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La 10e édition du Mois de la Photo à Bruxelles – du 22 janvier au 22 février – fédère quelque 52 lieux d'exposition. C'est un succès en soi pour ce festival créé par le Hangar en 2016 et qui, depuis lors, n'a pas cessé d'augmenter son offre. Delphine Dumont, sa créatrice, a raison de voir dans la participation des 150 artistes exposés (dont plus de la moitié sont belges et les trois quarts résident en Belgique) le signe de la vitalité de la scène photographique belge. Il est vrai qu'avec deux musées de la photographie (à Anvers et Charleroi), de nombreuses écoles supérieures spécialisées, des galeries réputées dédiées au médium et désormais un tel festival, notre pays abrite un fertile écosystème photographique.
Abondance
Très pratique, le site du Photo Brussels Festival montre une répartition des lieux concentrée au centre et au sud de la capitale. L'accessibilité étant optimale, reste donc à faire des choix. Et là, ça se corse. Face à une telle abondance, comment faire son chemin ?
Évidemment, le but n'est pas de tout voir, ni même de parcourir un maximum d'expositions.
Ceux qui suivent l'actualité photographique tout au long de l'année se dirigeront sans doute vers les galeries (Stieglitz 19, Box Galerie, L'Enfant Sauvage, Ibasho) et institutions (Contraste, Contretype, Fondation A, Géopolis, Hangar, La Nombreuse, Studio Baxton, Tiny Gallery, Visual Gallery) dédiées au médium en permanence.
Esthétiques de l'intimeMais on peut aussi circonscrire sa visite à un lieu comme le Rivoli qui regroupe une douzaine d'expositions. Ou à des expositions d'artistes célèbres (Robert Mapplethorpe à la Galerie Eric Mouchet, Dolores Marat au Studio Baxton). On peut également préparer un trajet autour d'un centre d'intérêt comme par exemple la nature (Galerie Fontana, Espace intermédiaire, Chapitre XII, Imaginair Art Space, Lee Bauwens, The Palm Beach). On peut enfin dénicher dans le programme une thématique transversale comme celle que nous décrivons ci-dessous.
Photo Brussels Festival
Où 52 lieux à Bruxelles Quand Du 22 janvier au 23 février. Rens. : www.photobrusselsfestival.com
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Relire le passé, interpréter le présent

L'année passée, avec une exposition interrogeant le rapport entre l'intelligence artificielle et la photographie, le Hangar faisait écho à d'autres propositions du Brussels Photo Festival sur la même thématique. En cette 10e édition, c'est encore le cas avec un questionnement très actuel sur la façon de relire le passé qui se trouve au cœur du travail des artistes présentés aux différents étages de la place du Châtelain et que l'on retrouve à maintes reprises dans ce Mois de la Photo.
Conformisme social
Au Hangar, il est plus spécifiquement question de la relecture des récits familiaux. Avec, au rez-de-chaussée, The House, une exposition immersive conçue par Lee Shulman pour présenter une petite partie de l'énorme collection de diapositives couleur anonymes qu'il a récoltées depuis 2017 au sein de l'Anonymous Project. Des souvenirs qui documentent la vie quotidienne des années 1940 aux années 1980.
Plus de 50 manières de voir le monde avec les Rencontres d'ArlesÀ l'instar d'une première présentation aux Rencontres d'Arles en 2019, ces images vernaculaires sont intégrées dans le décor d'une maison des années 1950 comprenant cuisine, salon, chambre à coucher. L'idée de Shulman étant de faire vivre une "expérience va au-delà de l'observation et permet aux visiteurs de ressentir l'époque et les vies qui se cachent derrière ces images". Cette mise en perspective qui privilégie le ressenti ne doit pas oblitérer la réflexion sur le côté "propagande des familles" de récits construits – tout autant que la décoration du home sweet home – selon les diktats du conformisme social.
Mythologie
Aux étages, cette relecture de la mythologie familiale se poursuit avec sept regards d'artistes sur leurs propres familles. Notamment avec la quête de Cristobal Ascencio qui, ayant appris le suicide de son père quinze ans après les faits, a dû réinterpréter ses souvenirs visuels. Ou avec la série de Deanna Dikeman, capturant chaque année ses adieux à ses parents sur le pas de la porte. Ou encore par le travail de Daesung Lee qui pointe les modes de vie en voie de muséification dans le cadre de la mondialisation. Chacun de ces récits personnels nous montrant en définitive que l'histoire, c'est avant tout la manière dont on la raconte.

Et c'est précisément sur ce constat que s'est appuyé Tom Lyon pour réaliser la série Arena qu'il présente chez Médor. L'idée étant pour lui de contrer les images et les discours dominants de rejet qui entourent les politiques d'immigrations européennes en proposant une "sémiologie qui favorise la réflexion, l'empathie et le dialogue". C'est aussi l'idée qui préside à l'exposition RePose ExPose InterPose de Tarrah Krajnak à la Fondation A, dans laquelle l'artiste interroge les canons de l'histoire de l'art. Par exemple en rejouant les poses des modèles d'Edward Weston prises il y a un siècle et questionner ainsi la place des femmes dans l'histoire de la photographie.
Chacun de ces récits personnels nous montrant en définitive que l'histoire, c'est avant tout la manière dont on la raconte.
Une autre histoire
Pour Karla Hiraldo Voleau dont on peut voir la série Another Love Story à la Nombreuse, rejouer à l'identique plus de 300 photos souvenirs à l'aide d'un sosie de ce compagnon qui lui avait appris sa double vie par téléphone lui a permis d'exorciser la tromperie "en transformant la rupture en geste d'émancipation".
Bien sûr, réécrire l'histoire est une manière de reprendre la main. Dans la sphère intime cela peut avoir des vertus thérapeutiques. Mais à l'ère de la post-vérité, cela peut prendre des allures plus inquiétantes comme on peut le voir dans Earth not a globe de Philippe Braquenier chez Contretype. Ce projet qui se concentre sur les "Flat-Earthers", une communauté de personnes croyant que la terre est plate, pointe le conspirationnisme, mais surtout en creux, la perte de confiance dans les repères hérités du siècle des Lumières. "Faites-vous votre opinion vous-mêmes" peut-on y lire sur la pancarte d'un prosélyte du "platisme". Il ne s'agit plus là d'une réécriture d'une histoire personnelle, mais d'une réécriture personnelle de l'Histoire. Et ça, précisément, c'est une autre histoire.
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