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Un gazoduc de 1000 km dans des forêts très vulnérables aux feux?

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Pour transporter le gaz exploité dans l’Ouest canadien jusqu’à son usine de Baie-Comeau, Marinvest Energy doit construire un gazoduc d’environ 1000 km en pleine forêt québécoise. Selon un tracé préliminaire, celui-ci traverserait le « triangle de feux » du Québec, une région très vulnérable aux incendies de forêts, affirment deux experts. Les risques vont d’ailleurs augmenter en raison de la crise climatique provoquée par notre dépendance aux énergies fossiles.

Officiellement, « aucun projet de gazoduc n’est envisagé actuellement dans la forêt boréale québécoise », affirme au Devoir Ressources naturelles Canada. Or, dès mai 2025, un document préparé par ce ministère en vue d’une rencontre avec l’entreprise mentionne ce « nouveau » gazoduc dès le premier paragraphe.

Marinvest Energy a également présenté son projet de gazoduc à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada en mai 2025. L’organisme qui serait chargé de réaliser l’évaluation environnementale du projet a alors décidé d’« aider » l’entreprise dans ses démarches de consultations des Premières Nations qui pourraient être touchées par le passage de la conduite, dont il existait alors « deux tracés » potentiels.

Si on se réfère au défunt projet Gazoduq, de GNL Québec, le tuyau aurait un diamètre d’un mètre et nécessiterait de déboiser, sur tout le tracé, une emprise d’environ 60 mètres de largeur pour la construction.

« Triangle de feux »

Marinvest Energy n’a pas présenté publiquement les détails de son gazoduc, mais, en décembre dernier, des groupes environnementaux ont dévoilé une carte de deux tracés potentiels, dont un est qualifié de « préféré » dans le document qui porte la signature de l’entreprise.

Ce tracé privilégié signifierait que la nouvelle conduite, connectée au réseau canadien, partirait de l’Ontario, avant de passer au nord de Rouyn-Noranda et de Lebel-sur-Quévillon, puis de passer au sud de Chibougamau et au nord du lac Saint-Jean, pour enfin se rendre à Baie-Comeau. Chemin faisant, le gazoduc traverserait le « triangle de feux » du Québec, qui comprend le secteur formé par Matagami, Chibougamau et Lebel-sur-Quévillon.

C’est ce que constate Pierre Drapeau, cotitulaire de la Chaire UQAT-UQAM en aménagement forestier durable et membre du Centre d’étude de la forêt, après avoir pris connaissance de la carte des tracés. « Bref, le tracé du pipeline va traverser des secteurs où les risques d’incendie sont très élevés pour des portions importantes du territoire, et ce, pour l’horizon des 50 prochaines années. »

Même son de cloche du côté de Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière à Ressources naturelles Canada. « On dit qu’il s’agit d’un “triangle de feux” parce que la région a la forme d’un triangle et c’est l’endroit, dans la forêt commerciale, qui a connu les cycles de feux les plus courts depuis le dernier siècle. C’est donc l’endroit, dans la forêt commerciale au Québec, qui brûle le plus. »

« Analyses rigoureuses »

Qui plus est, la crise climatique alimentée par notre dépendance aux énergies fossiles (dont le gaz naturel) devrait aggraver la situation dans les années à venir.

Non seulement les feux de forêt sont déjà « particulièrement fréquents », précise M. Boulanger, mais les « projections » démontrent que « les cycles de feux devraient raccourcir de façon assez évidente un peu partout au Québec, mais en particulier là où ça brûle déjà beaucoup », donc dans ce « triangle de feux ».

En réponse aux questions du Devoir portant sur les éventuels risques que représenteraient les incendies de forêt pour le gazoduc, Ressources naturelles Canada a fait valoir que « le gouvernement fédéral dispose d’un système complet de surveillance et d’évaluation des risques de feux de forêt qui permet d’assurer l’aménagement sécuritaire d’infrastructures dans la forêt boréale, qui prend en compte tout projet futur de gazoduc ». En 2024, une rupture de gazoduc a provoqué un incendie de forêt de faible ampleur en Alberta.

Marinvest Energy assure également que tout serait fait pour éviter les risques. « La sécurité est une priorité absolue pour Marinvest Energy. Les gazoducs sont régulièrement construits en zones forestières partout au Canada et sont conçus conformément à des normes strictes qui tiennent compte des risques naturels, y compris les feux de forêt. Le tracé final fera l’objet d’analyses rigoureuses intégrant les données scientifiques les plus récentes afin d’assurer une infrastructure sécuritaire et résiliente », a expliqué l’entreprise, dans une déclaration écrite transmise par l’intermédiaire du cabinet de relations publiques National.

Comme le projet de gazoduc de 750 km qui devait alimenter l’usine de GNL Québec a été abandonné avant l’évaluation environnementale, la seule information disponible sur la question des feux de forêt provenait du promoteur. Celui-ci disait vouloir installer des mécanismes de fermeture de la conduite en cas de brasier.

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