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Le quartier général de Memento Cycles ressemble en tous points à ce qu’on peut imaginer d’un atelier de vélo artisanal. Ici, des cadres suspendus au plafond. Là, des tuyaux en métal qui attendent d’être assemblés. Au fond de la pièce, une station de soudure. À travers tout ça, un joyeux chaos qui donne tout son charme au local sis au deuxième étage d’un immeuble industriel de Rosemont.
Dès qu’on met les pieds dans l’atelier, la grisaille extérieure se dissipe : on tombe nez à nez avec un étrange petit vélo au cadre mariant le rose, le mauve et le turquoise, avec un tube horizontal jaune et ondulé. C’est le gagnant du prix du public de l’édition 2026 du Philly Bike Expo, un des plus grands salons de cyclisme des États-Unis.
C’est la troisième année consécutive que Memento remporte ce prix. La première fois, c’était pour un magnifique vélo rose au fini brillant, qu’on retrouve un peu plus loin dans la pièce. Ces modèles servent en quelque sorte de vitrine à la jeune entreprise, qui a vu le jour en 2021.
Cela dit, au-delà de ses succès d’estime, Memento vit essentiellement de la vente de porte-bagages — qui représente environ la moitié du chiffre d’affaires — et de celle des vélos sur mesure, explique la cofondatrice, Éliane Trudeau. Un créneau qui s’est en quelque sorte imposé à l’entrepreneure.
« J’ai toujours eu de la misère à trouver des vélos pour moi parce que j’étais vraiment grande », raconte Éliane Trudeau. « Quand j’ai fait mon premier vélo et que j’ai senti à quel point tu peux être confortable sur un vélo quand il est fait selon tes dimensions, j’avais vraiment envie de rendre ça accessible. »
Un défi parmi tant d’autres
L’histoire de Memento, c’en est d’abord une d’amitié. « J’ai commencé la compagnie avec mon meilleur ami du secondaire », Ronny Perez Jaramillo, se rappelle Éliane Trudeau. Avant même de se lancer en affaires, le duo semblait déjà abonné aux défis.
« On avait fait un voyage un peu stupide, en 2015. On avait traversé la Suisse et l’Italie en long board, avec des sacs à dos d’expédition et notre tente. » Qu’à cela ne tienne, en 2018, ils ont entrepris de traverser le Canada en fixie (un vélo d’une vitesse à pignon fixe). C’est qu’après les Alpes en planche à roulettes, le Canada en vélo conventionnel aurait été « trop facile », dit Éliane en riant !
Durant ses études en génie, cette dernière a travaillé comme messagère à deux roues, ce qui lui a permis de se familiariser avec le vélo-cargo — une autre spécialité de Memento. « L’idée de pouvoir délaisser la voiture en ville, ça m’a touché. »
Éliane et Ronny se sont donc lancés et ont suivi des cours de soudure, pour ensuite louer leur premier local. « On s’est mis à pratiquer toute la journée, et le soir, on faisait de la livraison. » Depuis, « on n’a jamais manqué de travail », dit-elle.
Tirer son épingle du jeu
Il existe 22 fabricants de vélos au Québec, selon une analyse de l’organisation Coop Carbone. Tous conçoivent leurs montures dans la province, mais ont délocalisé des parties plus ou moins importantes de leur processus de production. Memento est l’une des six entreprises à faire la soudure sur place.
Un cadre et une fourche, avec le choix de la peinture, se vendent à partir de 2150 $ pour un vélo régulier et 3400 $ pour un vélo-cargo. Ensuite, le choix des pièces viendra dicter l’ampleur de la facture. On peut s’en sortir à 700 $ ou 800 $ pour une construction « de base », mais après ça, il n’y a de limites que celle du portefeuille des clients.
« Souvent, des vélos complets avec de bons composants, sans que ce soit trop extravagant, vont finir par coûter 4000 $ ou 5000 $, mais c’est faisable pour 3000 $ », conclut Éliane Trudeau. Des montants très compétitifs pour du fait main, sur mesure, à Montréal.
Par contre, « c’est dur d’être rentable en les vendant à ce prix-là, relève-t-elle, mais j’ai toujours tenu à ce que ça reste accessible ». L’entreprise a atteint le seuil de la rentabilité en 2025, mais ne roule pas sur l’or pour autant. Elle envisage de produire quelques modèles en série plus abordables, mais d’augmenter les prix des vélos sur mesure pour « être capable d’avoir un revenu modeste ».
L’environnement comme valeur cardinale
On aura compris que Memento ne fait pas les choses comme les autres. Outre les porte-bagages et les vélos, « la réparation, la modification, c’est l’autre grosse partie de nos revenus, parce qu’il n’y a personne qui fait ça à Montréal », précise Éliane Trudeau.
Réparer est aussi en parfaite adéquation avec les valeurs de l’entreprise, qui opère avec un grand souci environnemental. Ça passe entre autres par le choix de fournisseurs locaux et par la récupération de matériaux.
« Chaque fois qu’on reçoit du matériel, on prend tout le papier et le plastique qui se trouve dans l’emballage et on le met de côté. Après ça, on le réutilise pour faire nos envois. On n’a jamais eu à acheter de matériel pour emballer les produits ! »
Par ailleurs, l’achat local offre plus qu’un avantage environnemental, souligne Éliane Trudeau. Il permet aussi de « parler à la personne qui fait ton produit ». Bref, de redonner « ce côté humain qu’on a quand même assez perdu avec le capitalisme et les grandes compagnies ».


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