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Un énorme iceberg de détritus bouche les égouts de Sydney et recrache des boules de caca sur les plages

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Les Anglo-Saxons l'appellent «fatberg» –contraction de fat (graisse) et iceberg. Un mot-valise pour une horreur bien réelle: un énorme amas de graisses alimentaires et de déchets ménagers qui se forme discrètement dans les canalisations des eaux usées. Graisses, huiles, couches et lingettes pour bébés, serviettes hygiéniques: tout ce qui n'est pas biodégradable et qui finit pourtant jeté dans les égouts s'accumule, jusqu'à provoquer des dégâts très concrets. L'Australie en fait les frais.

Un fatberg géant, de la taille de quatre bus, s'est formé dans l'égout des eaux profondes de Malabar, une plage de Sydney. Il serait à l'origine des boules de débris contenant des matières fécales humaines retrouvées sur les plages de Sydney il y a un an, provoquant leur fermeture en série.

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Selon un rapport confidentiel obtenu par Guardian Australia, l'émissaire –le canal évacuant les eaux qui s'étend sur 2,3 kilomètres au large, en service depuis 1990– devrait être temporairement mis à l'arrêt pour effectuer des travaux de maintenance et détourner les eaux usées vers un «rejet en falaise». Une solution lourde et peu séduisante, qui impliquerait la fermeture des plages de Sydney «pendant des mois». Cette approche est jugée «inacceptable» par les auteurs.

Les installations de traitement des eaux usées de Malabar appartiennent à la société Sydney Water. Celle-ci a mandaté l'Autorité de protection de l'environnement de la Nouvelle-Galles du Sud pour faire la lumière sur les «boules de débris» à l'origine des fermetures du littoral fin 2024 et début 2025, comme le rapporte le Guardian.

Le nombre de résidus explose 

Dans son évaluation d'août 2025, l'autorité a conclu que «l'accumulation de graisses et d'huiles dans une zone inaccessible entre la porte étanche de Malabar et le tunnel de déclivité a potentiellement conduit à des détachements, libérant des boules de débris». Autrement dit: le monstre se désagrège par morceaux. Selon le rapport, les résidus retrouvés dans les eaux usées ont bondi de 39% en dix ans. Les composés organiques issus de produits de nettoyage, de cosmétiques et d'autres produits chimiques ont plus que doublé au cours de cette période.

Depuis, Sydney Water assure nettoyer régulièrement la partie accessible du système, «une opération extrêmement risquée» selon ses dires. En avril 2025, l'entreprise a retiré 53 tonnes de débris accumulés. Un chiffre spectaculaire, mais insuffisant selon les experts. «Les concentrations sont si élevées dans le réseau que l'accumulation a considérablement augmenté, écrivent-ils. Les débris s'échappent désormais partout où cela est possible, souvent lors d'épisodes pluvieux par le biais des structures de décharge hydraulique et, moins fréquemment, par les exutoires en mer profonde

Pas de solution miracle

Reste une question centrale: que peut faire l'entreprise de traitement des eaux contre ce monstre de graisses qui obstrue les égouts? Les options restent limitées: continuer à nettoyer les zones accessibles, sensibiliser les Sydnéens sur l'élimination des déchets et initier un programme de gestion des déchets en partenariat avec les entreprises alimentaires.

«Nous revoyons les pratiques opérationnelles et de maintenance, y compris les inspections régulières des infrastructures accessibles, et optimisons la gestion des graisses et des huiles par des nettoyages continus, résume un porte-parole de Sydney Water. Nous souhaitons également renforcer l'éducation de la communauté sur les pratiques d'élimination appropriées

Vendredi 16 janvier, la ministre de l'Eau Rose Jackson a annoncé un plan d'investissement de 3 milliards de dollars australiens (1,7 milliard d'euros) dans le système Malabar, sur dix ans. Il vise à réduire la quantité d'eaux usées traitées et rejetées par le biais de l'émissaire en mer profonde. «Sydney est une ville en pleine croissance et personne ne souhaite voir à nouveau des boules de débris s'échouer sur nos belles plages, a-t-elle déclaré dans un communiqué. La vérité est que notre système doit être modernisé pour suivre le rythme de la croissance démographique

Pour certains, l'argument démographique ne convainc pas. Ils pointent plutôt du doigt l'insuffisance du recyclage. «Les émissaires sont une technologie dépassée et notre système d'égouts doit être profondément repensé, assène Jeff Angel, directeur du Total Environment Centre, un organisme de protection de l'environnement. Cela devrait se traduire par un niveau de traitement plus élevé, mais, surtout, par un recyclage beaucoup plus important afin de réduire les rejets dans l'océan.» Pour venir à bout de ce fatberg géant, le chemin s'annonce sinueux. Les Australiens, eux, veulent surtout profiter librement de leurs plages paradisiaques, sans qu'une boule de caca ne vienne gâcher le moment.

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