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Un imposant kirpan dans un gym de Windsor relance le débat sur les accommodements religieux

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Une vidéo tournée dans un centre GoodLife Fitness de Windsor, en Ontario, ravive le débat canadien sur les accommodements religieux. La séquence montre un homme sikh portant à la taille un kirpan particulièrement imposant alors qu’il fréquente le gym. Après qu’une cliente eut exprimé son inquiétude, une employée lui a demandé de quitter les lieux, estimant que la présence de cette lame compromettait le sentiment de sécurité des autres membres.

L’homme concerné, Gurpartap Singh Khalsa, créateur de contenu et entraîneur personnel, soutient plutôt avoir été victime de profilage racial et religieux. Filmant sa confrontation avec l’employée, il insiste sur le caractère sacré du kirpan et reproche à l’établissement de l’avoir d’abord laissé entrer avant de revenir sur sa décision.

Selon le média torontois Now Toronto, l’incident s’est produit le 15 juillet. Dans la vidéo, l’employée explique qu’elle n’avait pas remarqué le kirpan à son arrivée, mais qu’un membre du gym l’avait ensuite porté à son attention.

« Ce que je dis, c’est que vous avez une arme sur vous », lui explique-t-elle avant d’invoquer la sécurité des employés et des clients. Khalsa réplique en lui demandant si elle croit réellement qu’il pourrait se servir de son symbole religieux pour s’en prendre à quelqu’un.

La discussion, rapidement devenue virale, dépasse maintenant largement les murs du centre d’entraînement.

GoodLife désavoue l’intervention de son employée

GoodLife Fitness a depuis pris ses distances avec la décision prise sur place. Dans une déclaration rapportée par The Brandon Gonez Show, l’entreprise affirme que l’intervention visible dans la vidéo ne correspond pas à l’application prévue de ses pratiques établies.

La chaîne dit avoir communiqué avec Khalsa et réaffirme son engagement envers l’inclusion ainsi que le respect des lois canadiennes sur les droits de la personne. Elle indique également examiner les circonstances de l’incident.

Cette réponse risque toutefois de nourrir, plutôt que d’apaiser, la controverse. Pour certains Canadiens, elle donne l’impression qu’une employée ayant répondu à l’inquiétude d’une cliente se retrouve désavouée parce que l’objet en cause bénéficie d’une justification religieuse.

La question soulevée est simple, même si sa résolution juridique l’est beaucoup moins : un objet qui serait normalement considéré comme une arme cesse-t-il de présenter un risque ou de susciter une crainte légitime lorsqu’il possède une signification religieuse?

Un objet religieux qui demeure une lame

Le kirpan constitue l’un des cinq articles de foi traditionnellement portés par les sikhs initiés. Il symbolise notamment le devoir de défendre les faibles et de combattre l’injustice. Pour ceux qui le portent, il ne s’agit donc pas simplement d’un couteau utilisé dans la vie courante, mais d’un objet sacré associé à une obligation morale et religieuse.

Cette signification ne change cependant pas les caractéristiques matérielles de l’objet. Le kirpan porté par Khalsa n’était pas un pendentif miniature ou une reproduction manifestement symbolique. D’après les images diffusées, il s’agissait d’une grande lame placée dans un fourreau et portée visiblement à la taille.

C’est précisément cette dimension qui explique la réaction d’une partie du public. Dans presque tout autre contexte, un client se présentant dans un établissement sportif avec un objet semblable susciterait vraisemblablement l’intervention immédiate du personnel. Il serait difficile d’accuser les autres membres d’irrationalité simplement parce qu’ils ne connaissent ni la personne qui le porte ni ses intentions.

Un gym constitue par ailleurs un environnement particulier. Les utilisateurs y effectuent des mouvements rapides, soulèvent des charges, utilisent des appareils mécaniques et circulent à proximité les uns des autres. Une lame de grande dimension portée extérieurement peut donc soulever des questions non seulement de sécurité publique, mais aussi de sécurité accidentelle.

Reconnaître ces préoccupations n’équivaut pas à prétendre que Khalsa avait l’intention de commettre un geste violent. Aucun élément connu ne permet de lui attribuer une telle intention. Il est néanmoins possible de distinguer la moralité d’un individu de la règle générale qu’un établissement souhaite appliquer à tous ses clients.

Ce que la Cour suprême a véritablement décidé

Le débat sur le kirpan n’est pas nouveau au Canada. En 2006, la Cour suprême a rendu son célèbre jugement dans l’affaire Multani c. Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, après qu’un élève sikh eut été empêché de porter son kirpan dans une école québécoise.

