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Les Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec) viennent de produire un rapport qui est l’équivalent d’une bouffée d’air frais dans le débat sur la question nationale. En mettant en évidence l’inconfort sur le glissement du discours en matière d’immigration et de vivre-ensemble, le groupe envoie un puissant signal au Parti québécois (PQ) et à la Coalition avenir Québec (CAQ), deux formations qui nous habitués à la surenchère à ce chapitre.

Au cours des derniers mois, OUI Québec a consulté de nombreux organismes et acteurs de la société civile afin de faire avancer la réflexion sur le projet de pays. Des voix souverainistes et fédéralistes, de gauche comme de droite, ont soulevé de vives préoccupations sur la question du vivre-ensemble. La polarisation du débat à ce sujet, qui déborde largement l’action du PQ et de la CAQ, il est vrai, provoque un réflexe de peur. Les répondants ne se reconnaissent pas dans le discours victimaire et le repli identitaire. « Il faut considérer les néo-Québécois et néo-Québécoises comme ce qu’ils et elles peuvent nous apporter, pas comme des gens prenant des ressources », affirme l’un des participants à l’étude.

Il s’agit d’un commentaire parmi d’autres, dira-t-on. Au contraire, près des deux tiers des répondants (64 %) estiment que le Québec a reculé sur la question du vivre-ensemble avec les immigrants. Certains répondants ne sont pas des « crypto-fédéralistes », et encore moins des agents provocateurs, mais des militants qui se sont battus pour le projet de pays dans leur carrière.

Interrogés par La Presse, d’anciens ténors du PQ, parmi lesquels figurent Louise Harel, Monique Simard et Louise Beaudoin, déplorent le glissement du PQ sur les questions d’identité et d’immigration. Voilà des propos qui ne plairont pas au chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon.

Il n’en demeure pas moins que l’approche péquiste s’est durcie en matière d’immigration et de vivre-ensemble. Aux yeux d’un ex-député péquiste qui a demandé l’anonymat en raison de ses engagements professionnels, le discours de la formation est devenu « revanchard », axé sur le « ressentiment » et « défensif au lieu d’être positif ».

Un projet de pays qui s’appuie sur d’aussi piètres bases n’a aucune chance de succès. Le Québec de 2026 n’a plus rien à voir avec la nation colonisée dont M. St-Pierre Plamondon évoque occasionnellement le souvenir. En table éditoriale avec Le Devoir, l’an dernier, il nous avait même confié à quel point il craignait la peur dans le prochain cycle politique. La peur que nous avons intériorisée comme nation et qui remonte à la pendaison des patriotes, disait-il. C’est comme si le miracle de la Révolution tranquille n’avait pas eu lieu. C’est comme si les chaînes de l’oppression n’avaient pas été brisées par la formidable machine à intégrer et à franciser que fut la Loi 101. C’est comme s’il fallait encore des porteurs d’eau, dans l’imaginaire péquiste, pour conjurer le destin et se dire « Oui ! » par un Grand soir.

Il y a encore mille et une raisons de militer pour la souveraineté, serait-ce seulement parce que langue, culture, institutions distinctes et occupation du territoire sur le long temps de l’histoire ont produit une nation unique, singulière, capable d’assumer son destin et d’accéder au statut de pays si une majorité de ses concitoyens le désirent ardemment. Cette nation forte reste aussi fragile en sa qualité de principale héritière du fait français en Amérique du Nord, minoritaire sur un continent de locuteurs anglophones. Elle ne se sentira jamais protégée par un gouvernemental fédéral centralisateur, verrouillé dans le multiculturalisme à la Trudeau père, qui renvoie la nation québécoise au rang du folklore.

Par contre, un Québec qui aspire à la souveraineté devrait additionner les voix au lieu de les soustraire. Il devrait tendre la main, investir avec conviction dans la francisation et la culture, se vouer corps et âme à l’interculturalisme dont il se prétend le champion. Au contraire, le discours ambiant, aussi bien sous l’ex-gouvernement de François Legault que dans l’imaginaire de Paul St-Pierre Plamondon, entretient un malheureux clivage.

Selon Statistique Canada, les Québécois issus de l’immigration représentent désormais près de 15 % de la population (1,21 million de personnes). Dans la région de Montréal, une personne sur quatre est issue de l’immigration. Le Québec tout entier est en profonde mutation sociodémographique, passant d’une société homogène à une société diversifiée. C’est un changement structurel irréversible qui pose des enjeux d’intégration, de cohésion et d’adaptation des institutions démocratiques. C’est aussi une formidable occasion d’élargir la passion et le sentiment d’appartenance pour le Québec, sa langue, sa culture, dans le respect des droits des minorités et des peuples autochtones.

« Nous avons remplacé la fierté par la fermeture », souligne le rapport du OUI Québec. Les formations politiques qui ne l’ont pas encore compris vivent sur du temps emprunté, et elles fragilisent le projet de pays qu’elles aspirent à bâtir avec noblesse.

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