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L’affaire Jason Arday révèle l’alliance des faussaires et des mafieux à l’université
Un professeur noir de l’université de Cambridge a été contraint à la démission le mercredi 5 août 2026. Il était accusé de plagiat. La prestigieuse université britannique a annoncé l’ouverture d’une enquête le concernant.
Jason Arday avait fait la une de l’actualité en 2023 en devenant, à 37 ans, le plus jeune professeur noir de Cambridge. Sa nomination saluait un parcours hors norme : diagnostiqué autiste à l’âge de trois ans et souffrant d’un retard global de développement jusqu’à l’âge de 11 ans, Arday aurait également appris à lire et à écrire à 18 ans, avant de devenir, à 37 ans, le plus jeune professeur noir de l’histoire de Cambridge. Arday prétend avoir couru 30 marathons en 35 jours, dont neuf avec une jambe cassée ; il affirme avoir récolté plus de 5,5 millions de livres sterling pour des œuvres caritatives et avoir joué un rôle dans l’émission Seven Up de la BBC, diffusée deux décennies avant sa naissance.
Le scandale a éclaté à la fin du mois de juillet, lorsque le journal conservateur The Telegraph a révélé que plus de 100 passages de sa thèse de doctorat présentaient des similitudes avec une thèse publiée six ans auparavant. Mais si l’on en croit la BBC, les accusations de plagiat contre Arday ont d’abord été formulées par Nathan Cofnas, un chercheur américain se définissant comme un « réaliste racial ». Cofnas a perdu son poste d’enseignant à Cambridge parce qu’il avait affirmé que « dans une véritable méritocratie, les Noirs disparaîtraient de presque tous les postes de haut niveau en dehors du sport et du divertissement ».
La crise des récits moraux en Occident
L’affaire Arday est un symptôme : celui de la crise des récits moraux qui structurent les sociétés occidentales.
Officiellement, les universités ont pour mission :
- d’ouvrir de nouveaux champs du savoir ;
- de différencier le vrai du faux ;
- de mettre en avant la preuve par rapport à l’opinion.
La réalité est que, depuis la chute du mur de Berlin en 1989, les départements de sciences humaines et de science politique construisent des discours moraux sur la diversité, l’antiracisme, le réchauffement climatique et la « juste lutte » du peuple palestinien.
Avant 1989, les mêmes départements de sciences humaines, de science politique et de philosophie interprétaient le monde à travers une grille de lecture marxisante : lutte des classes, bourgeoisie, prolétariat, impérialisme… Après l’effondrement de l’URSS, cette grille de lecture marxiste et économisante a évolué. Elle a pris une tournure identitaire. Les sociétés occidentales se sont redéfinies sur la base de grands récits moralisateurs — multiculturalisme, immigration, victimisation des minorités ethniques et sexuelles, antiracisme, multilatéralisme, fin de l’Histoire, réchauffement climatique, Free Palestine… — qui ont progressivement essaimé dans la politique et l’économie.
L’institutionnalisation des « Studies » et de l’antiracisme
Les universités américaines ont été les principales opératrices de cette évolution. Les Cultural Studies, les Gender Studies — les études de genre — et la Critical Race Theory — la théorie critique de la race — ont déplacé les centres d’intérêt du marxisme politique vers la morale identitaire. La critique de l’oppression des minorités a remplacé celle de l’exploitation du prolétariat par la bourgeoisie. Le Noir, le migrant, le Palestinien, la lesbienne, le trans… sont devenus les nouveaux héros de la gauche universitaire. Ils n’étaient pas « exploités » comme le prolétaire avait pu l’être, mais ils étaient « discriminés » par le racisme et l’intolérance de sociétés structurellement racistes, etc.
Le privilège racial, l’intersectionnalité et le racisme sont devenus les nouveaux champs d’étude sur lesquels le wokisme, aux États-Unis, et le « décolonialisme », en France, ont pris leur essor.
L’affaire Jason Arday est un épiphénomène de cette révolution.
