 300 SL. Son nom, José Meiffret, reste aujourd’hui encore associé à l’une des performances les plus folles de l’histoire du cyclisme.
À retenir
- Le 19 juillet 1962, José Meiffret a atteint environ 204,6 km/h à vélo en roulant dans le sillage d’une Mercedes-Benz 300 SL équipée d’un carénage, sur une autoroute près de Fribourg-en-Brisgau.
- Son vélo spécialement conçu pesait 20 kilos, avec des jantes en bois et un plateau de 130 dents permettant d’encaisser des vitesses extrêmes.
- Ce record, jamais homologué par l’UCI, a été dépassé en 1973 par Allan Abbott (223 km/h) puis par Denise Mueller-Korenek qui détient le record actuel avec 296 km/h depuis 2018.
Un cheminot obsédé par la vitesse depuis l’enfance
José Meiffret naît à Boulouris, sur la Côte d’Azur, en 1913. Rien ne le destine a priori à devenir une légende de la vitesse pure. Mais très tôt, le jeune homme développe une fascination presque maladive pour les records de vélocité, celle qui pousse les cyclistes à rouler collés derrière une voiture pour profiter de son aspiration.
Dans les années 1940, l’Américain Alfred Letourneur détient la référence en la matière. En 1941, à Bakersfield, en Californie, il avait atteint 175,29 km/h derrière un véhicule caréné. Pour Meiffret, ce chiffre devient une obsession, presque un défi personnel qu’il va mettre des années à relever.
La première étape sérieuse arrive en 1961, à Lahr, en Allemagne. Le Français parvient à porter le record à environ 186 km/h derrière une voiture carénée. Une performance déjà remarquable, mais qui ne satisfait pas entièrement cet homme de petit gabarit, 1,58 mètre pour 58 kilos, qui rêve de dépasser symboliquement la barre des 200 km/h.
Derrière une voiture pilote à plus de 200 km/h : le pari fou de 1962
Le 19 juillet 1962, Meiffret retente sa chance sur une autoroute près de Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne. Le dispositif technique ressemble à une expérimentation d’ingénieur plus qu’à une simple course cycliste. Une Mercedes-Benz 300 SL, conduite par le pilote allemand Adolf Zimber, est équipée à l’arrière d’une structure en aluminium recouverte d’une bâche, formant une sorte de bulle protectrice pour couper le vent.
Le vélo utilisé n’a rien d’un engin ordinaire. Il pèse 20 kilos, soit près du double d’un vélo de route classique, avec des jantes en bois et un plateau démesuré de 130 dents, pensé uniquement pour encaisser des vitesses extrêmes sans que les jambes du cycliste ne s’emballent dans le vide.
Selon le récit du médecin et journaliste américain Clifford L. Graves, publié dans Bicycling Magazine en septembre 1965, Meiffret devait tenir seulement dix-huit secondes dans le sillage de la voiture pour valider sa tentative. Dix-huit secondes à rester parfaitement collé à l’arrière du véhicule, sans la moindre marge d’erreur, à une vitesse où la moindre embardée aurait pu être fatale.
Le résultat final se situe autour de 204,6 km/h, même si les sources divergent légèrement selon les récits, certaines évoquant 204,73 km/h, d’autres 204,778 km/h ou encore 204,937 km/h dans des versions anglo-saxonnes. Un flou qui tient avant tout aux moyens de mesure de l’époque, bien éloignés de la précision électronique actuelle.
Source: DR
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Un record qui tient depuis plus de soixante ans après
Officiellement, ce record n’a jamais été homologué par l’Union cycliste internationale, qui ne reconnaît pas ce type de tentative derrière abri sur route ouverte. Reste que dans les faits, la performance de Meiffret a longtemps servi de référence informelle pour tous ceux qui s’attaquaient à ce défi un peu fou.
Il faudra attendre 1973 pour voir ce chiffre dépassé, lorsque l’Américain Allan Abbott atteint 223 km/h sur le lac salé de Bonneville, un site réputé pour ses longues étendues plates idéales aux tentatives de vitesse pure. Le record mondial actuel, lui, appartient depuis 2018 à l’Américaine Denise Mueller-Korenek, qui a grimpé jusqu’à 296 km/h, toujours à Bonneville.
José Meiffret racontera ses tentatives dans un livre publié chez Flammarion en 1965, où il revient sur ces années d’entraînement et de prises de risques répétées. Son vélo, témoin matériel de cette aventure, a depuis été exposé lors de l’exposition Vitesse à Compiègne, preuve que cette histoire continue d’intriguer bien après la disparition du cycliste en 1983.
Plus de soixante ans après cette autoroute allemande du côté de Fribourg-en-Brisgau, l’exploit garde quelque chose de troublant. Pas de moteur, pas de carbone, pas de capteurs sophistiqués, juste un homme déterminé, un plateau surdimensionné et une confiance absolue dans l’aspiration d’une voiture lancée à pleine vitesse. Une page singulière de l’histoire du cyclisme, à mi-chemin entre exploit sportif et expérience limite.


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