La Cour a conclu qu’une interdiction absolue portait atteinte de manière injustifiée à la liberté de religion de l’élève. Contrairement à une interprétation souvent répétée, elle n’a toutefois pas consacré un droit illimité de porter n’importe quel kirpan, de n’importe quelle façon et dans n’importe quel endroit.

L’arrêt de la Cour suprême concernait un accommodement assorti de conditions précises : le kirpan devait notamment demeurer dans un fourreau, être placé dans une enveloppe de tissu cousue et être solidement attaché sous les vêtements. Ces mesures visaient justement à le rendre difficilement accessible et à réduire les risques.

La jurisprudence demeure également contextuelle. Comme le rappelle la Commission ontarienne des droits de la personne, les tribunaux ont accepté des restrictions plus sévères dans certains environnements, notamment à bord d’un avion ou dans une salle d’audience. Une école, un lieu de travail, un tribunal, un avion et un centre sportif ne présentent pas nécessairement les mêmes risques.

Dans le cas de Windsor, aucune décision judiciaire n’a encore déterminé si l’établissement devait autoriser ce kirpan précis dans les conditions visibles sur la vidéo. Il serait donc prématuré d’affirmer que GoodLife avait incontestablement le droit de l’interdire — ou, inversement, que Khalsa possédait automatiquement le droit de le porter ainsi.

L’impression persistante d’un deux poids, deux mesures

Au-delà du droit, la controverse révèle un problème de légitimité sociale. Une norme ne peut durablement être respectée si une partie de la population a l’impression qu’elle ne s’applique pas également à tous.

Un citoyen qui se présenterait dans un gym avec une grande lame en expliquant qu’elle possède pour lui une valeur familiale, philosophique ou identitaire serait probablement prié de la laisser à l’extérieur. La religion bénéficie cependant d’une protection juridique particulière, ce qui peut permettre à une pratique religieuse d’obtenir un accommodement inaccessible à une conviction personnelle non protégée.

Cette différence est inscrite dans le régime canadien des droits de la personne, mais elle demeure difficile à expliquer à une population à laquelle on demande simultanément de respecter des règles strictes concernant le port d’armes. Lorsque les autorités qualifient systématiquement toute inquiétude de préjugé, elles risquent de transformer une interrogation légitime sur l’égalité devant les règles en ressentiment communautaire.

La réaction de l’employée paraît d’autant plus compréhensible qu’elle devait répondre en temps réel à la plainte d’une cliente. On peut discuter de son appréciation juridique ou de la manière dont elle s’est exprimée sans nécessairement lui attribuer une hostilité envers les sikhs.

De la même manière, la plainte initiale d’un membre ne constitue pas automatiquement une manifestation de racisme. Une personne apercevant une grande lame dans un gym peut raisonnablement s’interroger sans connaître la théologie sikhe ni la jurisprudence canadienne.

Les limites du modèle multiculturaliste

L’affaire de Windsor illustre finalement une tension inhérente au multiculturalisme canadien. Celui-ci ne se contente pas de garantir aux citoyens la liberté de conserver leurs croyances dans la sphère privée. Il demande fréquemment aux institutions communes de modifier leurs normes afin d’intégrer des pratiques issues de traditions différentes.

Cette approche peut fonctionner lorsque les accommodements sont discrets, réciproques et compatibles avec la sécurité. Elle devient beaucoup plus conflictuelle lorsqu’une pratique religieuse entre directement en collision avec une règle que la majorité croyait universelle.

Le problème n’est pas l’existence de citoyens sikhs au Canada ni leur liberté de pratiquer leur religion. Il réside dans l’absence de limites communes clairement formulées. Si chaque inquiétude est traitée comme une preuve d’intolérance, le dialogue devient impossible. Si toute pratique minoritaire est à l’inverse rejetée sans examen, la liberté religieuse perd sa substance.

Un pays pluraliste a besoin d’un cadre compréhensible par tous : les mêmes objectifs de sécurité doivent s’appliquer à chacun, tandis que les accommodements doivent demeurer réellement raisonnables. Ils ne devraient être ni automatiques ni interdits par principe, mais évalués selon la nature de l’objet, ses dimensions, son accessibilité et le lieu où il est porté.

La vidéo de Windsor ne prouve pas que son protagoniste représentait une menace. Elle montre cependant pourquoi le port visible d’un grand kirpan dans un centre d’entraînement peut susciter une inquiétude légitime. Exiger qu’une telle préoccupation soit entendue n’est pas une attaque contre une communauté religieuse. C’est rappeler que la coexistence dépend aussi de normes communes — et que le multiculturalisme ne peut survivre longtemps s’il est perçu comme un régime permanent d’exceptions accordées selon l’appartenance culturelle ou religieuse.

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