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«Un jour de canicule c’est 30% de chiffre d’affaires en plus» : les hôteliers et destinations littorales face aux caprices du ciel

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Annuler le matin même, prolonger à la dernière minute, fuir la canicule ou la bénir : la météo dicte ses conditions. Depuis quelques semaines, les professionnels naviguent à vue entre coups de chaud et chute des températures. Certains trinquent, d’autres prospèrent et les plus malins ont décidé d’en faire un argument de vente.

À Bordeaux, les températures sont passées de 36,6 °C le 28 mai, jour de canicule en France, à 20°C quelques jours plus tard. Cet effet de bascule s’est répercuté partout sur le territoire. De quoi déstabiliser touristes et professionnels. Cette semaine, les températures repartent à la hausse. Une valse météorologique aux forts contrastes, qui affecte la France depuis plusieurs semaines, et donne le tournis aux acteurs du secteur.

Annulations, prolongations, migrations

Certains y sont particulièrement vulnérables, comme Henri Carvallo, propriétaire du Château et des Jardins de Villandry en Indre-et-Loire. Reconnu pour ses jardins à la française s’étendant sur 7 hectares avec 40 kilomètres de buis, 8 kilomètres de charmille, 1 000 tilleuls, le site accueille 350.000 visiteurs par an, venus en grande majorité pour se promener en plein air. «Quand il pleut toute la journée, on perd la moitié des visiteurs ; un jour de canicule, c’est -30 %. La meilleure météo pour nous, c’est un ciel bleu avec quelques cumulus et 25 °C. Tout le monde est de meilleure humeur», confie Henri Carvallo.

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Même constat en Seine-Maritime, dont la clientèle provient majoritairement d’Île-de-France et des Hauts-de-France, deux régions limitrophes. Jean-Marc Deverre, directeur général de Seine-Maritime Attractivité, observe : «50 % de notre clientèle est française, et elle a tendance à arbitrer au dernier moment. Notre proximité avec Paris peut faire fluctuer notre fréquentation : une famille qui prévoit une journée à la mer n’hésitera pas à annuler le matin même s’il fait gris. En revanche, un week-end de beau temps se traduit immédiatement par une hausse de 5 à 10 % de nos visiteurs. Heureusement, le tourisme patrimonial nous sauve lors des journées maussades : Rouen et Le Havre  offrent un repli appréciable, mais les étés restent compliqués sans soleil.» 

«Les Britanniques n’annulent jamais»

On pourrait penser que le nord de la France fait grise mine dès que le ciel s’obscurcit, mais pas pour tout le monde. Emmanuelle Christmann, directrice-adjointe du Manoir Hôtel au Touquet, ne se plaint pas de ces variations. «En mai et juin, j’accueille surtout des golfeurs britanniques qui ont réservé leur séjour des mois à l’avance. Les Britanniques n’annulent jamais», plaisante-t-elle. Elle note toutefois un léger recul de la fréquentation en juin, qu’elle attribue à un autre facteur : «Le prix du carburant entre aussi en ligne de compte cette année. Difficile de faire la part des choses entre les caprices de la météo et les répercussions de la guerre en Iran.» La baisse du baril annoncée ce lundi 15 juin pourrait redonner du souffle à nos hôteliers. Encore faut-il qu’elle se répercute rapidement sur les prix à la pompe. Seul l’avenir nous le dira.

À 40 minutes au nord, à Wimereux, les aléas climatiques semblent glisser sur la clientèle flamande venue en voisine. Baptiste Desgardin, gérant de l’Hôtel des Arts, l’observe avec satisfaction : «Nos clients ne font pas une fixette sur la mauvaise météo. Ils trouvent du réconfort ailleurs, notamment dans la gastronomie. Des moules-frites coûtent une quinzaine d’euros chez nous, contre 35 € sur la côte belge. Et s’il y a un rayon de soleil, c’est du bonus.» Avec les canicules à répétition, une clientèle venue du sud en quête de fraîcheur se fait de plus en plus présente, mais reste exigeante. «S’ils fuient la chaleur, ils ne sont pas prêts à affronter la pluie. Leurs attentes sont plus élevées que celles des nordistes», sourit Baptiste.

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La météo vaut parfois plus qu’une campagne de publicité

Plus on descend vers le sud, moins les écarts de température semblent peser. Certains se réjouissent même des coups de chaud. À Lorient, le week-end de Pentecôte, mémorable avec ses températures dignes d’une fin juillet, a incité plus d’un vacancier à prolonger son séjour. «Un week-end de trois jours s’est allongé à la dernière minute en mini-semaine de quatre à cinq jours. C’est ce que nous indique le bornage des téléphones portables, que nous scrutons de près», rapporte Yannick Corbel, directeur de Lorient Bretagne Sud Tourisme. «Les gens n’avaient plus envie de partir et les Nantais qui étouffaient sont venus en masse profiter de la fraîcheur de l’océan, l’eau ne dépassant pas 18 °C. Gérer une telle affluence de dernière minute n’est pas simple, mais personne ne s’en plaindra.» Même dynamique en montagne. Carole Pozzalo, propriétaire de la boutique Victoire à Megève, ne cache pas sa joie dès qu’une canicule est annoncée. «Au-dessus de 30 °C, la clientèle d’Annecy et de Genève quitte les bords des lacs pour se réfugier en altitude. Cela se traduit par une hausse de 20 % du chiffre d’affaires.»

Sur l’île d’Oléron, Delphine Gueydan, propriétaire de l’hôtel Île Lumière, ne constate quant à elle aucun impact majeur. «Personne n’a appelé pour annuler quand nous avons perdu une douzaine de degrés en 24 heures. En juin, nous accueillons principalement des Allemands et des Néerlandais qui ont réservé dès novembre. Pour ces nordistes, il fait de toute façon meilleur que chez eux, et ils reviendront l’année prochaine. Certains ont déjà réservé pour 2027.»

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«Formule météo»

Cette obsession météo a même inspiré de nouvelles offres commerciales chez Odalys Vacances, une société qui gère des résidences de vacances en montagne et en bord de mer. Johanna Ambil, directrice générale a ainsi lancé une formule «Sérénité météo» : «Nous avons constaté que la météo peut freiner les réservations. Si lors d’un séjour en juillet il pleut plus de trois heures entre 10 et 18 h, nous remboursons 50 % de la journée, en virement et en bons d’achat.» L’offre s’applique également en cas de canicule avec des températures dépassant 38 °C. Une manière très concrète de répondre à l’obsession météo des vacanciers.

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