Que des entrepreneurs identitaires de couleur tentent de tirer profit des situations idéologiques à Cambridge, à Harvard ou à la Sorbonne n’a rien d’étonnant. On devrait même s’étonner qu’ils ne soient pas plus nombreux.
Avant Jason Arday, il y a eu Claudine Gay. D’origine haïtienne, elle fut élue présidente de Harvard mais dut démissionner après six mois de présidence en raison d’accusations de plagiat, elle aussi. En France, la nomination de la députée noire de LFI Danièle Obono au conseil d’administration de l’UFR de sciences politiques de Paris 1 a provoqué un tollé. Si elle s’est maintenue, c’est parce qu’en France, les enseignants de gauche et les indigénistes contrôlaient probablement déjà ce département universitaire. Obono était chez elle.
Concernant Cambridge, l’affaire, la vraie, n’est pas qu’un — ou une — faussaire de couleur ait falsifié ses exploits sportifs ou sa thèse de doctorat. Elle est qu’un système universitaire, en principe extrêmement sélectif, s’est rendu complice des faussaires… et y a trouvé un certain bénéfice.
La question n’est pas : « Comment Jason Arday a-t-il pu tromper Cambridge ? », mais : « Quel était le bénéfice de Cambridge à se laisser berner par Jason Arday ? »
Jason Arday à Cambridge, Claudine Gay à Harvard et peut-être aussi Danièle Obono à la Sorbonne valident, par leur présence, la théorie selon laquelle les sociétés américaine, britannique ou française sont intrinsèquement racistes ou structurées par un « racisme systémique », selon les termes du wokisme institutionnel.
Leur présence à l’université était présentée comme la preuve du racisme et comme une victoire contre ce même racisme.
Un fonctionnement mafieux
Selon Diego Gambetta, professeur de sociologie à Oxford et spécialiste des organisations criminelles, les universités peuvent se comporter comme une mafia. La « mafia », explique Gambetta, n’est pas une organisation qui exécute le crime. La mafia est d’abord une structure de dépendance.
Le parrain ne trafique pas lui-même. Il est celui qui autorise le trafic — drogue, contrefaçon, protection… — puis prélève sa dîme.
Le mandarin universitaire n’agit pas différemment. Il choisit des personnes dont la position dépend de lui et qui, en échange, travaillent à sa renommée et à son maintien au pouvoir.
Dans la relation entre le mandarin qui attribue un poste et l’enseignant qui le reçoit, la fidélité compte plus que le mérite. « Quand une commission se réunit pour des nominations, les mandarins font passer les poulains de leurs collègues, sachant que ceux-ci leur rendront la pareille lors de la prochaine commission. S’ils ne le font pas, les mesures de rétorsion seront terribles », écrit Diego Gambetta.
Gambette ajoute : « Pire est le candidat, plus haut le pouvoir de celui qui a réussi à le faire nommer. »
Les mandarins sélectionnent donc moins des compétences que des militants qui confortent leur pouvoir.
Jason Arday n’a pas contribué à l’élargissement des connaissances produites à Cambridge, mais à la bonne image des mandarins de Cambridge.
Le problème n’est donc pas que des faussaires se soient créé une position dans une prestigieuse université. Le problème est qu’une université ait trouvé intérêt à les faire monter.
Non seulement elle les a fait monter, mais elle les a défendus lorsqu’ils ont été attaqués. Claudine Gay a reçu le soutien de 700 anciens de Harvard. Une pétition signée par 18 000 personnes circule encore en défense de Jason Arday. La pression médiatique n’a pas ébranlé le soutien apporté à Danièle Obono.
Quand la démission des faussaires devient-elle obligatoire ? Lorsque le soutien apporté aux faussaires constitue une preuve médiatique et politique de la corruption intellectuelle des élites universitaires qui ont créé cette situation.
Yves Mamou





























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