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Un peu plus de crevettes, mais des stocks encore critiques

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Pêches et Océans Canada propose une hausse de près de 42 % du quota de pêche à la crevette pour la saison  2026 dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Une mince consolation, alors que les trois quarts des capitaines restent à quai depuis 2023, en raison de la chute brutale des stocks.

Il y a deux ans, les scientifiques avaient imposé une baisse des captures autorisées de 80 % aux pêcheurs du Québec, du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve-et-Labrador pour tenter de freiner la chute de l’espèce. Le déclin des stocks de crevette nordique est à la fois causé par une eau historiquement chaude et faible en oxygène, par la prédation du sébaste, mais aussi par la pêche.

Des crevettes roses sur la glace.

Les captures de crevettes autorisées dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent sont passées de 31 000 tonnes en 2015 à 3040 tonnes en 2024, en raison de la chute de l'espèce.

Photo : Radio-Canada

Dans ce contexte où les stocks sont considérés encore critiques dans trois des quatre zones de pêche, soit celle de Sept-Îles, Anticosti et Esquiman, les scientifiques de Pêches et Océans Canada proposent encore une approche de précaution avec un quota total provisoire de 5186 tonnes.

C'est le plan préliminaire qui a été présenté aux pêcheurs et aux transformateurs lors du comité consultatif de deux jours qui s’est terminé mardi à Québec.

En 2025, le quota final était de 3800 tonnes et les pêcheurs avaient atteint 85 % de ces captures, dans l’estuaire et le golfe.

Si on compare à 2024 et 2025, c’est quand même une amélioration intéressante. Je vous dirais qu’au point où on en est, toute amélioration est bienvenue.

Patrice Element à l'extérieur en manteau d'hiver.

Le directeur de l'Office des pêcheurs de crevette du Québec Patrice Element s'attend à ce qu'il y ait encore le même nombre de pêcheurs l'an prochain.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

En 2025, seulement une douzaine de pêcheurs de crevette québécois ont pris la mer et globalement en Gaspésie, au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve, seulement le tiers des capitaines ont continué de pêcher depuis la crise de 2023 où seulement 33 % du quota total avait été pêché.

Au Nouveau-Brunswick, l’industrie de la crevette s’est complètement écroulée. Le nombre de pêcheurs actifs est passé de 12 à 5 dans la péninsule acadienne depuis 2023 et plus aucune usine ne transforme le crustacé.

Sans négliger la science et la survie de l’espèce, il y a une autre réalité qui est là, c’est la réalité économique, martèle vivement le directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels, Jean Lanteigne.

Il estime que de diminuer le quota total de 80 % en 2024 était une décision radicale et il a tenu à le rappeler aux gestionnaires et biologistes de Pêches et Océans Canada présents à cette rencontre du comité consultatif sur la crevette nordique.

Quand des gens en position d’autorité prennent des décisions, il faut qu’ils mesurent la portée de leurs gestes et bien souvent, on ne s’attardent qu’aux éléments de conservation, ce qui est en soi une bonne chose, mais quand on n’accompagne pas ça de mesures sociales dans les communautés de pêche, ça créé du désarroi et des faillites!

Jean Lanteigne, debout devant un gros navire nommé le Philippe Pierre.

Jean Lanteigne est directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels et représente entre autres les pêcheurs de crevette.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Offre à la baisse et prix à la hausse

Un économiste de Pêches et Océans Canada est venu notamment expliquer qu’avec la baisse des captures dans l’estuaire, le golfe du Saint-Laurent, au nord du Labrador, mais aussi ailleurs dans le monde comme en Norvège ou au Groenland, le prix au kilo est passé d’une moyenne de 1 dollar, en 2010, à 3,75 $ en 2025.

Par contre, dans une industrie dont la rentabilité est basée sur de gros volumes, en raison des frais d’opération qui sont les plus élevés dans l’industrie des pêches, il demeure difficile d’atteindre la rentabilité.

Si les revenus par voyage de pêche se chiffrent, en moyenne, à 270 000 $, selon Pêches et Océans Canada, les pêcheurs font deux fois moins de sorties par saison avec une moyenne de cinq et leurs frais d’opération auraient doublé en raison de l’inflation.

Tout ça, même si la crise a entraîné une rationalisation importante du nombre de pêcheurs qui est passé de 150 à 48 au cours des dernières années dans l’est du Canada.

Depuis la pandémie, l’inflation qui a frappé tout le monde a particulièrement frappé les crevettiers, avec le coût de la main-d'œuvre, des pièces de remplacement, mais aussi avec le coût du carburant, parce qu’il faut le rappeler, les crevettiers sont ceux qui consomment le plus de carburant dans l’industrie des pêches de l’est du Canada, ajoute Patrice Element.

Pêches et Océans Canada note aussi que la valeur annuelle des débarquements de crevette nordique est passée de 122 millions de dollars en 2015 à 12,8 millions de dollars en 2025.

En Gaspésie, on croit que cette pêche peut survivre, mais jamais aux niveaux enregistrés dans le passé.

Tout le monde constate une certaine amélioration de la biomasse et des conditions et ça, c’est une très très bonne nouvelle et il faut s’en réjouir. Mais est-ce qu’il faut s’attendre à court ou à moyen terme à revoir ce qu’on avait en 2010 et 2015? Il n'y a personne qui y croit, je pense, conclut Patrice Element.

Des employés en action à l'usine de transformation La Crevette du Nord Atlantique à Gaspé.

On compte actuellement deux usines de transformation de crevette au Québec et quatre, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Et il y aussi que les usines doivent compter sur des volumes suffisants pour être rentables.

La prochaine étape, est-ce qu’on va se retrouver à 24 bateaux pour l’estuaire et tout le golfe? Est-ce que ça va chuter à 12? Et à ce moment-là, est-ce qu’on aura des usines qui pourront travailler avec ça, avec des quantités réduites, c’est une excellente question, ajoute Jean Lanteigne.

Pêches et Océans précise que la situation et l'état des stocks demeurent critiques.

Le plan de pêche final sera connu plus tard cet hiver après avoir revu une dernière fois les avis scientifiques et les enjeux économiques qui touchent les pêcheurs et les industriels.

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