Que produisent les arrêts spontanés de grossesse – un terme que l’on préférera à celui de «fausse» couche, jugé violent et peu représentatif de la réalité des personnes qui le vivent – sur le couple et la vie intime? Mélissa, employée dans le secteur social de 32 ans, a connu deux pertes de grossesse consécutives. Elle et son compagnon ont une fille en 2022, sans difficulté. Ils commencent à essayer de faire un deuxième enfant trois ans plus tard. Mélissa tombe rapidement enceinte mais, vers dix semaines d’aménorrhée, elle est prise de crampes abdominales et de saignements au travail. «J’ai eu des douleurs, que j’ai vécues comme des grosses règles, et l’embryon est sorti tout seul. C’était dur, mais j’avais déjà ma grande. Je me suis dit que ce n’était pas de chance, mais que mon corps savait faire des bébés», relativise-t-elle sur le moment.
Après cet événement, le couple reprend les rapports sexuels pour faire un bébé et Mélissa retombe enceinte. Cette fois, elle perd la grossesse à dix-huit semaines (environ quatre mois). Ce deuxième arrêt spontané est beaucoup plus douloureux et traumatisant pour elle. «On s’est rendu compte que la grossesse s’était arrêtée lors d’une échographie. J’ai dû être opérée et subir un curetage par aspiration. J’ai demandé une anesthésie locale, j’avais peur de l’anesthésie générale. Ça a été beaucoup plus difficile et intrusif pour moi que la première fois.» Elle décrit un médecin à la limite de la maltraitance et une intervention «pas humaine». «Ça a cassé quelque chose, cristallisé quelque chose au niveau de l’intime».


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